Jean-Claude Guillebaud ou la parole d’un témoin de notre temps

    lundi 20 octobre 2014

    Écrivain, essayiste, éditeur, journaliste au Monde et au Nouvel Observateur, licencié en droit et diplômé d’études supérieures en sciences criminelles, Jean-Claude Guillebaud est une figure incontournable du monde de la presse.
    Tout juste arrivé sur le territoire, il déléguera son savoir et son expérience du métier de journaliste aux étudiants de l’Institut supérieur de l’enseignement privée de Polynésie (Isepp) et au grand public mardi après-midi.
    L’amphithéâtre de l’Institut accueillera ses trois conférences -gratuites, mardi, mercredi et jeudi, dès 17 heures. Elles porteront sur “Le métier de correspondant de guerre”, “Dans quel monde entrons-nous ?” et “Comment suis-je devenu chrétien”.

    Petit retour sur ce géant du journalisme.

    Après les événements de Mai 68, Guillebaud renonce à préparer l’agrégation de droit et débute alors sa carrière au journal Sud-Ouest en 1965 à Bordeaux, ville où il a étudié. En 1972, il est lauréat du prix Albert-Londres –l’un des plus grands prix du journalisme – pour sa couverture de la guerre du Vietnam. Il reçoit aussitôt une proposition d’embauche du Monde et part pour Paris. En 1986, il fonde les éditions Arléa, puis il devient chroniqueur au journal Sud-Ouest Dimanche et à l’hebdomadaire La Vie.
    Président de Reporters sans frontière de 1988 à 1993, il a également parrainé l’agence de presse associative Reporters d’espoirs. Membre du conseil de surveillance du groupe Bayard Presse en 2008, il est éditorialiste au Nouvel Observateur depuis 2010.
    Ses livres se sont vus attribués de nombreuses récompenses telles que le Prix Roger-Nimier pour Le voyage à Kéren, le Prix européen de l’essai Charles Veillon pour Le principe d’humanité. Dans ses œuvres, il pense et écrit la société sous des aspects qu’il identifie comme les “cinq grandes mutations” : géopolitique, économique, écologique, numérique, et même génétique !
    Ainsi, il explore notre époque, ses évolutions, et notre entrée dans un “nouveau monde”.

    Timeri Galenon (étudiante en 1ère année de licence d’information et communication à l’Isepp

    « Je déteste la sinistrose et le pessimisme »

    Votre métier de journaliste vous a-t-il été inspiré par quelqu’un ?     
    « Très jeune, j’ai toujours été passionné par quelques grands explorateurs et journalistes dont l’engagement avait contribué à mettre fin à certains scandales ou injustices. Je pense à Albert Londres, qui a dénoncé le colonialisme en Afrique ou le trafic de femmes en Argentine, à Alexis Danan qui a obtenu que soient fermés les bagnes pour enfants. Quant aux explorateurs, j’étais très impressionné par le courage et la disparition de Raymond Maufrais qui avait rompu avec la “routine” de l’Europe pour partir seul dans la forêt amazonienne. Toutes ces figures me faisaient rêver. »

    Comment en êtes-vous arrivé à être correspondant de guerre ?
    « Au journal Sud-Ouest, le directeur, Henri Amouroux, m’a proposé de partir “couvrir” la guerre du Biafra qui venait de commencer. Je suis parti avec un mélange de crainte et d’audace. Au bout d’un mois, j’ai été arrêté par l’armée biafraise, accusé d’espionnage, et jeté dans une prison militaire avec menace d’être exécuté. Mon “initiation” commençait fort.
    En France, on a annoncé partout ma disparition. J’ai été connu (presque célèbre) avant même d’avoir écrit une ligne sur le Biafra !
    Quand j’ai été libéré beaucoup de journaux français m’ont interviewé, demandé des articles, etc. Le patron de Sud-Ouest a décidé de me nommer sans délai “grand reporter”, à charge pour moi de couvrir les autres guerres en cours, notamment celle du Vietnam où je suis allé plusieurs fois. Pour Le Monde, j’ai été “correspondant de guerre” à plein-temps et je me suis occupé de presque toutes les guerres des années 1970, 1980 et du début des années 1990.
    J’ai ensuite quitté Le Monde pour entrer au Nouvel Observateur où j’ai continué ces reportages. »

    Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre parcours ?
    « J’ai vécu au total un bon quart de siècle au milieu des guerres, des catastrophes, des tueries et des famines. Paradoxalement, ce que je retiens de toutes ces années, c’est le courage des gens dans l’adversité, leur refus de baisser les bras et de se décourager. Ce sont eux qui m’ont appris l’espérance. Je me sens en dette vis-à-vis de ces millions d’hommes et de femmes de l’hémisphère sud et je me suis mis à détester la sinistrose, le pessimisme de chez nous. Je suis fondamentalement habité par l’espérance, et pas seulement au nom de ma foi chrétienne. L’espérance, le “goût de l’avenir”, c’est ce qui permet à une société d’exister et de durer. »

    Qu’est-ce que votre métier vous a apporté personnellement ?
    « Les grands reporters disent volontiers que ce métier permet d’avoir plusieurs vies, au lieu d’une seule. Et c’est vrai. On partage quantité de vies différentes – bonheur et malheur mêlés – et c’est un immense privilège. J’ajoute que je suis un peu troublé de dire cela ici, en Polynésie, car il se trouve qu’au Monde, en plus des guerres, on m’avait chargé des Dom-Tom. Je suis venu plusieurs fois en Polynésie, et j’ai beaucoup écrit sur les réalités polynésiennes. Ce suivi des Dom-Tom-et la colère que m’inspirait le vieux colonialisme que j’y retrouvais – m’ont incité à écrire, en 1976, Les Confettis de l’Empire. »
     
    Quel est l’objectif de vos conférences ?
    « Je traiterai des sujets que l’on m’a proposés, bien sûr. Mais je voudrais surtout essayer de parler vrai, sans prétention, sans tricherie. C’est ce qui manque le plus ces temps-ci : des paroles vraies, qui engagent celui qui parle. Et puis je dirai pourquoi rien ne me semble plus urgent qu’une espérance retrouvée, et mise concrètement en œuvre. »

     

    Le programme

    “Le métier de correspondant de guerre” : mardi, à 17 heures
    “Dans quel monde entrons-nous ?” : mercredi, à 17 heures
    “Comment je suis redevenu chrétien” : jeudi, à 17 heures

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