“Je ne les ai pas vus dans la salle, les responsables d’Air Moorea”

    vendredi 27 février 2015

    Les familles des 20 victimes du crash d’Air Moorea ont assisté, hier, à l’audience sur intérêts civils visant à évaluer le montant de leurs dommages et intérêts.  Leurs avocats ont listé les nombreux préjudices qu’ont subis, selon eux, leurs clients, et réclamé au total plus de 2,4 milliards de francs de dédommagement. L’avocat de la compagnie d’assurances d’Air Moorea a, pour sa part, estimé que cette dernière avait fait des offres satisfaisantes aux proches des disparus. 

    Les proches des victimes du crash du Twin Otter d’Air Moorea, survenu le 9 août 2007, ont assisté, hier après-midi, à une audience sur intérêts civils, destinée à chiffrer le montant des dommages et intérêts qui leur seront versés.
    Leurs avocats venus de Paris, Mes Montigny et Lienhard, ont, lors de leurs plaidoiries, égrené les multiples préjudices dont sont victimes, selon eux, leurs clients : préjudice d’affection, dommages psychiques, préjudice permanent exceptionnel, préjudice d’attente et d’inquiétude, ou encore perte d’accompagnement.
    Au total, ils réclament plus de 2,4 milliards de francs de dédommagement (et non 240 millions comme nous l’écrivions dans notre édition de mercredi, erreur due à la conversion des euros en francs Pacifique faite par les deux conseils).
    “Les proches viennent devant votre juridiction demander une indemnisation juste et équitable (…) Il ne s’agit pas d’un banal accident de la circulation”, a plaidé Me Lienhard.
    Face à lui, l’avocat de la compagnie d’assurances d’Air Moorea, Me Fabrice Pradon. “Axa n’est pas responsable de cette tragédie”, a-t-il déclaré en préambule. Avant d’assurer que son client avait proposé des indemnisations supérieures à celles octroyées par un tribunal aux familles des victimes de l’accident aérien du mont Sainte-Odile.
    “J’estime que les offres faites par Axa couvrent l’ensemble des préjudices (…). Il y a bien un moment où il faut mettre un prix à la douleur”, a-t-il ajouté. Puis l’avocat de s’interroger : “Est-ce qu’une victime d’un accident collectif doit être plus indemnisée qu’une victime d’un accident individuel ? J’estime que la douleur est constante”.
    À l’issue de l’audience, Me Lienhard a considéré que la plaidoirie de son contradicteur était “très réductrice” : “La jurisprudence du mont Sainte-Odile est aujourd’hui ancienne. Il y a eu, depuis, des avancées en matière aérienne”.
    Pour celui-ci, les offres formulées par la compagnie d’assurances étaient donc “insuffisantes” et ne “tenaient pas compte des nouveaux préjudices”.

    “Il faut que ça se termine”

    Mais d’argent, il n’en était pas question pour les proches des 20 victimes, à l’image de Marthe qui a perdu son fils de 38 ans dans le crash. “Ce n’est pas ça qui m’intéresse. Je veux que justice soit faite. Qu’elle reconnaisse qu’ils ont commis des erreurs. Et qu’ils viennent au moins demander pardon aux familles. Mais je ne les ai pas vus dans la salle, les responsables d’Air Moorea”, a-t-elle regretté, les larmes aux yeux.
    Et celle-ci d’ajouter : “Il faut que ça se termine. Quand j’entends qu’un avion est tombé dans un autre pays, ça me fait mal. Je me dis : ‘C’est à leur tour de souffrir’. On ne peut jamais oublier”.
    Ce que tous attendent désormais, c’est un procès devant le tribunal correctionnel où, espèrent-ils, seront renvoyés les sept mis en examen dans le dossier. Mais une fois encore la partie ne s’annonce pas aisée car les causes du drame devraient faire l’objet d’une âpre bataille selon Me François Quinquis, l’avocat d’Air Moorea.
    “Peu de temps après l’accident, un expert de l’Aviation civile est venu écrire clairement qu’il excluait que l’accident soit dû à la rupture du câble de gouverne en vol. Le BEA (bureau d’enquêtes et d’analyses, NDLR) n’affirme pas, pour sa part, l’existence de la rupture du câble en vol et prétend que celle-ci provient d’un phénomène extérieur, un jet blast, ce qui est contesté. Aujourd’hui, à charge, il n’y a que le rapport d’expertise judiciaire qui est complètement contraire à celui du premier expert et aux données physiques les plus élémentaires.”
    Le président de l’association 9-8-7, Nikolaz Fourreau, veut pourtant croire que ce procès au pénal viendra “clore une lutte qui est aussi douloureuse que de porter la perte des proches”. Le tribunal rendra sa décision le 1er avril concernant les dommages et intérêts. 

    Compte-rendu d’audience J-B.C.

    Nikolaz Fourreau, président de l’association 9-8-7 “Ils ont beau dire : “C’est très triste”, ils n’en pensent pas un mot”

    Comment avez-vous vécu l’audience d’aujourd’hui ?
    Cette première étape était extrêmement surprenante car, évidement, il s’agissait de plaidoiries qui ne portaient que sur certains points du débat et pas sur tous puisque les conclusions étaient arrivées sur le bureau du juge bien avant. Néanmoins, quand ils ont évoqué la liste des préjudices subis, il y a du ressenti, du vécu, il y a des moments difficiles. (…) Finir sur l’avocat d’Axa qui dit qu’il va tout faire mais que, finalement, il ne veut rien faire… C’est une approche très économique alors que l’on parle d’humain. Il y a un déni de reconnaissance des traumatismes, ce qui est un peu choquant à mon sens (…) Ils ont beau dire : “C’est très triste”, ils n’en pensent pas un mot. Ils sont extrêmement détachés de tout ça. Ils ont des priorités qui sont tout autres.

    Quand vous entendez l’avocat de la compagnie d’assurances dire que les propositions de dédommagement qui ont été faites étaient plus importantes que celles attribuées par un tribunal aux proches des victimes du mont Sainte-Odile, qu’est-ce que cela vous inspire ?
    Il parle de décisions de 1992 et 1995. Et, en matière civile, le dossier du mont Sainte-Odile était très particulier. La compagnie avait fait signer au préalable des papiers à toutes les familles. Et puis les indemnisations ont complètement évolué (…) Je vais parler de mon cas. Annoncer à son fils de 5 ans que sa mère est morte à midi et entendre quasiment tous les jours le cri de son fils, parce que cette douleur est persistante, est-ce que cela vaut les 800 000 F dont il parlait ? On oublie complètement la dimension humaine pour des priorités purement économiques et de rentabilité d’un groupe.

    Le combat continue…
    Oui. Ce n’est qu’une étape. La partie pénale est extrêmement importante. Elle viendra probablement clore une lutte qui est aussi douloureuse que de porter la perte des proches.

     

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