Jaiyah Saelua, du documentaire Une équipe de rêve : “J’ai préféré jouer au foot que de devenir totalement femme”

    mercredi 3 février 2016

    Elle nous a éblouis — le film aussi — dans “une équipe de rêve”, elle nous a charmés dans une interview (presque) de rêve.
    Jaiyah Saelua est une Océanienne, des Samoa américaines précisément. Elle joue au football avec son équipe nationale (la pire du monde puisque, à une époque, au début du film, la dernière au classement Fifa) et participe donc à des matchs internationaux et, accessoirement, elle est transgenre, raerae quoi, la seule du genre, dans le foot mondial. Sa vie est une des nombreuses histoires de ce documentaire, coup de cœur de la rédaction. Son interview est une de ces belles rencontres du Festival international du film et documentaire océaniens (Fifo).

    Comment se porte l’équipe et jouez-vous toujours pour les Samoa américaines ?
    Nous avons eu un entraînement à Seattle, pour la qualification pour la coupe du monde, un peu comme cela se passe dans le film. Nous avons passé le second tour, nous avons battu les Cook, les Tonga cette fois-ci mais nous avons perdu à nouveau contre les Samoa. Décidément, je ne supporte pas cette équipe (rires). Nous sommes donc éliminés.

    L’entraîneur est-il le même ?
    Le premier coach du film, le Néo-calédonien est toujours là, notre coach hollandais est parti.

    Quels souvenirs gardez-vous du tournage ?
    Durant le tournage, nous n’avons pas fait attention à la caméra mais quand nous avons vu le montage final à Los Angeles, nous nous sommes rendus compte du travail réalisé et qu’il y avait des heures et des heures de rushs.

    Quel votre avis sur le film ?
    À mon sens, le film est tellement bien réalisé, que pour moi, cela me semble mieux que la réalité. Chaque détail du film est vrai mais la musique, le slow motion, tous les effets de réalisation et du montage, accentuent et mettent en valeur la réalité. Toute l’équipe est très fière du résultat. On avait peur que le documentaire ne montre que le côté “pire équipe du monde”, qu’il nous tourne en drison, ce qui n’est pas du tout le cas.

    Être transgenre, est-ce que cela a été un frein pour accepter le tournage ou non ?
    Je suis ravie que mon histoire apporte un plus à l’histoire de l’équipe et que mon histoire ne prenne pas le dessus. Je fais totalement partie de l’équipe, le fait que l’on me filme m’a fait prendre conscience de ma sexualité même si je suis un joueur à part entière dans l’équipe.

    C’est votre premier voyage ici ?
    Oui mais qu’est-ce qu’il fait
    chaud ! Je suis arrivée ce matin (hier à 4h, ndlr), je propose qu’on déplace le Fifo au mois de juillet (rires).

    Il y a une forte communauté de transgenre en Polynésie. Serais-vous amenée à la rencontrer ?
    Sans doute. Je suis au courant qu’il existe beaucoup de transsexuels ici. Je suis intéressée de rencontrer tout le monde.

    Chaque année, on retrouve dans les thématiques du Fifo, le thème du mahu, du raerae, du transgenre. Vous sentez-vous porte-parole ?
    Depuis 2011, je me suis rendue compte que j’allais être exposée en tant que transgenre, puisque premier transgenre à participer à des qualifications à la coupe du monde de football de la Fifa.
    Depuis deux ans, je suis allée deux fois en Europe, trois fois au Japon, un peu partout, en Australie, dans des festivals avec le film et à chaque fois, je suis là à militer pour que le regard des gens change.

    Cela marche-t-il ?
    Le principal changement est venu de la fédération anglaise de football, qui lors d’une conférence à Wembley à laquelle j’ai participé. Le président et l’association des clubs de foot anglais ont changé les règlements afin que les transgenres puissent participer aux divers championnats.

    Vous êtes encore plus femme que dans le film. L’êtes-vous totalement ?
    Depuis huit ans, mon désir de jouer au football était plus fort que mon envie d’être soi-même. J’ai préféré jouer au foot que de devenir totalement femme. Je préfère qu’on me juge sur ma façon de jouer que sur ma façon d’être.
    “Une équipe de rêve” montre ce que nous sommes comme un joueur, ce que nous apportons à l’équipe, c’est le plus important.

    Si la fédération féminine existait, souhaiteriez-vous jouer pour cette équipe ?
    Aux États-Unis, cela est possible de jouer avec les femmes mais pour cela, il regarde le taux d’hormones, pour regarder si c’est à peu près équivalent.
    En ce qui me concerne, je préfère rester avec les hommes, me connaissant, avec ma force, je risquerais de provoquer un déséquilibre dans le camp adverse (sourires).

    Propos recueillis par Christophe Cozette

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