Jérémy Florès : “Je ne voulais surtout pas louper à nouveau cette épreuve”

jeudi 20 août 2015

Deux mois après son accident de surf en Indonésie où il a heurté violemment le récif, Jérémy Florès est de retour à la compétition.
L’an dernier, Jérémy avait été privé d’épreuve tahitienne par la World Surf League pour cause de mauvais comportement sur le circuit. 2015 est sans conteste l’année du renouveau pour le Réunionnais.

Comment as-tu vécu ton retour à Teahupo’o après un an d’absence ?
Ça fait vraiment du bien d’être de retour. L’an dernier, j’ai été suspendu et je n’ai donc pas pu participer à la Billabong Pro. Ça a vraiment été un crève-cœur de ne pas y être parce que les conditions ont été… magiques.
Tu sais, depuis que je participe à cette épreuve à Tahiti, je reçois de nombreux encouragements de la part de tous les Polynésiens. À chaque fois que les gens me croisent dans les rues de Papeete, ils sont à fond derrière moi, ça fait chaud au cœur. Je les remercie pour ce soutient sincère et chaleureux.

Comment as-tu appréhendé ce retour sur le récif de Teahupo’o, toi qui a violemment chuté, il y a deux mois, sur un autre récif, en Indonésie ?
J’avais un peu d’appréhension au début parce que je ne savais pas comment ça allait se passer. Je ne suis pas encore bien remis au niveau du cerveau. J’ai tapé tête la première contre le récif et je suis resté longtemps inconscient en Indonésie. Ça s’est passé, il y a à peu près deux mois et je viens seulement de recommencer à surfer. Je suis un peu juste je l’avoue, mais je ne voulais surtout pas louper à nouveau cette épreuve. Elle est sans hésité l’une de mes préférées, j’adore cette vague. Je suis tout simplement content d’être de retour à l’eau, et si, en plus, je fais un bon résultat, ce ne sera que du bonus.

Et jusqu’a présent, tu as bien maîtrisé la vague en te qualifiant directement pour le round 3.
Teahupo’o est l’une des vagues les plus dangereuses au monde, l’une des plus puissantes. Ce n’est pas le genre de vague où l’on peut aller surfer tranquillement. Là, ça va mieux, j’espère que les vagues ne seront pas trop grosses (il doit affronter l’Australien Joel Parkinson au round 3), je ne sais pas comment je vais réagir.

On t’a vu surfer casqué. Ça ne te gêne pas ?
C’est un peu bizarre de surfer de cette manière. Ça compresse beaucoup la tête et l’on n’entend pas grand-chose. C’est vrai que c’est un peu gênant au début, mais tu t’y habitues vite. Jusqu’a présent, en tout cas, ça ne m’a pas posé de problème particulier.

Mise à part cette chute en Indonésie, tu as vraiment l’air de t’éclater cette saison. Et surtout, tu semble bien maîtrisé ta saison.
Après ma saison galère de l’an dernier (il a fini à la 33e place), ça fait du bien d’être de retour en haut du classement (il est 12e). J’ai, malgré tout, loupé l’épreuve précédente (J-Bay Open en Afrique du Sud) qui m’a fait perdre deux places. Mais le surf, c’est mon travail et ma passion. Je surf depuis toujours. J’aurais pu me passer de surfer pendant encore un moment. Mais je suis un vrai compétiteur. Je ne pouvais pas me permettre de louper encore une autre épreuve. Je voulais vraiment revenir et ne pas prendre beaucoup plus de retard.
Mon objectif est de réussir à rester parmi les meilleurs surfeurs mondiaux. Aujourd’hui pourtant, c’est de plus en plus dur car le niveau sur le Tour est d’un niveau de plus en plus affolant. Qu’importe, je suis prêt à bosser encore plus dur pour y arriver.

33e en 2014, c’est vrai que ta saison précédente a été un véritable calvaire. Mais que s’est-il passé exactement ?
En fait, la galère a véritablement débuté en 2013 (il a fini à la 18e place) puis, ça s’est accentué l’année suivante. Je pense qu’à ce moment, je n’avais plus autant la gnaque. Il faut dire que ça commence à faire un moment que je suis sur le circuit mondial (début en CT en 2007). Et bien que ce soit une vie de rêve avec un boulot de rêve, on a tendance à avoir un peu de lassitude à un moment. Je me suis tellement donné depuis que je suis tout petit, à travailler et à m’entraîner pour arriver au sommet, que lors de ces dernières années, j’étais tout simplement… saturé. J’avais l’impression que mon lycra pesait vingt kilos à chaque fois que je devais le porter. Je me mettais une pression pas possible parce que je ne prenais plus de plaisir à faire le job. Et, résultat des courses… J’ai fait ces deux années catastrophiques.

2015, l’année du renouveau ?
Tout est rentré dans l’ordre à la fin de l’année dernière. Je suis maintenant dans un nouvel état d’esprit, qui est de prendre du plaisir et de ne pas oublier pourquoi je surf. Je surf parce qu’avant d’être surfeur professionnel, j’ai toujours aimé ça, tout simplement. Je me mets dorénavant beaucoup moins de pression. J’ai vraiment l’amour du surf qui coule dans les veines…
Tant que cette envie sera présente et que je m’en sentirai capable, je continuerai.

Un mot sur Michel Bourrez qui était dépité après sa défaite (défaite au round 2 face à Jdson Andre).
Je comprends sa situation. Je sais qu’il n’a jamais fait de bons résultats à Tahiti depuis qu’il est sur le Tour. En ce qui me concerne, la seule épreuve que je n’ai pas réussi, c’est en France (Quiksilver Pro). Je comprends exactement ce qu’il peut ressentir. Tu veux tellement bien faire qu’au final tu te mets de la pression. Tu penses trop à vouloir faire plaisir aux autres et, bout du compte, ça se retourne contre toi. C’est dur à gérer tout ça. Il faudrait essayer d’être dans le même état d’esprit que lors des autres épreuves, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. C’est d’autant plus dommage que Michel a un gros potentiel sur cette vague. Il est capable d’aller au bout. Moi, en tout cas, je n’ai pas encore réussi à gérer ce stress.
Propos recueillis par Nadia Yonker et M.Tr.

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