Jonathan Mencarelli : la pierre dans la peau

    mercredi 11 mai 2016

    Récompensé en 2002 du prix du meilleur sculpteur lors du Festival des artistes de Polynésie, Jonathan Mencarelli n’a depuis jamais cessé de confirmer les espoirs placés en lui. Année après année, il révèle son talent et sa créativité avec des thèmes renouvelés. Après les penu, les umete et un hommage à Bobby, il revient cette fois avec l’un des piliers de la culture polynésienne, le tatouage.

    Pour cette nouvelle exposition, vous avez travaillé sur le thème du tatouage.
    Oui, surtout les tatouages traditionnels marquisiens. Pour mes expositions précédentes, j’ai travaillé sur différents objets traditionnels polynésiens en pierre, les puna, les umete, les herminettes, les penu et les tiki. C’est ici la suite de cet hommage que je rends à la culture polynésienne. Je me suis intéressé au tatouage parce qu’il y a un lien entre le tatouage et la sculpture, des motifs vont de l’un à l’autre. Aux Marquises, des tiki sont tatoués. Le lien existe, je l’ai approfondi, sur la pierre.

    Certains artistes ont trouvé un thème qu’il développe, ce n’est pas votre cas. Pourquoi vouloir chercher à chaque fois un nouveau sujet d’inspiration ?
    Je veux me renouveler, je ne veux pas faire à chaque fois la même exposition. Donc je veux faire quelque chose de différent sur un thème différent, mais ils ont un lien entre eux.

    Le tatouage est normalement à plat, en deux dimensions. Comment cela se traduit en sculpture ?
    J’ai mis des motifs en trois dimensions, comme le etua, ce personnage à mi-chemin entre l’homme et un tiki. Je l’ai refait sur des cubes de pierre que j’ai taillés et que j’ai mis en volume. Il y en a toute une série où le motif devient de la 3D. Dans une autre partie de mon travail, c’est de la gravure. J’ai choisi des motifs qui se sont reportés sur des pierres de différentes tailles et différentes formes, pour attirer l’attention.

    Comment trouvez-vous l’inspiration ? C’est en fonction de la pierre ou avez-vous une idée et transformez-vous ensuite la pierre en fonction ?
    C’est un peu les deux. Parfois, je trouve des pierres qui me donnent une idée selon leur forme et parfois j’essaie de trouver des pierres qui correspondent à mon idée. Je reste ouvert aux possibilités.

    Vos œuvres sont-elles toujours empreintes de culture polynésienne ?
    J’ai déjà fait une exposition sur les éléments qui sont un thème universel. Je rendais à la pierre volcanique sa forme première qui est liquide, c’est la lave.

    Sur quel type de minéral avez-vous travaillé ?
    Essentiellement la phonolite et le basalte, c’est un matériau qui me plaît. Il sort de l’océan, il a une histoire, il remonte du cœur de la Terre. La pierre de Moorea a 1,9 million d’années, elle a déjà une histoire, elle était déjà là avant l’homme et le sera après.

    Est-ce qu’il existe un lien entre la pierre et le tatouage ?
    Par le passé, j’ai aussi sculpté le corail. Là, la pierre me permet d’avoir des gris foncés, des noirs et ainsi on retrouve les mêmes couleurs que les encres fabriquées traditionnellement avec des noix.

    L’an dernier, c’était une exposition en hommage à Bobby. Vous êtes très productif avec une exposition chaque année. Cela demande-t-il beaucoup de travail ?
    Une exposition me demande un an de travail à temps plein. C’est comme n’importe quel travail, il faut y aller le matin, j’amène mon petit casse-croûte et je rentre le soir. J’ai la chance d’avoir un ami qui me prête un petit bout de son terrain dans une forêt. Je tire une grande rallonge, je travaille sous une bâche, c’est sympa.

    C’est presque du métro-boulot-dodo. Après quinze ans de sculpture, est-ce toujours un plaisir ou, en sculpture, peut-on être fiu de travailler ?
    Oui, comme tout le monde. Il y a des hauts et des bas, il y a des moments vraiment jubilatoires. Mais en général, je suis motivé parce que c’est ce que j’ai choisi, c’est ce que j’aime, c’est ma passion, c’est ma vie, donc franchement j’y vais avec plaisir le matin.

    Avez-vous un moment jubilatoire vécu sur l’une des œuvres qui seront exposées à raconter ?
    Quand l’on arrive à sculpter la matière et obtenir l’idée que l’on avait au départ, c’est déjà assez chouette. Et puis le fait de déterrer une pierre peut avoir l’air simple comme cela, mais c’est assez compliqué pour les gros cailloux. Donc il y a une grosse pierre que j’ai réussi à déplacer et j’étais assez content. C’est la plus grosse pièce de l’expo, c’est un motif qui fait une tête et une bouche, la forme du caillou un peu courbé fait qu’on dirait que le tatouage émerge du sol.

    Est-ce que vous vous êtes documenté pour travailler sur les tatouages ?
    J’avais déjà fait un travail documentaire là-dessus. Depuis le lycée, j’ai consulté pas mal d’ouvrages et là, je me suis aussi penché sur Les Marquisiens et leur art de Karl von den Steinen.

    Cela vous a-t-il donné envie de faire du tatouage ?
    Non (rires), je laisse cela aux tatoueurs. Moi, c’est vraiment la sculpture. Cela me permet d’aborder des thématiques différentes, comme le tatouage. La sculpture, je ne lâcherai jamais, j’irai jusqu’au bout.

    Vous êtes installé en forêt. Qu’est-ce que cela représente de dévoiler vos œuvres au public ?
    C’est un mélange d’impatience et de crainte. Il y a toujours un petit peu de trac au vernissage, mais cela fait partie du boulot. Je garde très peu de sculptures chez moi. Je trouve mon plaisir dans la fabrication, ensuite j’aime que cet objet puisse voyager avec d’autres personnes, qu’il ait sa propre existence pour être vu un maximum de fois ou touché.

    Propos recueillis par Florent Collet

    Pratique

    Tatau du 12 au 24 mai à la galerie Winkler, rue Jeanne-d’Arc à Papeete.
    Vernissage demain à 18 heures.
    Les sculptures sont vendues entre 20 000 et 400 000 F.

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