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Les jeunes face aux dangers des outils numériques

lundi 29 janvier 2018

écran

“L’usage des écrans doit être encadré par un adulte dès l’enfance”, assure le Centre de consultations spécialisées en alcoologie
et toxicomanie. (© Jennifer Rofès)


La télévision, les tablettes et smartphones, internet, les jeux vidéos font partie intégrante de l’univers de la jeunesse d’aujourd’hui. Le numérique est incontournable. Le danger, c’est l’usage abusif. Le Centre de consultations spécialisées en alcoologie et toxicomanie en a conscience. Il a édité une brochure de conseils aux parents relative aux écrans et outils numériques, et une autre sur la cyberaddiction. “L’usage des écrans doit être encadré par un adulte dès l’enfance, et l’enfant éduqué aux médias”, assurent les infirmiers. “Intéressez-vous à sa vie numérique, mais maintenez des activités extérieures.”

“Mes meilleurs amis ont un petit garçon de 5 ans totalement accro à sa tablette. Ce gamin est désarmant car il ne cherche jamais à jouer avec mes filles qui ont presque le même âge.”

Le témoignage de Petero à La Dépêche en dit long sur l’isolement relationnel que peuvent provoquer les écrans, surtout auprès des tout petits, si l’on n’y prend garde.

“Si on prévoit un barbecue le week-end, il est capable de passer des heures à jouer sur son écran sans jamais chercher à aller vers les autres enfants. Le plus surprenant, c’est que les parents ne semblent pas gênés par cette situation. Ils me disent que c’est la jeunesse d’aujourd’hui, qu’elle est connectée et qu’il faut vivre avec son temps. D’ailleurs, c’est devenu quasiment impossible de la lui retirer sans crise de larmes.”

Pourtant, Petero explique qu’avant d’avoir une tablette, le petit jouait avec les filles. Il a l’impression que ce jouet l’a enfermé dans un monde où il n’y a plus de place pour les autres.

“Ça me fait tellement flipper que, pour le coup, mes filles n’ont aucune tablette à disposition. Elles ont le droit à la télé pour les dessins animés le matin et après, oti. Si elles veulent jouer, elles ont tous ce qu’il faut.”

Face à ces nouvelles problématiques, le Centre de consultations spécialisées en alcoologie et toxicomanie a édité une brochure de conseils aux parents relative aux écrans et outils numériques, et une autre sur la cyberaddiction.

Il lance un appel à la vigilance des parents et explique que c’est l’usage abusif des outils numériques et d’internet qui pose problème.

 

Appel à la vigilance parentale

 

De nombreux signes peuvent et doivent alerter : beaucoup de temps passé devant l’ordinateur, des colères injustifiées, une alimentation déséquilibrée, une diminution des résultats à l’école, une démotivation au travail, de l’absentéisme, de la fatigue due au manque de sommeil, une détérioration du réseau social, une augmentation des conflits familiaux ou encore une perte de confiance en soi.

L’isolement et même la dépression sont également évoqués. “Il faut aider son enfant à intégrer que tout ce qu’on y met peut tomber dans le domaine public, et y restera, et que tout ce qu’on y trouve n’est pas forcément vrai”, souligne le Centre.

L’enfant a besoin de jouer, de s’ouvrir au monde, de développer sa curiosité. “La télévision, les outils numériques, internet et les jeux vidéo font partie de son univers. Plutôt qu’interdire, accompagnez-le”.

Une psychologue pour enfant explique que, dans certaines familles, l’écran apparaît comme une source de jeux illimitée, et au final l’unique moyen de divertir son enfant.

“J’ai rencontré des enfants pour qui le meilleur souvenir de leurs vacances de Noël est d’avoir reçu un téléphone en cadeau et d’avoir pu passer un mois sur leur écran. Le retour à l’école est vécu comme difficile non pas à cause de l’apprentissage mais du fait d’être séparé de l’écran.”

Les parents, insiste-t-elle, ne doivent pas oublier que pour son développement, l’enfant doit partager, manipuler, toucher, développer son imagination avec des jeux de société, des stylos, des feuilles, un ballon… Mais aussi interagir avec des adultes ou d’autres enfants, ce que ne permet pas une tablette.

“Surtout, il faut apprendre à ses enfants à s’ennuyer. Dans une salle d’attente, ne pas avoir systématiquement le réflexe de prendre son téléphone pour passer le temps est un bon moyen d’apprendre à l’enfant la patience.”

Donc les écrans oui, mais un peu, sous contrôle parental et sans oublier de proposer d’autres sources de jeux.

 

Jennifer Rofes et Damien Grivois

 

• PLUS D’INFOS
– Centre de consultations spécialisées en alcoologie et toxicomanie. Tél. :40 46 00 67
Page Facebook Drogues et Addictions-Polynésie
– Médecin généraliste
– Infirmerie du collège ou du lycée

 

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Nathalie Derycke, infirmière au Centre de consultations spécialisées en alcoologie et toxicomanie : “Grandir, chez un enfant, c’est imiter l’adulte”

(© Damien Grivois)

(© Damien Grivois)

Quels conseils pratiques peut-on donner aux parents ?

L’idéal, pour un développement psychomoteur équilibré chez le jeune enfant, c’est pas d’écran du tout jusqu’à l’âge de 3 ans. Pour qu’il puisse apprendre et appréhender le jeu avec ses 10 doigts, avec sa vue, avec tous ses sens. On n’a pas besoin d’un écran pour s’amuser.

Aujourd’hui, dans les habitudes de consommation locales, il y a des écrans partout dans la maison… Les parents eux-mêmes ont le téléphone dans la main, si ce n’est la tablette. Ils allument la télé quand ils rentrent du travail et parfois la laissent allumée, etc.

On ne s’en rend pas compte, mais ça peut être nocif pour les tout petits. Il faut déjà se poser la question de sa propre consommation d’écran en tant que parent. C’est à l’adulte de décider qu’il laisse son smartphone de côté et qu’il prend le goûter avec son enfant, en lui demandant comment s’est passée sa journée, organiser des jeux dans le jardin ou sur la terrasse, etc. Grandir, chez un enfant, c’est imiter l’adulte. Donc si on passe sa vie devant un écran, on va avoir un enfant qui va recopier ce comportement.

 

Les soignants ont peu de recul sur cette problématique…

On s’est formés il y a quatre ans. Le numérique s’est bien installé en Polynésie. En terme de densité, il semble que les Polynésiens soient au deuxième rang mondial pour l’utilisation de Facebook par exemple !

Il ne faut pas non plus faire des écrans une bête noire car ça fait partie des générations actuelles. Si on lutte contre les écrans, si c’est un sujet de confrontation avec nos enfants, on va avoir un effet inverse… Il faut avancer avec ses enfants, et avec le numérique, les aider à l’utiliser correctement.

Parfois, en tant que parent, on peut se sentir dépassé. L’enfant peut nous répondre qu’on n’y connaît rien, qu’on ne comprend rien. C’est justement l’occasion de dire : je prends le temps, je me pose avec toi, explique-moi quel est ce site, ce réseau, avec qui tu discutes…

 

L’important, c’est donc d’en parler dans le cercle familial ?

L’essentiel, c’est de poser un cadre avec son enfant : sur quels sites tu vas, qu’est-ce que tu consultes, etc. Internet, c’est comme un lieu public. Virtuel mais public. Parfois, on ne sait pas ce que fait l’enfant sur le web. C’est aussi un lieu où il peut faire de mauvaises rencontres. Il faut lui indiquer clairement qu’il y a des sites où il ne doit pas aller car ils ne sont pas appropriés à son âge. Parler aussi avec lui du temps qu’il passe sur le réseau.

C’est aussi, en discutant avec lui de son activité numérique, l’occasion de donner à son enfant une place importante et valorisante. “Fais-moi découvrir ce que tu fais, ça m’intéresse.”

 

Propos recuillis par Damien Grivois

 

 

 

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