Kojfer, homme-clé du dossier Carlton, confronté à d’anciennes prostituées

mardi 3 février 2015

La seconde journée du procès du Carlton a été marquée mardi par une confrontation si éprouvante pour René Kojfer, figure centrale de l’affaire, avec d’anciennes prostituées que le président du tribunal a dû écourter la séance après avoir fait examiner le prévenu.
Premier mis en examen, premier à s’avancer à la barre mardi matin, René Kojfer, ancien chargé de relations publiques à l’hôtel Carlton, est réputé être celui qui a fait le lien entre les différents cercles mis en cause dans cette affaire de proxénétisme impliquant quatorze prévenus, dont l’ancien directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn. 
Mais s’il est très attendu, DSK, lui, ne reviendra pas témoigner avant le milieu de la semaine prochaine. L’objectif du président du tribunal Bernard Lemaire cette première des trois semaine que doit durer le procès est d’abord de démêler l’écheveau des différents volets de l’affaire en interrogeant l’homme clé qu’est M. Kojfer.
Devaient être aussi entendus mardi les autres « hôteliers », Francis Henrion, ancien directeur du Carlton, et Hervé Franchois, propriétaire de l’hôtel, qui doivent également répondre de proxénétisme aggravé, ainsi que deux des prostituées qui se sont portées parties civiles.
 
« L’ombre de DSK »
 
Interrogée sur l’éventuelle rancune à l’encontre des « hôteliers », l’une des anciennes prostituées venues témoigner, répondant au surnom de « Jade », répond qu’ils étaient « courtois ». « Pour les autres, je leur en veux précisément parce qu’ils m’ont présenté une personne publique », ajoute-t-elle avant d’être aussitôt coupée par le président.
« Les autres », ce sont Fabrice Paszkowski et David Roquet, deux entrepreneurs locaux également au banc des accusés, et dont le premier cité était proche de DSK. « La personne publique », devine-t-on, est celui dont on doit éviter de prononcer le nom jusqu’à son apparition à la barre la semaine prochaine, Dominique Strauss-Kahn.
 
« Premiers témoignages de prostituées »
 
C’est la première fois que l’on entend le témoignage d’anciennes prostituées. Elles ont refait leur vie mais la médiatisation du procès les inquiète. Les premiers mots sortent difficilement, accompagnés de larmes, mais leur mémoire est intacte.
« Jade » travaillait dans un établissement de Dodo la Saumure. Elle raconte les rendez-vous avec Kojfer, Henrion et Franchois dans un appartement attenant à l’hôtel Carlton.
Qui étaient les donneurs d’ordre?, interroge le procureur. « Parfois la gérante du bar, parfois c’était Dodo, une fois c’était René », explique-t-elle. 
« Quand il vous paie, c’est en qualité de prostituée ? », insiste le procureur. « J’ai pas fait le ménage », réplique-t-elle.
Puis vient « Sonia ». Venant corroborer le témoignage écrit d’autres prostituées, elle raconte que René Kojfer l’a présentée à d’autres hommes, devenus des clients.
« Je ne suis pas un proxénète », affirme René Kojfer, qui préfère le terme « d’entremetteur ». Il n’est pas toujours clair dans ses explications. En plus, il a du mal à entendre, doit souvent se faire répéter les questions. « Vous trouvez normal de mettre en relation une jeune fille de 20 ans avec vos amis pour qu’elle soit rémunérée ? », demande Me Emmanuel Daoud, avocat de l’association Le Nid.
« Je n’étais pas le premier », marmonne René Kojfer.
C’est une seconde question du même ordre, faisant par ailleurs référence à la fille de M. Kojfer, qui met ce dernier dans tous ses états.
Visiblement agacé, fatigué après de longs moments à la barre, il dit se sentir mal.
 
« Une journée écourtée mais instructive »
 
Après deux pauses consécutives, et l’appel aux pompiers pour faire examiner le prévenu, pris de faiblesse, la main sur le coeur, grimaçant et en sueur, le président décide d’écourter l’audience d’une heure.
Celle-ci aura néanmoins permis de se familiariser un peu avec la personnalité de René Kojfer, accusé non seulement d’avoir aidé ou assisté à la prostitution mais aussi d’avoir embauché des jeunes femmes et dans deux cas, d’en avoir tiré profit.
Il aime bien se vanter, semble-t-il, surtout au téléphone. « Je téléphone beaucoup oui. Au téléphone je parle beaucoup », explique-t-il dans les premiers instants de l’audience. Provoquant de larges sourires dans le public.
Lorsque René Kojfer a été mis sur écoute en 2011, c’est au cours de l’une de ses conversations téléphoniques qu’est apparu pour la première fois le nom de DSK. 
Ce dernier, brièvement interrogé lundi, avait affirmé n’avoir jamais rencontré M. Kojfer, pas plus que le souteneur Dominique Alderweireld, alias Dodo la saumure, employeur en Belgique des filles ayant participé aux soirées libertines.
 
AFP

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