“Je suis une maman qui pleure, mais je sais qu’il est bien là où il est”

    lundi 9 mai 2016

    Le jeune Matariki Henriou, qui a perdu la vie la semaine dernière, suite à une sortie en paddle, a été inhumé samedi dernier, au cimetière communal de Paea. Famille, amis, proches et inconnus… Près d’un millier de personnes ont fait le déplacement pour lui dire au revoir.  “Je suis une maman qui pleure, qui souffre, mais je sais qu’il est bien là où il est. Il n’est pas mort pour rien, il a sauvé quelqu’un”, nous a confié hier sa maman, Félicie Salmon.

    Près d’un millier d’âmes se sont déplacées, samedi dernier, au matin, à l’église Saint-François-Xavier, puis au cimetière communal de Paea, pour accompagner le jeune Matariki Henriou dans sa dernière demeure.
    La famille, bien sûr, ses amis du quartier, du lycée et d’ailleurs, d’autres proches, mais aussi de nombreux inconnus, émus par le drame, qui ont souhaité témoigner de leur soutien.

    Dans la belle église en pierre de Paea, les cœurs étaient lourds – le nôtre y compris. Et la beauté des chants n’aura pas permis de retenir plus longtemps les larmes.
    Peu avant la fin de la messe, la maman de Matariki, Félicie Salmon, a pris la parole pour rappeler à quel point son fils aimait la vie. D’où une veillée, le vendredi soir, qui ne ressemblait en rien à une veillée mortuaire habituelle.

    “Les gens sont arrivés, ils croyaient qu’il y avait un bal. On a mis des ballons partout, de la déco, parce que Matariki aimait la vie. Il avait la joie de vivre, il aimait danser, chanter, rire… On a dansé jusqu’à 4 h 30 du matin autour du cercueil, on a fait la fête.
    Il y a aussi eu un show des Marquisiens ; des groupes qui ont appelé, parce qu’ils ne le connaissaient pas, mais ils ont été touchés par son histoire, ils sont venus danser. J’ai dansé pour mon fils. Les jeunes avaient besoin de discuter. Donc on a raconté plein d’anecdotes ; c’était beau.” Mais ce sur quoi la maman du jeune homme a souhaité insister, c’est sur le fait de se dire “Je t’aime” tant qu’il est encore temps.

    “Matariki est mort pour sauver son prochain”

    “Je pense que le message que Matariki essaie de faire passer aujourd’hui, c’est un message d’amour, tout simplement. On est tellement pris dans nos actions du quotidien, à planifier ce qu’on doit faire, qu’on ne prend pas le temps de s’asseoir, de chérir les personnes qu’on aime et de leur dire ‘Je t’aime’. Alors dites ‘Je t’aime’ à ceux que vous aimez, parce que quand la personne n’est plus là, c’est trop tard.”

    Au terme de la messe, et à la demande de sa maman, c’est sous une salve d’applaudissements que le cercueil de Matariki est sorti de l’église.
    Au cimetière communal de Paea, où une trentaine de bikers formaient une haie d’honneur à l’entrée, les vrombissements de leurs engins et d’autres applaudissements ont accompagné Matariki vers le caveau familial, où il repose désormais.

    Jointe hier par téléphone, la maman du défunt nous confiait que “ce que je retiens de tout ça, de la chaîne de solidarité qui s’est créée” (lire en encadré ci-dessous).
    “C’est un message d’amour, tout simplement. Après, il y a aussi l’acte héroïque. Il a sauvé son ami. Il a vu que son ami était en difficulté, et je pense que c’est pour ça que toute la Polynésie a été touchée. Par cet acte d’un jeune de 16 ans qui a préféré sauver son ami au lieu de se sauver lui-même. Même moi, en tant que mère, je m’en suis voulu quelque part, parce que je lui ai tellement appris l’amour, le respect d’autrui, la simplicité, l’humilité, de toujours aimer son prochain, d’aider les autres.

    C’était un enfant amour, généreux, qui avait la joie de vivre. C’était un gosse incroyable, très sociable, qui était promis à un brillant avenir. Donc moi, en tant que mère, c’est une tragédie, j’ai mal au plus profond de mes entrailles, mais il est parti, je respecte, j’ai la foi et je l’accepte, c’est comme ça, c’est la vie.

    Et Matariki ne m’appartenait pas, c’est l’enfant de Dieu, donc il est retourné auprès de son Père, tout simplement, et il n’y a qu’une personne qui a la foi qui peut parler comme ça. Mais la douleur est là, j’ai subi l’épreuve la plus terrible de ma vie.
    Et aujourd’hui, je demande à Matariki – parce qu’aujourd’hui c’est mon ange gardien – de m’aider à surmonter cette épreuve parce qu’il me manque énormément. (…)

    Je suis une maman qui pleure, qui souffre, mais je sais qu’il est bien là où il est. Il n’est pas mort pour rien. Comme Jésus est mort pour nous sauver, Matariki est mort pour sauver son prochain et je trouve ça magnifique.
    Il doit avoir toutes les grâces et toutes les louanges Là-Haut après ce qu’il a fait. Et surtout, le fait qu’on ait retrouvé son corps le jour de l’Ascension, c’est une grâce pour tous les chrétiens, tous les catholiques.”

    Parti faire du paddleboard avec un ami, mardi dernier, dans l’après-midi, Matariki Henriou, tout juste 16 ans, s’est fait entraîner par le courant sortant de la passe de Avahiti, à Paea, en voulant porter secours à son ami.
    Après deux jours de recherches infructueuses, son corps a été retrouvé jeudi dernier, au matin, sur le récif, près de la passe.
    Pompiers, gendarmes, pêcheurs et même l’armée s’étaient mis à sa recherche. La Dépêche de Tahiti présente ses plus sincères condoléances à la famille.

    Vaiana Hargous

    Un élan de solidarité

    L’histoire de Matariki aura ému toute la Polynésie, voire au-delà. Le millier de personnes présent à ses obsèques, samedi dernier, en est déjà un bon indicateur, mais c’est sans compter les milliers d’autres qui se sont mobilisés sur les réseaux sociaux. D’abord pendant la phase de recherches, avec des messages d’espoir et de soutien à la famille qui ont inondé Facebook, puis des condoléances venues des cinq archipels, de la Nouvelle-Calédonie, de la France, même du Canada, lorsque son corps a été retrouvé, notamment via la page “Pray for Matariki”, suivie par plus de 5 000 personnes depuis sa création, mercredi dernier. Les hommages en tout genre affluent également, qu’il s’agisse de dessins, de photos, de chansons…

    Jusque sur les terrains de football, où les équipes de Tefana et Manu Ura ont observé une minute de silence pour Matariki lors de la finale U20. Par respect, le Taapuna Surf Club a même reporté la compétition Taapuna Sup Racing, prévue samedi dernier à l’heure de la messe en l’honneur du jeune, au lendemain.

    “Je n’ai pas encore vu tout ça, mais on m’a dit qu’il y en a plein qui ont composé des chansons pour lui, que des messes ont été dites partout pour lui, c’est un truc incroyable, il n’avait que 16 ans et il a mobilisé tout le monde, confie Félicie Salmon, la maman de Matariki. En tant que mère, j’en suis fière, je suis super fière de lui. On a même eu des messages du Québec, d’un centre de religieuses qui l’ont mis en prière, de la Nouvelle-Calédonie. Apparemment, c’est passé aussi sur TF1, mais je n’ai rien vu de tout ça, parce que pour le moment, je suis encore trop affectée, je regar
    de les vidéos où il joue au piano, ça me manque le son du piano qui ne retentit plus dans la maison. Mais je tiens à remercier toutes les personnes qui nous ont apporté leur soutien et leur sympathie dans cette épreuve. Merci à tous.”

    Condoléances du président de l’assemblée, Marcel Tuihani

    C’est avec une profonde tristesse que le président de l’assemblée Marcel Tuihani a appris la disparition de Matariki Henriou dans des conditions tragiques. En son nom personnel et au nom de tous les représentants de l’assemblée, le président adresse aux parents, Jean-Claude et Félicie, ainsi qu’à la famille de Matariki, ses condoléances attristées, et les assure de sa sympathie et de sa compassion dans ces heures douloureuses.
    Il salue le courage et la mémoire de Matariki qui n’a pas hésité à porter assistance à son ami en difficulté emporté au large par la force du courant de la passe.
    Cette tragédie nous rappelle que la mer peut être dangereuse, et elle doit nous inciter à la plus grande prudence.

    D’après un communiqué

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