Jacques Chancel, passeur de culture sur les ondes, s’est éteint

mardi 23 décembre 2014

Jacques Chancel, voix historique de la radio et de la télévision publiques françaises qui a su rendre la culture populaire avec les émissions « Radioscopie » et « Le Grand Échiquier », est mort dans la nuit de lundi à mardi, une disparition qui a suscité un hommage unanime.
« Et Dieu dans tout ça ? » Cette question devenue culte, ce maître de l’interview la posa au patron du parti communiste français Georges Marchais le 8 février 1978. 
Amoureux de la musique classique et de la littérature autant que du Tour de France, le journaliste a interrogé pendant plus de 20 ans les plus grands noms de la culture et de la politique.
Voix enveloppante et sourire bienveillant, il est mort à l’âge de 86 ans d’un cancer à son domicile parisien, selon un proche qui a requis l’anonymat.
« Je fais partie des gens qui l’ont écouté tous les soirs à la radio. Il posait toujours la question juste, il savait accoucher ses interlocuteurs », a confié à l’AFP le journaliste politique Ivan Levaï. « Il a vécu toutes les souffrances du XXe siècle, et il les a vues en Indochine. Plus qu’un journaliste, il était devenu un passeur de mémoire. »
« Jacques Chancel, c’est un monument de l’histoire de la radio publique », a déclaré, des sanglots dans la voix, le PDG de Radio France, Mathieu Gallet, sur l’antenne de France Inter. « C’était l’exemplarité de ce qu’est le service public dans (…) cette capacité à rendre accessible les plus grands intellectuels, les grands artistes. »
Pour France Inter, Jacques Chancel a produit et animé l’une de ses émissions les plus célèbres : « Radioscopie », dont il présente plus de 6 000 numéros de 1968 à 1982 puis de 1988 à 1990.
La station lui rendait hommage ce mardi en rediffusant en intégralité ses interviews avec Jacques Brel, Marguerite Yourcenar, Dali, Patrick Modiano, Serge Gainsbourg ou l’abbé Pierre.

Une télévision « intelligente »
 
À la télévision, Jacques Chancel avait lancé en 1971 « Grand Amphi » devenu un an plus tard « Le Grand Échiquier ». Là encore, dans cette émission sur Antenne 2, il reçoit de 1972 à 1989 des personnalités du monde du spectacle, des peintres, des chercheurs…
« Il a été un grand serviteur du service public, à la radio et à la télévision », a salué  Bernard Pivot, autre icône d’une télévision « intelligente ». « On représente tous les deux une sorte de nostalgie de la télévision, le Grand Échiquier, Apostrophes  »
« C’est d’ailleurs lui qui m’a passé le coup de fil depuis sa maison des Pyrénées pour me demander si je voulais passer de la première à la deuxième chaîne pour faire une émission littéraire », raconte Bernard Pivot, un « intime » de Jacques Chancel qui venait de lire le dernier volume de son journal (« Pourquoi partir ? » paru cette année chez Flammarion) ».
Dès l’annonce du décès, les hommages ont été unanimes. Philippe Bouvard a salué « l’inventeur du partage culturel » sur le site du Point.
Sur Twitter, le comédien François Morel, chroniqueur sur France Inter, s’est fendu d’un « Merci monsieur » alors que le parolier et scénariste Jean-Loup Dabadie s’est exclamé : « Jacques Chancel était un Monsieur. » Pour le violoniste Renaud Capuçon, c’était « une personnalité culturelle insensée qui couvre plusieurs générations ».
« Chancel avait une passion pour la musique classique. Beaucoup d’entre nous, nous lui devons cette passion qu’il a diffusée au maximum, dans le bon sens du terme », a souligné avec émotion la soprano Patricia Petitbon sur France Info. 
François Hollande a rendu hommage à un homme qui a « incarné le service public de l’audiovisuel » et dont les émissions « ont marqué des générations de Français ». 
« Enfant de Bigorre, insatiable curieux et passionné, Jacques Chancel restera cet inégalable passeur de culture, une voix chère à tous », a écrit le Premier ministre Manuel Valls.
« Il disait avoir toujours essayé d’offrir au public non ce qu’il aimait, mais ce qu’il pourrait aimer. Il y sera parvenu avec un rare bonheur », retenait pour sa part la ministre de la Culture Fleur Pellerin dans un communiqué. 
L’ex-chef de l’État Nicolas Sarkozy s’est joint à cet hommage unanime en saluant, sur le site du Point, la mémoire d’un homme d’une « immense culture » : « Je ne connais pas un seul sujet qui ne l’ait pas passionné. »
L’ex ministre de la Culture Jack Lang (PS) a déclaré : »J’ai seulement envie de lui dire merci. Merci pour votre talent, votre élégance,votre ouverture aux autres. »
« Il rapprochait les gens et une certaine élite, ce qu’on voit aussi avec le Tour de France, a déclaré à l’AFP le directeur de cette course, Christian Prudhomme.

AFP

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