Kai Hotu Rau – Les syndicats de professionnels dénoncent une “mainmise sur la petite agriculture”

    mercredi 20 janvier 2016

    Kai Hotu Rau vient de sortir de terre après quelques années en sommeil. La centrale d’achats est contestée par une majeure partie des syndicats agricoles, qui déplorent un manque de concertation et de transparence du Pays et de la société anonyme. Ils craignent que cette dernière ne devienne un intermédiaire de plus et que le secteur se précarise.

    La nouvelle version de Kai Hotu Rau est à peine sortie de terre que des opposants se soulèvent déjà. Et pas des moindres.
    Le syndicat des producteurs de fruits, le syndicat des maraîchers, la fédération Rima Hotu Rau et certains membres de la chambre d’agriculture et de la pêche lagonaire se sont fendus d’un communiqué pour dénoncer “une mainmise sur la petite agriculture”.
    Françoise Henry, présidente du syndicat des producteurs de fruits, fustige : “Le petit agriculteur risque de devenir l’ouvrier de la centrale d’achats. Le président de Kai Hotu Rau annonce une baisse des prix, tout en étant un intermédiaire supplémentaire : mathématiquement, cela ne se fera qu’en précarisant les producteurs.”
    Les agriculteurs se sentent lésés car Kai Hotu Rau est une société anonyme détenue à 49 % par le Pays et non une coopérative. Aussi, les syndicats agricoles parlent de “concurrence déloyale vis-à-vis des agriculteurs qui sont totalement en marge du projet”.

    “Vers un monopole agricole ?”

    Pourtant, la centrale d’achats assure avoir consulté tout le monde agricole. Il semblerait que non, martèle-t-on du côté de la fédération Rima Hotu Rau.
    Et de pester : “La direction de Kai Hotu Rau est constituée d’un tout petit noyau d’agrobusiness et d’un businessman des transports en commun qui ne peuvent prétendre représenter le monde agricole dans son ensemble, mais que le monde agricole perçoit comme une menace pour sa survie. Va-t-on vers un monopole là aussi ?
    Nous n’avons pas été consultés et nous avons demandé à rencontrer le ministre et le président du Pays, pour qu’ils daignent nous recevoir et communiquer avec nous, plutôt que de prendre des décisions périlleuses sans consultation de l’ensemble des producteurs.”
    Les syndicats sont sous le choc et déplorent le manque de consultation et de transparence.
    “Kai Hotu Rau est une société privée et ils vont donc favoriser leurs intérêts. Je ne vois pas pourquoi la planification des cultures ou encore la politique agricole reviendrait à une société privée.
    Dans leur prérogative, ils ont aussi la possibilité d’importer et, quelque part, cela se fera au détriment de la production locale. Ils n’ont qu’à développer l’exportation.
    Il faut développer le secteur. À l’heure actuelle, les producteurs arrivent à vivre de leur métier et Kai Hotu Rau va les précariser. Les agriculteurs sont à la périphérie de Kai Hotu Rau alors qu’on doit être au centre.
    Nous sommes des syndicats agricoles et nous ne sommes pas entendus. Là, on ne travaille pas avec Kai Hotu Rau et on y arrive, je ne vois pas pourquoi j’irai mettre un intermédiaire de plus dans l’équation”, soulignent les syndicats.
    Ils rappellent au passage qu’en 2009, “Kai Hotu Rau s’était illustrée par sa capacité à gaspiller un budget de 90 millions de francs de fonds publics pur un résultat catastrophique”.
    En somme, pour les syndicats, la centrale d’achats n’augure rien de bon.
    Willy Chung Sao, président du conseil d’administration de la société, n’en démord pas, lui : “Je crois en notre projet. Cela apportera de la qualité sur nos étals. Nous ne sommes pas là pour nous faire de l’argent sur le dos des agriculteurs.” Les graines de Kai Hotu Rau étant plantées, il ne reste plus qu’à attendre pour voir quels fruits pousseront.

    Jenny Hunter

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