La handidanse pour harmoniser les différences et changer le regard

    jeudi 14 janvier 2016

    Tapa, du mythe à la danse, est une pièce jouée par des handicapés et des valides.  Le handidanse sera présenté ce soir, à 18 heures, au petit théâtre de la Maison de la culture.  Ce formidable projet est très poignant ett bouleversant.

    Bouleversant. Ce soir, Tapa, du mythe à la danse, un court mais intense et unique spectacle de danse — traditionnelle et contemporaine — au petit théâtre de la Maison de la culture, interprété par des danseurs et danseuses valides et handicapées. Une première à Tahiti mais une pratique, la handidanse, qui a fait ses preuves thérapeutiques, depuis plus de vingt ans et une formidable “aventure”, une expérience qui fait changer le regard, de tous, sur le handicap.
    Ce formidable projet est né d’une rencontre, entre Jacques Navarro et une amie de longue date, Cathie Léveillé-Porché. Cette dernière, danseuse de formation, s’est retrouvée paralysée, suite à une opération et donc, en
    fauteuil roulant, durant plus d’un an.
    La handidanse, créée par Cécile Avio au début des années 1990 qui en fait une vraie méthode pédagogique, permet “à toutes ces personnes handicapées d’harmoniser leurs différences, de s’exprimer, de développer et d’affirmer leur personnalité, de s’intégrer et d’être danseur”, comme l’écrit la fédération française de la handidanse sur son site web.
    Cathie Léveillé-Porché décide donc de donner des cours de danse aux handicapés, monte différents spectacles et sort de son propre handicap par le simple pouvoir de la danse.
    L’objectif est multiple et curatif, pour tous, valides ou non, comme l’a expliqué le réalisateur, en course pour un prix au tout prochain festival international du film documentaire océanien (Fifo), avec son documentaire Aux armes, Tahitiens.

    Ils sont conscients de leurs capacités

    Ici, point de bombes de guerre, que des preuves d’amour remplies d’émotions.
    “Cela fait un petit peu avancer les choses, changer le regard des gens sur le handicap, mais aussi changer le regard des handicapés sur leur handicap, explique Jacques Navarro. Ils s’aperçoivent d’un coup qu’ils servent  à quelque chose. Ils sont capables de faire de l’art, ils trouvent une place. Avec un bénéfice aussi, sur le plan médical, car des études ont été faites en France sur les handicapés qui pratiquaient la danse. Un handicapé, particulièrement moteur, souffre en permanence d’une douleur, graduée de 1 à 10. Certains sont à 8, tous les jours, chaque minute, sous morphine. Pratiquer la danse leur fait descendre de 2 à 3 points la douleur sur cette échelle, certains ont même arrêté la morphine.”

    Du “corps douleur” au “corps bonheur”

    De plus, en fauteuil ou au sol, le rapport au contact n’est plus le même. Ce n’est plus le kiné ou le dossier du fauteuil. Ils passent d’un “corps douleur” à un “corps bonheur”, comme l’explique, si joliment, l’amie du réalisateur.
    L’idée et le film prennent forme. Cathie Léveillé-Porché est venue trois semaines, en juillet dernier, Jacques Navarro a fait appel à Marion Fayn et Tuarii Tracqui, pour les chorégraphies, avec qui il avait déjà travaillé sur un précédent documentaire, L’encre et le geste.
    Quatre jeunes de la Frat — Apetahi, Bernadette, Hanivai et Heimanarii – les rejoignent dans l’aventure, répètent et enfin, Tapa, du mythe à la danse prend forme et sera joué (et filmé) ce soir. “C’est plus qu’un film, c’est une cause”, a confié, il y a une semaine, le réalisateur, appuyé et en coproduction avec Oceania Films et Polynésie 1ère.
    Les chorégraphies “tourneront” autour du tapa, “un thème qui s’est imposé de suite”, selon Marion Fayn. “C’est un thème fort de la culture polynésienne, mais qui peut être aussi ludique.” Tuarii Tracqui travaillait sur ce thème-là pour le Hura Tapairu, cela a été l’occasion de développer ce thème ensemble, autour de trois axes.
    “D’abord, avec la mythologie sur la légende de Hina qui monte sur la Lune et qui devient l’inspiratrice des batteurs de tapa sur Terre. Puis, la fabrication concrète du tapa est interprétée par des danses traditionnelles et, enfin, nous avons donné une symbolique avec l’aventure artistique que nous avons eue, c’est-à-dire, le partage de l’étoffe avec respect et amour. Cela illustre que tout le monde à apporter sa petite pierre au projet et cela fait notre force sur scène.”
    Et quelle force, quel spectacle, quelles émotions avons-nous ressentis hier lors du filage de Tapa. Courez-y !
    Le tournage de Alors, on danse ? — titre provisoire du documentaire — se terminera à la fin du spectacle. Ce documentaire sera présenté au Fifo 2017.
    Il devrait être diffusé d’ici là sur la Première, ainsi que la captation de ce spectacle, unique, pour ceux qui n’auront pas l’immense bonheur d’y assister. Et en plus, le spectacle, ce soir, est gratuit.

    Christophe Cozette

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    Pratique

    Tapa, du mythe à la danse, spectacle coécrit par Marion Fayn et Tuarii Tracqui.
    Ce soir, à 18 heures, représentation unique au petit théâtre de la Maison de la culture.
    Entrée libre.

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