Japon – Un espoir contre la mort des coraux

    mercredi 19 avril 2017

    japon corail

    Le 28 mars, des chercheurs de la goélette scientifique Tara s’apprêtent à plonger dans les eaux bleu marine du pourtour de l’île de Shikine, à quelque 160 km au sud de Tokyo. (Photo : Toru Yamanaka/archives AFP)

    Les clefs de la survie des coraux, essentiels à la biodiversité de la planète mais menacés de disparition par le réchauffement climatique, pourraient bien se trouver dans de petites criques des îles volcaniques du Japon.

    À la recherche de ces précieux indices, des chercheurs arrivés à bord de la goélette scientifique Tara, partie de France en mai dernier pour deux ans d’étude des coraux du Pacifique, y plongent dans l’avenir. Ils trouvent sous leurs palmes, dans les fonds vert sombre et fauves de ces minuscules baies, ce que pourrait être l’océan de l’an 2100 si l’activité humaine continuait d’émettre au même rythme dans l’atmosphère du dioxyde de carbone (CO2).

    Les émissions de gaz à effet de serre portent pour les océans une double malédiction : elles ne font pas que réchauffer l’eau, elles en transforment la chimie via l’absorption du CO2, essentiellement par le plancton. On dit que l’eau “s’acidifie” : même si elle ne devient pas acide, elle se fait moins alcaline et plus hostile à l’installation des coraux.

    Or, les eaux bleu marine du pourtour de l’île de Shikine, à quelque 160 km au sud de Tokyo, sont ça et là naturellement acidifiées par le rejet de grosses bulles de CO2 par des failles volcaniques sous-marines. C’est un milieu unique et impossible à reproduire en laboratoire, où tout un écosystème – coraux, plancton, poissons, algues – évolue dans l’océan du futur, et ce depuis des générations.

    L’archipel nippon abrite dans ses zones tempérées, jusqu’à la baie de Tokyo, les coraux les plus septentrionaux du monde. Ailleurs, les magnifiques récifs d’une infinie variété des zones subtropicales et tropicales, comme actuellement la Grande Barrière au large de l’Australie, blanchissent et meurent sous l’effet de l’augmentation des températures.

     

    Migration

     

    “Cela fait 20 ans que j’étudie les coraux et ce que je vois c’est un déclin à grande échelle. Il y a une baisse du recouvrement corallien de 50 à 80 % que ce soit dans les Caraïbes ou dans le Pacifique. Ce constat est très très inquiétant”, témoigne Maggy Nugues, maître de conférences à l’École pratique des hautes études (EPHE) rattachée au Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe) de Perpignan (France).

    Les régions plus proches des pôles, moins chaudes mais dont le climat se fait plus clément, pourraient progressivement accueillir les coraux par le déplacement génération après génération de leurs larves.

    “Nous espérons que les zones de haute latitude pourront servir de refuge. Mais la question qui reste, c’est l’acidification des océans et c’est là, à Shikine, dans ces laboratoires naturels, qu’on espère obtenir la réponse”, dit, entre deux séances de plongée Sylvain Agostini, l’un des coordinateurs scientifiques de l’expédition et professeur à l’Université de Tsukuba au Japon.

    Pour cela, lui et ses collègues français et japonais plongent dans une zone acidifiée et comptent les coraux, les poissons, observent les algues, prélèvent du plancton qui sera analysé dans des laboratoires du monde entier. Ils comparent avec une autre crique toute proche, épargnée par les bulles de CO2.

    Le Japonais Hironobu Fukami, spécialiste des différents types de coraux, a fait un premier constat inquiétant : il n’y a qu’une douzaine d’espèces dans la crique acidifiée contre une centaine dans l’autre.

    L’expédition Tara Pacific, qui accueille de nouvelles équipes internationales tout au long de son parcours, va rejoindre les récifs du sud du Pacifique, après avoir poursuivi ses observations au Japon jusqu’à Okinawa.

    Les récifs, qui recouvrent moins de 0,2 % de la surface des océans, abritent 30 % des espèces animales et végétales marines, les protégeant des prédateurs et leur servant de garde-manger. Ils contribuent à la protection des côtes, à l’alimentation des hommes, à la création d’emplois dans le tourisme.

    “Les perdre serait effroyable”, dit Sylvain Agostini. Et le temps presse, s’inquiète Maggy Nugues : “La planète a évolué sous des conditions qui étaient relativement stables, ce qui a permis aux organismes, aux animaux de s’adapter. Mais là, on accélère les choses. On va peut-être plus vite que l’horloge biologique.”   

     

    AFP

     

     

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