La Nasa enferme six personnes à l’isolement pendant un an, pour la science

    vendredi 28 août 2015

    Six volontaires vont s’isoler complètement durant un an, la plus longue expérience de mise à l’écart jamais menée par les Etats-Unis, pour récolter de précieuses informations qui seront utiles à l’heure d’envoyer des astronautes sur Mars.

    Cet équipage, qui va s’enfermer dans un dôme à Hawaï, comprend un astro-biologiste français, un physicien allemand et quatre Américains: un pilote, un architecte, un médecin/journaliste et un scientifique spécialisé dans les sols.

    Leur espace de vie pour les 12 mois à venir, situé sur la côte nord de l’île Mauna Loa, est un dôme de 11 mètres de diamètre et six mètres de hauteur. Ils devaient fermer les portes vendredi à 15H00 locales (01H00 GMT samedi matin).

    Ces trois hommes et trois femmes disposeront chacun d’une petite chambre, avec un espace pour un lit de camp et un bureau. Durant leur séjour coupés du monde, ils mangeront des aliments lyophilisés et ne sortiront du dôme que vêtus d’une combinaison spatiale, comme s’ils habitaient réellement sur Mars. Ils n’auront qu’un accès limité à internet.

    Sheyna Gifford, l’une des membres, décrit l’équipage comme « six personnes qui veulent changer le monde ». L’architecte Tristan Bassingthwaighte ajoute qu’il veut essayer « d’améliorer notre capacité à vivre dans des environnements extrêmes, sur Terre et dans d’autres mondes », selon son profil LinkedIn. « J’espère apprendre beaucoup de choses ».

    Le Français Cyprien Verseux, 25 ans, prépare quant à lui un doctorat à l’université de Rome. Son domaine de compétences va le pousser à explorer les moyens de rendre un avant-poste sur Mars le plus indépendant possible de la Terre, en utilisant des organismes vivants pour transformer les matières premières trouvées sur Mars en des produits pouvant être consommés par des hommes.

    Les astronautes qui voudront tenter d’aller sur Mars devront passer beaucoup plus de temps dans l’espace que les habituelles missions de six mois dans la Station spatiale internationale (ISS). La technologie actuelle permet à la Nasa d’envoyer des missions robotisées sur Mars en huit mois, mais une mission avec des hommes durerait au total entre un et trois ans.

    Vivre une si longue période dans un espace confiné, sans accès à l’air libre ou à un minimum d’intimité sont le meilleur moyen de déclencher des conflits.

    L’Agence spatiale américaine veut tenter d’apprendre un maximum de choses sur la cohésion et l’évolution psychologique des membres de telles missions isolées avant de tenter d’envoyer des astronautes vers la Planète Rouge, ce qu’elle espère faire dans les années 2030.

     
    – Conflits personnels –

    Deux missions de quatre et huit mois ont déjà été menées. La Nasa a dépensé 1,2 million de dollars sur ces simulations et elle vient de recevoir un financement d’un million supplémentaire pour trois nouvelles expériences dans les années à venir, selon la principale scientifique de ce programme, Kim Binsted.

    « C’est vraiment peu cher pour de la recherche spatiale », a-t-elle expliqué à l’AFP par téléphone depuis Hawaï. « C’est dérisoire par rapport au coût d’une mission spatiale qui tournerait mal ».

    Durant la mission de huit mois, des conflits ont éclaté mais les membres de l’équipage ont pu régler leurs problèmes.

    « L’une des leçons que nous avons apprises est que vous ne pouvez pas éviter certains conflits personnels. Cela va forcément arriver durant ces missions de longue durée, même avec les gens les plus gentils », a repris Kim Binsted.

    Les premiers résultats scientifiques de ces missions devraient être rendus publics d’ici un an.

    Jocelyn Dunn, qui a fait partie de la mission d’isolement de huit mois, a expliqué de son côté qu’elle appréciait les blagues internes entre les membres de l’équipage ou les séances collectives de sport chaque jour. Elle a aussi appris à cuisiner des plats, comme des bagels et des pizzas, avec les ingrédients qu’elle avait sous la main.

    A la fin de la mission début juin, elle a décrit sa joie de revenir « sur Terre », de pouvoir manger des légumes frais, d’utiliser un couteau pour couper sa viande, de nager, de boire du soda ou du champagne: « Je ne pouvais pas croire combien les saveurs et la texture d’un steak saignant me manquaient ».

    Agence France-Presse

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