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La jeunesse est-elle laissée pour compte ?

mercredi 21 décembre 2016

jeunesse délinquance

La mort d’un jeune de 13 ans, dans la rue, en soirée, sur fond d’alcool, interpelle. (© archives LDT)

 

 

La mort d’un jeune de treize ans à Moorea interpelle et soulève de nombreuses questions. Même le président de l’Assemblée de la Polynésie française parle de la “responsabilité collective” de la société. La Délégation à la famille et à la condition féminine, qui travaille depuis deux ans à un programme pour prévenir la violence chez les jeunes, constate que ces derniers ont une échelle de valeurs faussée, et que les parents font ce qu’ils peuvent.

 

 

Le décès du jeune Raimanutea, 13 ans, dimanche dernier, à Moorea, sous les coups d’un autre jeune du même âge, soulève de nombreuses questions. Que faisaient ces adolescents dehors en pleine nuit ? Les parents ont-ils baissé les bras face à leurs responsabilités ?

Sur les réseaux sociaux, chacun y va de son commentaire, qui incrimine le plus souvent les parents. Mais pour Heimata Tang, déléguée à la famille et à la condition féminine, “la question n’est pas tant de savoir c’est la faute à qui, c’est toute la société qui doit se sentir responsable, parce que ces enfants, aussi bien la victime que l’auteur, ce sont des enfants de notre fenua”.

“La question à poser serait plutôt : Qu’est-ce qu’il se passe dans notre société pour que ces gamins de 13 ans en soient arrivés là ?”, poursuit-elle. “Ça veut dire que, pour eux, au moment où c’est arrivé, c’était acceptable de le faire, c’était tolérable. Ça veut dire que, dans leur système de valeurs, c’était quelque chose qu’ils pouvaient faire. Dans ce cas, où étaient posées les limites ? Où était posé l’interdit ?”

Heimata et son équipe travaillent depuis 2014 à un programme pour essayer de prévenir la violence chez les jeunes. Et le constat qu’elles ont pu faire, “c’est qu’on avait un regard qui ne nous laissait voir que la partie visible de l’iceberg”.

“Plus on travaillait avec eux, plus on se rendait compte qu’il y avait déjà une présence assez prégnante des faits de violence sous différentes formes. C’est-à-dire pas uniquement de la violence physique ou verbale, mais aussi de la violence liée à l’utilisation des nouvelles technologies, sur les réseaux sociaux. Ils expérimentaient toutes ces formes de violences interpersonnelles, et ce n’était pas uniquement dans le milieu familial, mais dans le milieu scolaire, entre jeunes du même âge.”
Le deuxième constat était que “le degré de tolérance avait changé”.

“C’est-à-dire que ce qui était intolérable est devenu tolérable aujourd’hui et que, pour les jeunes, ce que nous, on dénonce comme des violences, pour eux, ce sont des choses positives. Par exemple, tout ce qui est pression dans les relations amoureuses, des attitudes de chantage, de harcèlement, pour eux, c’était des preuves d’amour.

Alors que nous, en tant qu’adultes, on voit déjà les conséquences que ça a sur les violences conjugales qu’on constate aujourd’hui. On se rend compte que leur système de valeurs est différent, c’est comme ça qu’ils en viennent à accepter des choses, à tolérer un certain nombre de comportements qui peuvent ensuite aboutir à des situations de violence extrême.”

Du côté des parents, les premiers qu’on pointe du doigt dans de telles circonstances, la tâche est loin d’être simple. Si des internautes, dans leurs commentaires Facebook, prônent une éducation à l’ancienne, “une bonne raclée” pour remettre les enfants dans le droit chemin, “aujourd’hui, ce n’est plus un discours qu’on peut tenir”, reprend Heimata.

“Les enfants savent de quoi ils sont protégés. Ils te sortent le numéro de la ligne verte, ils vont voir l’assistante sociale. Et là, ce sont les parents qui se retrouvent en difficulté, qui se retrouvent remis en cause dans leur fonction. J’ai beaucoup de retour de parents qui se sentent un peu démunis et qui ne savent plus trop où est l’éducation, où est la répression.

Je pense qu’ils font de leur mieux, et c’est déjà ça. Chacun fait à sa manière, avec tout ce dont il a hérité, de son père, de sa mère, de ses grands-parents et parfois même de son entourage. On pioche dans ce qu’on a vu, dans ce qu’on croit être bien, en fonction aussi de notre système de valeurs, pour faire de notre enfant quelqu’un de bien. Il n’y a pas la médaille du meilleur parent ou du plus mauvais parent, chaque parent fait ce qu’il peut avec ce qu’il a.”

 

V.H.

 

 

Une mallette pédagogique pour désamorcer la violence

(© Vaiana Hargous)

(© Vaiana Hargous)

 

Pour tenter de prévenir la violence chez les jeunes, la Délégation à la Famille et à la condition féminine a choisi une approche où le jeune est acteur du changement. “Ce n’est pas en leur disant c’est comme ça que vous devriez être, qu’on va réussir à faire changer les choses, explique Heimata Tang, déléguée à la famille et à la condition féminine.

Il faut que le changement et la prise de conscience viennent d’eux d’abord. À partir de cette approche, on a travaillé sur une mallette pédagogique, qu’on a commencé à distribuer aux établissements scolaires depuis septembre. Elle aborde cinq thématiques différentes. La communication, un aspect important, parce qu’on s’est rendu compte qu’il y avait une incapacité parfois à savoir dire les choses, à exprimer ses sentiments et ses limites, aussi bien chez les garçons que les filles. On a voulu aborder également la relation intime, et tout ce qui concerne les pressions sexuelles, les relations sexuelles sous l’influence de l’alcool, ou alors sous la pression du groupe, pour faire comme tout le monde, etc.

L’un des thèmes concerne aussi toutes les violences via les nouvelles technologies, comme le cyber harcèlement. Et les deux dernières thématiques sont le respect et la confiance. On est partis sur des comportements positifs. On essaie de les outiller pour qu’ils sachent comment ils peuvent réajuster leur comportement, essayer de changer la manière de voir, d’agir, pour que ce soit quelque chose qui prenne forme et qui puisse vraiment amener un changement profond. Là, c’est un premier outil pour travailler tout de suite avec la cible, les jeunes, et essayer de déconstruire les modèles qu’ils ont pour qu’ils puissent se réapproprier des valeurs qu’ils auront fixés, et qu’ils estimeront être tolérables. On va les aider à refixer ce cadre à la bonne place.

Mais là, l’urgence est de travailler avec les familles, les parents, je pense qu’ils sont dans cette attente, qu’on les accompagne, et qu’on les aide eux aussi à retrouver leur place.

Là, le plus dur va être d’essayer de trouver le juste milieu. Nous, en tant que pouvoirs publics, de faire au mieux pour que ce genre d’événement ne se reproduise plus, ajoute Heimata au sujet du drame de dimanche soir. Mais ce n’est pas évident. Ce type de comportement met des années à se construire et on commence à peine à mettre le doigt dessus alors que c’est bien installé. Ça va mettre du temps à se déconstruire, mais il faut qu’on commence.”

 

Plus d’informations dans notre édition du jour ou au feuilletage numérique

 

 

 

 

 

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