Jean Chahaut : “Je propage mon héritage”

    dimanche 1 mars 2015

    Jean Chahaut est le président de l’association Le Dragon Tigre. Créée il y a 20 ans, l’association a pour but de transmettre le savoir et la culture chinoise. Chaque année, lors des festivités du nouvel an chinois, Jean et son équipe de danseurs pratiquent la danse du Lion pour apporter chance et bonheur.
     
    Comment vous présenter brièvement pour ceux qui ne vous connaissent pas ?
    « Je suis Polynésien, né de mère tahitienne et de père chinois. J’ai été adopté à l’âge de trois mois. J’ai fait ma scolarité à Tahiti, puis je suis parti en Chine rencontrer ma culture d’origine et étudier le mandarin pendant six ans. Je voulais retrouver mes racines, mon héritage de cœur… Aujourd’hui, je parle le mandarin couramment et je vis en Polynésie. J’ai une double culture. »
     
    Pourquoi n’êtes-vous pas resté en Chine ?
    « J’avais la nostalgie du pays… L’instinct m’a poussé à rentrer auprès de ma famille, et je devais faire mon service militaire ! Je suis d’abord entré dans la Marine, puis j’ai été affecté à terre. J’ai fait mes classes à Taravao. Je voulais m’engager mais mon père n’a pas voulu, alors j’ai travaillé auprès de lui comme aide-tailleur, pour les tenues militaires. Enfin, après plusieurs petits emplois, j’ai travaillé dans les ventes de voitures en tant qu’attaché commercial puis dans les assurances pendant près de 18 ans. »
     
    Aujourd’hui à la retraite, êtes-vous toujours très actif ?
    « Oh oui ! À 63 ans, je suis encore en forme, je fais beaucoup de sport et j’aime partager mon savoir-faire à travers mon association. »
     
    En quelle année a été créée l’association Le Dragon Tigre ?
    « Je l’ai créée il y a près de 20 ans, et j’ai été réélu chaque année président (rires). Notre vocation est de transmettre le savoir et la culture chinoise. Il s’agit de former les jeunes. Pour cela, nous diversifions nos activités, entre les arts martiaux (à mains nues, avec armes, etc.) que je pratique et enseigne, l’apprentissage du mandarin, de la calligraphie, des jeux d’échecs, etc. Je propage mon héritage, mon savoir. Je suis là pour former les jeunes, les encadrer, les soutenir… Notre héritage est si riche qu’il ne faut pas le garder pour soi ! »
     
    Combien de membres compte l’association ?
    « Entre 30 et 50, cela varie tous le temps. Nous acceptons tout le monde, des tout-petits aux plus âgés, qu’ils soient Français, Polynésiens ou Chinois. Nous prônons l’union et la fraternité. »

    L’association travaille-t-elle beaucoup pendant la période des festivités du nouvel an chinois ?
    « Tous les ans, nous sommes débordés (rires) ! On nous appelle pour faire passer le Lion dans les commerces, les bureaux… presque jusqu’à 50 fois dans la journée ! Nous sommes très sollicités pendant près de deux semaines, et nous finissons épuisés ! Ce sont mes élèves, formés à la danse du Lion, qui se prêtent au jeu. Le Lion est un porte-bonheur pour les Asiatiques. Depuis la nuit des temps, la culture fait que le passage du Lion devient “enchantant”, “inévitable” lors de ces festivités. Il apporte la chance, le bonheur et chasse les mauvais esprits. Le Lion est à la fois un symbole de force, de courage et de sagesse. La tradition indique qu’aux premières lueurs du jour de l’an, le Lion doit se présenter devant le Dieu avec respect. S’en suit le présage de sérénité, d’harmonie, de solidarité, de paix et de prospérité. Qui dit prospérité, dit richesse, et c’est ce que tout le monde espère ! »
     
    Cette tradition existe depuis des millénaires, comment expliquez-vous qu’elle ne se perd pas ?
    « Non, elle ne se perd pas et tous les ans, c’est le même engouement ! C’est de l’espoir… Si, physiquement, le Lion semble un gadget, il est en fait habité par les esprits de nos ancêtres. Ceux-ci cohabitent avec les êtres humains pendant les périodes de fêtes. Puis, quand c’est terminé, on les invite à retourner dans le monde des esprits. C’est une tradition qui n’est pas prête de se perdre car nombreux aiment y croire… »
     
    Nous entrons dans l’année de la Chèvre de bois, que va-t-elle apporter au fenua ?
    « L’année de la Chèvre, c’est bon signe. Je pense que cela va amener un renouveau, une page du passé va se tourner, pour dévoiler un monde nouveau ! La Chèvre de bois nous apporte la sérénité, l’harmonie, dans les périodes de doutes. Cela présage de la reconstruction, remettre les choses dans l’ordre et de la réflexion. Pour nous, gens de bonne volonté, nous devons contribuer à ce renouveau, et comme “celui qui sème le vent, récolte la tempête”, “celui qui propage la paix, héritera de la Terre et sera béni des Dieux”. C’est pour nous le yin et le yang, le bien et le mal, le jour et les ténèbres, un combat depuis des millénaires. »
     
    Caroline Valentin
     
     

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