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“Les jeunes agriculteurs sont les plus disposés à partir sur cette voie”

mardi 11 juillet 2017

Noël Choune agriculture bio

Noël Choune est membre de l’association SPG Bio Fetia, qui délivre la garantie “bio”. Après avoir travaillé plusieurs années au ministère de l’Agriculture, il est aujourd’hui consultant privé pour la chambre de l’agriculture auprès des communes et assure des formations à l’agriculture biologique à destination des communes du fenua. (© Photo : DR)


De plus en plus, sur les étals des magasins, on trouve des fruits et légumes estampillés “bio”. Ces dernières années, des marchés bio ont également vu le jour à Papeete ou encore à Arue. Plus qu’un effet de mode, manger bio est devenu une question de santé publique, prise de plus en plus au sérieux par les consommateurs du fenua. La demande est là, mais les produits manquent à l’appel pour répondre aux besoins locaux.

Si les jeunes producteurs sont de plus en plus enclins à se lancer dans ce type d’agriculture, les anciens, eux, ont du mal à lâcher leurs habitudes pour se convertir au bio. Ils sont une vingtaine aujourd’hui à être labellisés, mais l’association SPG Bio Fetia compte bien augmenter leur nombre ces prochaines années et travaille pour cela à une simplification des procédures permettant l’obtention de la garantie bio.
Entretien avec un spécialiste du sujet, Noël Choune, membre de l’association SPG Bio Fetia, et formateur en agriculture biologique.

 

Où en est-on de l’agriculture biologique, actuellement, au fenua ?
Même si ça se met en place lentement, ça évolue très positivement. Un gros travail de communication et d’éducation a été enclenché au fenua pour sensibiliser les agriculteurs et les consommateurs à cette notion du bio. Aujourd’hui, les consommateurs sont plus soucieux de leur santé. Avec l’évolution du monde et de notre société, c’est quelque chose dont on parle de plus en plus, notamment à travers les médias locaux et internationaux. Tout le monde a vraiment conscience qu’aujourd’hui, manger bio n’est pas juste un phénomène de mode, mais est une véritable question de santé publique.

 

Quand la Polynésie française a-t-elle commencé à en prendre conscience ?
Cela fait presque cinq ans. Quand Thomas Moutame était ministre de l’Agriculture, un département dédié au développement de l’agriculture biologique a été mis en place. On a alors commencé à bien communiquer sur le sujet. À cette même époque, il y a eu un travail interministériel qui s’est enclenché dans le même sens.

Le ministère de l’Éducation s’est dit favorable au lancement de potagers pédagogiques dans les écoles pour sensibiliser les élèves à manger des légumes, car on s’était rendu compte que dans les cantines, ceux-ci étaient systématiquement mis sur le côté de l’assiette par les enfants. Le ministre de la Santé a, quant à lui, mis en place des programmes d’éducation pour inciter les gens à manger plus sainement, notamment en favorisant la consommation de produits locaux.

Quant au ministère chargé des affaires familiales et sociales, il a développé les potagers familiaux et les jardins partagés dans les logements sociaux, pour permettre aux gens, généralement sans emploi et en grande difficulté financière, de se nourrir par eux-mêmes.

 

Pourquoi ne trouve-t-on pas plus de produits issus de l’agriculture biologique sur les étals des magasins ?
Aujourd’hui, du côté des consommateurs, il y a une vraie demande. Les gens sont de plus en plus enclins à manger sainement. Notre problématique actuelle, c’est de trouver des producteurs capables de répondre à ces besoins.

Pour cela, il a fallu adapter la méthode de travail des agriculteurs à leur production. En effet, il est plus facile d’utiliser des granulés d’engrais bio que de faire des mètres carrés de compost. Mais ce n’est que depuis la fin de l’année dernière que l’on trouve ce type de produits au fenua. Ça existait déjà en Europe et aux États-Unis, mais les importateurs locaux ne les faisaient pas venir sur le territoire, car il n’y avait pas la demande, étant donné qu’ils n’étaient pas connus ici. En facilitant l’accès à ces produits, on espère augmenter le nombre d’agriculteurs biologiques, pour répondre aux besoins de la population.

 

Les agriculteurs du fenua ont-ils conscience de l’importance de la culture bio ?
Non, il y a encore du travail, d’où les formations qu’on met en place régulièrement dans les communes et dans les archipels. Il y a un problème d’information d’une part. D’autre part, pour les agriculteurs chimiques, conventionnels ou raisonnés – peu importe le mot employé, c’est le même groupe – la conversion est difficile, car tout est question de mentalité et d’habitudes dont il faut se détacher. Aujourd’hui, ce sont les jeunes agriculteurs qui sont les plus disposés à partir sur cette voie.

 

Cultiver bio coûte-t-il plus cher ? Cela demande-t-il plus d’investissement ?
Non, pas du tout. C’est surtout une question d’habitudes qu’il faut accepter de changer. Il existe dans l’agriculture biologique l’équivalent des produits que l’on trouve dans l’agriculture chimique et parfois même à moindre coût.

 

Qui, au fenua, délivre la garantie “bio” aux agriculteurs ?
Aujourd’hui, le système participatif de garantie Bio Fetia est la seule association reconnue par le Pays à pouvoir la délivrer. Jusqu’à maintenant, on se basait sur un document métropolitain composé de 19 pages de critères. Ensuite, il fallait faire appel à un comité de contrôle pour effectuer des visites de terrain, passer en commission… Bref, toute une chaîne de procédures lourdes et complexes qui freinaient les agriculteurs dans leur démarche.

Dans notre association, on a donc décidé d’adapter le texte. On est aujourd’hui passé de 19 pages à 12 pages et on continue à travailler dessus. Ça prend du temps, car il faut mettre tout le monde d’accord.

 

Combien y a-t-il d’agriculteurs certifiés bio au fenua, aujour-d’hui ?
Ils sont près d’une vingtaine, mais nous travaillons justement sur une adaptation du texte pour étendre la labellisation à un plus grand nombre. Ce que l’on souhaite, c’est de pouvoir labelliser non pas juste un agriculteur mais un périmètre d’agriculture biologique, pour alléger les procédures administratives. Il y a des archipels qui pratiquent l’agriculture sans utiliser de produits chimiques. C’est le cas par exemple des Australes, où les gens font pousser du taro selon des techniques traditionnelles, à l’aide de feuilles de cocotier ou de bananier. Idem aux Marquises avec les agrumes, les mangues et les bananes.

L’idée, c’est qu’à partir du moment où l’agriculteur sera inscrit dans le périmètre labellisé bio, il pourra coller son étiquette “bio” sur ses produits. On espère pouvoir mettre en place cette notion de “périmètre bio” aux Australes d’ici la fin de l’année, ce qui permettrait de labelliser près de 150 producteurs de taro. Bien sûr, il y aura des contrôles réguliers sur place, grâce aux référents du service du développement durable. On peut également compter sur les anciens de l’archipel, fervents défenseurs des pratiques ancestrales, pour faire la police en cas d’intrusion de produits chimiques.

 

À quels dangers s’expose-t-on lorsque l’on consomme des produits qui ne sont pas issus de l’agriculture biologique ?
Les effets de la bombe atomique, on en a beaucoup parlé. Mais aujourd’hui, les effets nocifs sur la santé sont dans nos fa’a’apu. Les dépenses de santé de la caisse de prévoyance sociale explosent. La majorité des maladies sont dues à l’alimentation des personnes. Il faudrait mettre l’accent sur la prévention : en imposant par exemple d’effectuer des contrôles systématiques sur les produits que nos enfants consomment à la cantine, pour veiller à ce qu’ils respectent la limite minimum de résidus (LMR) autorisée.

Nous avons les machines et le personnel pour effectuer ces contrôles mais ils ne sont pas faits. On donne à nos enfants des pommes importées qui renferment à elles seules plus de 52 sortes de pesticides, alors qu’on a des bananes qui pourrissent sur les quais aux Marquises en attendant leur acheminement à Tahiti. Il faudrait que les cantines ne proposent que des fruits et des légumes locaux à nos jeunes. Ce n’est pas simple, certes, ça demande de l’organisation et une vraie volonté politique, mais dans certaines communes, ils le font déjà et s’en sortent bien. Il faudrait aussi effectuer des contrôles dans les magasins, pour vérifier que les produits sont bien conformes aux normes.

 

Comment faire, selon vous, pour éviter les abus de pesticides localement ?
Il faut continuer à faire de l’information et à former les gens à l’agriculture biologique. Et puis, dans le code de la route, on verbalise bien les gens qui ne respectent pas les limitations de vitesse, alors pourquoi ne pas faire pareil dans l’agriculture, ou tout du moins avertir les agriculteurs du danger qu’ils font courir à la population en ne respectant pas la LMR ?

 

Propos recueillis
par Élénore Pelletier

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