Kitesurf interdit = activités en berne

    jeudi 3 septembre 2015

    Depuis l’arrêté municipal interdisant la pratique du kitesurf sur trois spots à Moorea, rien ne bouge.
    Outre des amateurs frustrés, les professionnels d’écoles de kitesurf ont déjà perdu 70 à 80 % de leur chiffre d’affaires, voire, vont être obligés de cesser leur activité.  Du côté de la mairie, c’est le silence radio…

    Effet boule de neige. L’arrêté interdisant la pratique libre de l’activité de glisse autotractée, ou kitesurf, a été signé par le maire de Moorea, Evans Haumani, le jeudi 23 juillet, provoquant un tollé dans le monde la glisse, interloqué par cette mesure restrictive, dont les médias ont fait leurs choux gras. Sur les réseaux sociaux, c’est l’incompréhension. Et cette décision municipale n’a pas fini de faire des dégâts.
    Cette interdiction est triple car elle concerne les trois principaux spots de l’île pour la pratique de cette activité, à savoir le spot bien connu de Tiahura, en face de la résidence Moemoea, les plages publiques de To’atea à Temae et de Ta’ahiamanu située à l’entrée de la baie de Opunohu, appelée improprement “Plage Mareto”. Cette interdiction pénalise plus d’une centaine de pratiquants de Moorea, qui se sont mobilisés à maintes reprises depuis (lire La Dépêche de Tahiti du lundi  10 août, “Mot d’ordre des kitesurfeurs : “Une réglementation, pas une interdiction”) mais aussi les sportifs de Tahiti ainsi que les touristes. Et comme on ne fait pas les choses à moitié à Moorea, l’interdiction est valable jusqu’au 31 décembre… 2020.
    Pour Tiahura, à Haapiti, la zone d’interdiction a été délimitée du Pk 24,5 (pointe Tipee Hôtel InterContinental) au Pk 26,7 (face à l’ancien Club Med zone du Petit village). Et dans cette zone se trouve, au sein de l’hôtel, Exp’Air Moorea, une école de kite surf, appartenant à Manutea Monnier et à ses associés.

    “Nous avons été obligés de rembourser les deux touristes, qui avaient pris des packages à 52 000 Fcfp par personne. C’était leur premier cours, ils n’ont pu en faire que quinze minutes, ils étaient venus spécialement pour faire du kite.”

    Manutea Monnier est aujourd’hui, un homme abattu. Il y a un an environ, il investit avec quelques amis pour reprendre le fonds de commerce d’un centre d’activités nautiques au sein de l’InterContinental de Moorea avec, en ligne de mire, la mise en place de cours et de location de kitesurf, sport de glisse en plein essor sur l’île-sœur. “Ce n’était qu’une activité paddle, nous voulions racheter l’endroit au sein de l’hôtel, c’est un super-spot, le meilleur endroit pour s’installer pour le kite surf”, nous a expliqué Manutea Monnier. “On utilise, certes, le plan d’eau interdit aujourd’hui mais nous ne partons pas de la plage mais du motu où se trouve le restaurant Coco beach, face à l’hôtel. Il y a beaucoup moins de baigneurs à cet endroit, on ne dérange vraiment pas grand monde”, reconnaît Manutea.
    Depuis le lancement de leur activité, les cours de kitesurf prônés par l’école de kitesurf de Moorea Exp’Air Moorea (il existe une école à Tahiti également, ndlr) représentaient 70 % du chiffre d’affaires de la jeune société. À 11 500 Fcfp la séance de deux heures, avec matériel et moniteur diplômé et à raison de 80 à 100 clients par mois, l’affaire était rentable pour les quatre associés. Et puis patatras ! Fin juillet, la mairie pond un arrêté interdisant la pratique du kitesurf, sur trois des meilleurs spots de Moorea. “On l’a vu sur Facebook et puis nous avons contacté la mairie pour savoir si nous étions concernés par cet arrêté, en tant que professionnels”, se rappelle Manutea. “Une première réponse nous a dit que nous n’étions pas concernés, ce qui nous a un peu soulagés. Et puis une semaine après, on nous envoie un mail pour nous dire que finalement, les écoles de kitesurf étaient concernées et qu’il fallait qu’on arrête notre activité. On a bien fait comprendre à la mairie qu’on ne pouvait pas arrêter l’activité sinon nous étions obligés de fermer le centre et trouver un travail ailleurs. Et nous avons continué tout de même jusqu’à vendredi dernier. Là, les policiers municipaux sont intervenus, en jet-ski lors d’un cours avec des touristes. Ils ont d’ailleurs arrêté toutes les activités nautiques ce jour-là, même les windsurfeurs. Ils nous ont bien fait comprendre qu’on ne pouvait plus continuer l’activité, nous avons été obligés de rembourser les deux touristes, qui avaient pris des packages de plusieurs séances à 52 000 Fcfp par personne. C’était leur premier cours, ils n’ont pu en faire que quinze minutes, ils étaient venus spécialement pour faire du kite”, nous a précisé Manutea, dégoûté.

    “Déjà qu’on n’a pas beaucoup d’emplois à Moorea… On a l’impression que tout le monde s’en fout”

    “Le lendemain, j’ai rappelé et on m’a dit qu’il fallait attendre que la mairie bouge et depuis, aucune nouvelle.” Exp’Air Tahiti essaye d’avoir une dérogation tout comme l’autre école, Lakana fly kite school, elle aussi sous le coup de l’interdit. “On continue l’activité mais bon, elle a chuté de 80 %”, nous a confié David Bourroux à la tête de cette autre école mais également membre de l’association de défense Kite surf Moorea. David n’a pas été contrôlé pour le moment mais étant itinérant, il peut amener ses élèves sur des spots autorisés. “Mais on fait des amalgames : on a dit à une pratiquante que c’était interdit sur toute l’île récemment alors qu’elle se trouvait à 20 km des zones interdites”, nous a confié David Bourroux. “Sur quatre heures d’initiation, on en passe deux sur le sable. On va aussi interdire la pratique du cerf-volant”, s’amuse ce dernier. “On a investi des millions il y a un an, en reprenant ce fonds de commerce et le développant, sans penser qu’un an après, il y aurait une telle interdiction”, estime Manutea. “C’est inimaginable, cela va à l’encontre de tout, de l’économie, du tourisme, de l’emploi, des jeunes, déjà qu’on n’a pas beaucoup d’emplois à Moorea… On a l’impression que tout le monde s’en fout. Maintenant, je vais voir avec mes gars combien de temps ils peuvent tenir ; on a un loyer à payer à l’hôtel. D’ici deux ou trois mois, si cela ne bouge pas, on sera obligé de fermer”, lâche le jeune homme, fataliste.
    Ah oui, et du côté de la mairie de Moorea, c’est toujours “silence radio”. À l’instar de nos confrères de Radio 1 qui ont tenté d’avoir un mot d’un responsable, nous avons tenté partout de joindre le tavana, Evans Haumani. Ce dernier en route pour le conseil politique orange mardi après-midi, n’a point trouvé cinq minutes pour nous rappeler, malgré les nombreux messages que nous lui avons laissés. La guéguerre des chefs est sans doute, plus intéressante pour l’élu, que la situation des amateurs et surtout, des professionnels du kite surf à Moorea.

    Christophe Cozette

     

    tran 2015-09-05 23:14:00
    Eh eh! Comme quoi, rien ne vaut dentendre les 2 parties.
    Les zazous ont tué la poule aux oeufs d''or. Le risque est identique sur les spots méditerranéens pour les mêmes raisons.
    Un kiteur depuis 15ans
    Enquete 2015-09-05 21:35:00
    C'est vrai , l'opinion que l'on a des kites sur Tiahura est très mauvaise, looser arrogant sans gêne ne respecte pas les interdictions...A trop faire les zazous, pour la sécurité des baigneurs il faut qu'ils aillent voir ailleurs, merci Mr le Maire.
    DELARAIE 2015-09-04 21:47:00
    ça suffit avec ces commentaires malhonnêtes rédigés par la même personne sous pseudos différents, vous voulez privatiser la plage et la mer en kitant comme des voyous avec vos mauvais comportements de plus en mettant en danger les usagers de la plage. C'est vous qui faites fuir les touristes vers d'autres iles alors fermez la définitivement!
    BONNO Alain 2015-09-03 23:43:00
    Monsieur Christophe Cozette, bonjour, effectivement votre approche dudit sujet apparaît sous un angle « sensiblement » différent, plutôt factuel, ce à quoi nous n'étions pas habitués conformément aux précédentes versions "made in Moorea-Maiao" de La Dépêche de Tahiti... Merci donc pour cette intervention.
    Concernant le sujet lui-même, les répliques de Manutea Monnier que vous retranscrivez, nous alerte sur l'impact incontestablement négatif sur l'économie notamment touristique de l'île de Moorea allant jusqu'à « rembourser les deux touristes », « déjà qu'on n'a pas beaucoup d'emplois à Moorea »!
    En attendant qu’une solution rapide soit trouvée à cette regrettable situation, j'invite Monsieur Manutea Monnier et son réseau a s'allier à la cause en signant la pétition de l’AMKS « pour une réglementation de la pratique du kite-surf à Moorea et dans toute la Polynésie française » afin qu'il n'est pas l'impression de faire partie de ce « tout le monde s'en fout » (pour reprendre ses termes, publiés), la dérogation accordée par la mairie ne le mettant à l'abri de cette discrimination de traitement qui plus est un motif non recevable à une prise en charge par sa compagnie d’assurance d'un incident ou accident lié à la pratique du kite-surf dans une zone interdite à cette activité.
    titi 2015-09-03 20:16:00
    Surtout quand il n'y a pas d'emploi et que les enseignes ferment une à une. Ce pseudo maire devrait payer de sa poche les indemnités !
    titi 2015-09-03 20:15:00
    Une seule solution pour ce pays : diviser par 5 les salaires des élus, supprimer les primes dont ils bénéficient, etc. Alors pût être qu''ils se soucieront de leur boulot plutôt que de faire la cour au vous vieux roi.

    Écoeurant tout ça.
    David Afareitu 2015-09-03 19:39:00
    Salut les amis. J''ai habité qq années à Moorea et le kite c''est top. Peut-être faut-il encadrer la pratique... mais de loin je pense que vous devriez ne plus attendre et faire un référé suspension de cet arrêté devant le tribunal !!
    Duconlajoie 2015-09-03 14:25:00
    AAAAAAAHHHH je joui de lire un vrai article sur un sujet de MOOREA traité par un VRAI JOURNALISTE, sans prise de partie pour le pouvoir en place!! merci MONSIEUR COZETTE. LA dépêche, mettez CE JOURNALISTE en poste à MOOREA, nous avons BESOIN d'une véritable INFORMATION !!!!!
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