Kevin Frederick annonce la publication d’un ouvrage sur l’île

    lundi 4 avril 2016

    Kevin Frederick a découvert Bora Bora en 1984 et, depuis, il y retourne. Il y a de nombreux amis et même deux filleuls tahitiens.  Cet avocat californien, au fur et à mesure de ses séjours et des échanges avec les gens de l’île, a souhaité en comprendre l’histoire, et s’est mis à faire des recherches historiques.  Il a fini par écrire un livre, un dialogue entre le narrateur et l’île, dans lequel Bora Bora constate l’évolution de sa population depuis l’arrivée des missionnaires.

    Il a posé beaucoup de questions et a obtenu peu de réponses ou des explications complètement opposées. Il a alors commencé à faire des recherches, et s’est penché sur la documentation publiée à Tahiti.
    Il a beaucoup lu, mais les livres sur l’histoire de la Polynésie n’offraient que quelques paragraphes sur celle de Bora Bora et il est resté sur sa faim. En 1994, il s’est lancé dans une longue quête, et a décidé de retrouver et d’écrire l’histoire de Bora Bora en se plaçant selon le point de vue tahitien et pas européen.
    C’est le récit de l’île telle qu’elle a vu arriver ses premiers habitants océaniens sur leurs pirogues et comment ils l’ont transformée en apportant leurs animaux (chiens, cochons, volaille) et plantes (uru, taro, etc.).
    Ils ont construit leurs habitations, créé une vie sociale et religieuse, établi des relations paisibles ou belliqueuses avec les autres îles.
    Ensuite, l’île voit arriver les premiers explorateurs, les bateaux de commerce, puis les missionnaires.
    À chaque étape, il se place dans l’optique que c’est l’île qui découvre ses nouveaux habitants et non l’inverse.
    Après de nombreuses recherches, il conclut que “les missionnaires ont élevé et éduqué les enfants que les familles leur confiaient facilement”.
    “Ils ont grandi dans la culture chrétienne et, parvenus à l’âge adulte, cette nouvelle génération a oublié la culture polynésienne. C’est ainsi que le changement des mentalités s’est fait en douceur.”
    Il décrit ainsi les grandes étapes historiques : Bora Bora vit deux autres nouvelles transformations, avec le séjour des Américains pendant la Seconde Guerre mondiale et la construction des grands hôtels.
    Cette dernière étape, Kevin Frederick la connaît bien puisqu’il a été un client régulier du mythique hôtel Bora Bora.

    Un véritable parcours du combattant

    Pour mener à bien ses travaux, il a fait des travaux de recherches exceptionnels et a exploité une documentation jusqu’alors inexplorée, la correspondance des missionnaires anglais conservée par l’Université de Londres, au département Livingstone House and School of oriental et African Studies.
    La consultation de ces documents a été un véritable parcours du combattant.
    Kevin Frederick a eu besoin d’une lettre de recommandation d’un professeur d’histoire de Standford University, où il a fait ses études de droit et d’un juge pour avoir l’autorisation de prendre connaissance de ses documents qu’il devait manipuler avec d’infinies précautions avec des gants.
    Interdiction de les photographier. Il a donc recopié à la main les passages qui l’intéressaient jusqu’à ce que le responsable des archives lui photocopie les documents qu’il a enfin pu étudier chez lui.
    “J’ai retrouvé plusieurs portraits de missionnaires dans la correspondance que j’ai étudiée. Ils l’envoyaient à leur famille car ils ne savaient jamais s’ils reviendraient un jour. Certains courriers étaient d’une grande tristesse car ils voyaient mourir des populations frappées d’épidémie sans avoir les moyens de les soigner. Inutile de demander l’envoi de médicaments puisqu’il fallait un an entre l’envoi d’une lettre et sa réponse.”
    Kevin Frederick a étudié toute la littérature publiée en anglais sur la vie de Bora Bora dans le passé, à commencer par le livre de bord de James Cook, mais aussi celui du chirurgien du Discovery durant le troisième et dernier voyage de l’explorateur et de nombreux autres récits de navigateurs.
    Il a beaucoup discuté avec les gens de Bora Bora, glanant à chacun de ses passages sur l’île de nouvelles informations, cherchant à confronter les récits des occidentaux avec la réalité polynésienne.
    “Cook n’a pas cherché à connaître les Polynésiens. Son but était de découvrir et de cartographier des terres jusque-là inconnues des Européens.”
    Ce travail de recherche de plus de vingt ans va se conclure avec la publication d’un ouvrage de plus de 250 pages.
    En voyant arriver la fin de son dialogue avec Bora Bora, Kevin Frederick est très ému et il déclare, les larmes aux yeux : “Je veux remettre au premier plan le peuple ma’ohi et c’est pourquoi je lui dédie mon livre. Je pense le faire traduire en français afin qu’il puisse être utilisé dans les écoles de l’île.” Il a également demandé à Gaston Tong Sang d’en écrire la préface.

    De notre correspondante Isabelle Roussy

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