La France a fermé le CEP en Polynésie, mais elle poursuit ses tests atomiques

    lundi 23 novembre 2015

    En 1995, le Président de la République Jacques Chirac provoque la stupeur en annonçant la reprise des tirs atomiques à Moruroa et Fangataufa. Selon lui, les scientifiques lui ont assuré que cette ultime salve est indispensable à l’étalonnage d’un futur outil de simulation. Près de 20 ans plus tard, ce laboratoire, essentiellement constitué d’un laser mégajoule (LMJ) voit enfin le jour en 2014, dans la région bordelaise, pour un coût total estimé à plus de 6,6 milliards d’euros (787,57 milliards de francs), l’équivalent de près de 44 ans de la Dotation globale de développement  économique (DGDE) adoptée en 2003 en faveur de la Polynésie française. Les associations et ONG qui se battent pour le désarmement estiment que ce laser, qui permet de moderniser les armes, constitue une violation du traité de non-prolifération nucléaire.

    Le 23 octobre, le Premier ministre, Manuel Valls, a déclenché la première expérience de simulation d’un tir d’arme nucléaire au laser mégajoule (LMJ) du centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine (Cesta) situé à Barp (Gironde). Le laser mégajoule doit permettre de simuler des essais nucléaires afin de maintenir la force de dissuasion française en état opé-rationnel, c’est-à-dire de la
    développer.
    Le laser mégajoule est une installation majeure du programme Simulation. Il sert à étudier, à toute petite échelle, le comportement des matériaux dans des conditions extrêmes similaires à celles atteintes lors du fonctionnement nucléaire des armes.
    Le LMJ est dimensionné pour délivrer sur une cible de quelques millimètres, en quelques milliardièmes de seconde, une énergie lumineuse supérieure à un million de joules. C’est lors de la reprise des tirs atomiques à Moruroa et Fangataufa, en 1995, qui a provoqué émeutes et mouvements sociaux à Tahiti, que Jacques Chirac avait assuré que les scientifiques ne lui avaient pas laissé le choix. Ces derniers tirs étaient jugés “indispensables” pour
    étalonner le futur outil de
    simulation.
    “Les essais nucléaires ayant été définitivement arrêtés par la France en 1996, le programme Simulation est désormais l’élément clé qui permet aux physiciens de la direction des applications militaires du CEA de garantir la fiabilité, la sûreté et les performances des armes nucléaires”, explique le commissariat à l’énergie atomique (CEA). “Le programme Simulation vise à reproduire par le calcul les différentes phases de fonctionnement d’une arme nucléaire pour garantir ses performances sans avoir à recourir à un nouvel essai nucléaire.”
    Le programme Simulation est une démarche scientifique appliquée aux armes nucléaires. Il repose d’une part sur des équipes scientifiques de haut niveau et, d’autre part, sur de grands équipements indispensables pour résoudre et valider les équations modélisant le fonctionnement des armes nucléaires : supercalculateurs, machine radiographique, laser Mégajoule.

    Un outil de prolifération ?

    “Depuis sa prise de fonction en mai 2012, le président Hollande n’a jamais réalisé de discours sur la force de dissuasion nucléaire, alors que s’est établi un début de réflexion au Parlement, lors du vote de la loi de programmation militaire 2014/2019. Le 19 février, il a présenté sa vision de la dissuasion nucléaire”, explique le groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grip). Cette intervention a eu lieu deux mois avant la 9e conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui s’est tenue à l’ONU, “une conférence cruciale, l’action et l’image de la France étant loin d’être vues comme très positives…”
    Même son de cloche du côté de l’Observatoire des armes nucléaires françaises qui estime que le système de simulation, et notamment le laser mégajoule, viole les traités d’interdiction des essais et de non-prolifération en ce sens qu’il oriente les recherches militaires vers la conception d’armes nucléaires à fusion pure. L’Observatoire des armes nucléaires françaises souligne que le système de simulation mis en place par le CEA comporte d’autres éléments – la machine d’irradiation Airix et des supercalculateurs – destinés à la mise au point des armes nucléaires du futur. Il constate l’étroite collaboration entre les programmes de simulation français et américains.
    Ce fait est largement connu pour le laser mégajoule, mais il est avéré tant pour le programme Airix que pour l’acquisition des supercalculateurs. Les associations et ONG impliquées dans la problématique du désarmement estiment donc que le programme de simulation relance la prolifération nucléaire. En effet, l’article VI du traité, ratifié par la France le 1er juillet 1992, prévoit que les puissances nucléaires s’engagent à “négocier la fin de la course aux armes nucléaires”.  K

    Damien Grivois

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    176 faisceaux laser dirigés sur une cible minuscule

    Mené sous la houlette de la Direction des applications militaires (DAM) du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), le programme Simulation repose sur trois piliers : les tests hydrodynamiques, les supercalculateurs, toujours de plus en plus puissants, et le laser mégajoule, qui doit permettre d’étudier, à toute petite échelle, le comportement des matériaux dans des conditions extrêmes similaires à celles atteintes lors du fonctionnement nucléaire des armes. Ce laser mégajoule est doté de 176 faisceaux laser puissants qui convergent sur une bille contenant des isotopes radioactifs d’hydrogène, installée dans une sphère en aluminium et de béton boré d’une dizaine de mètres de diamètre pour une masse de 140 tonnes. Il “est dimensionné pour délivrer sur une cible de quelques millimètres, en quelques milliardièmes de seconde, une énergie lumineuse supérieure à un million de joules”, explique la DAM. L’ensemble est abrité dans un bâtiment de 300 mètres de long construit à Barp, en Gironde. La France “fait la course en tête pour les technologies de dissuasion”, s’est réjoui le chef du gouvernement. “Je suis particulièrement fier que notre pays, nos ingénieurs, nos techniciens, nos industriels aient su réaliser un tel système. Même si la Chine et la Russie viennent de s’attaquer à ce défi, seuls la France et les États-Unis ont pour l’instant réussi à construire un tel laser”, a-t-il aussi affirmé.

     

    MOOREA56 2015-11-23 20:13:00
    Ah! Murru ,il y avait le Lagon et la beauté de l'environnement.
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