“La part de rêve est importante, c’est la part de mystère, d’invisible, qui flotte”

    jeudi 27 août 2015

    Tehina expose chaque année dorénavant.  Il présente une trentaine de nouvelles toiles à partir d’aujourd’hui à la galerie Au chevalet.  La fête et l’amour sont toujours au centre de son œuvre.

    Il est resté sage. Nous l’avions rencontré longuement il y a tout juste trois ans (lire La Dépêche de Tahiti du 23 août 2012), et Tehina, artiste peintre, âgé de 46 ans aujourd’hui, se disait assagi et il le reste.
    “Je dirais plus cool, l’environnement que tu vois – Tehina vit au début de Paea, côté mer, NDLR –, c’est ce que je recherche, je fuis un peu la ville, la bande de copains aussi, je deviens presque un peu sauvage”, confie l’artiste, à quelques jours de son exposition qui démarre aujourd’hui, la septième, à la galerie Au chevalet, “sa vitrine”, comme il l’appelle.
    Cette année, une trentaine de toiles api seront exposées, une vingtaine d’huiles et une dizaine d’aquarelles, toujours dans la même veine, ce style que l’on reconnaît immédiatement dans la peinture polynésienne.
    “Il y a un style Tehina, on le dit, on me reconnaît”, constate l’artiste. “J’essaye de fusionner le “style local”, c’est-à-dire avec ces clichés comme les pirogues, les cabanes, la mer, mais je ne vais pas tomber dans le folklore avec la vahine, les cocotiers, ce n’est pas mon truc. Je ne vais pas tomber dans le cucul, mais j’ai peint pour cette expo, la douce vie que j’aimerais vivre ici. Ce sont des scènes de vie, toujours beaucoup de gens enlacés, complices, beaucoup de bringues et de fêtes. Il y a du vert pour évoquer la nature et aussi toujours des verres, car il y a toujours à boire dans mes toiles”, lâche-t-il dans un grand éclat de rire.  
    Il y a le bar Tehina, la plus grande toile, le bar idéal selon son créateur. On y boit, on y danse, on y drague, tout en rond.
    Ah, l’amour. L’amour aussi lui fait du bien et il le peint. “J’ai toujours évoqué l’amour, j’ai toujours eu besoin d’une muse”, avoue Tehina, dans son antre. “C’est Jessie maintenant depuis neuf ans. Je suis du genre romantique, sensible, j’aime célébrer la femme et il se trouve que c’est Jessie. On la reconnaît dans beaucoup de mes toiles. Elle est totalement impliquée dans mon travail, notamment dans la communication et la promotion, car elle est vive, rapide. Cela m’arrange, cela m’allège, je peux me concentrer comme cela sur mes toiles. Elle défend avec passion ma peinture, heureusement, qu’elle est là”, reconnaît-il. Et nombreuses sont donc ses œuvres où un couple s’enlace, se regarde, se charme.

    “Je ne recherche pas le clash”

    Tehina a été touché comme tant de Polynésiens par le chikungunya cette année, il a dû travailler méthodiquement, différemment. Il lui restait d’ailleurs pas mal de toiles à finir avant son exposition, la semaine dernière.
    “J’aurais aimé être plus dans l’inventivité mais je n’ai pu que continuer dans cette vie douce, la vie calme, la tranquillité, que je peins”, dit-il. “En plus, cela ressemble à l’endroit où j’habite. Depuis plusieurs années, je ne vais pas dans la torture, l’autodestruction et cela se ressent dans mes toiles”, explique l’ancien écorché vif. Tenté par autre chose ? “Oui, j’en ai envie, mais on ne peut pas du jour au lendemain”, reconnaît l’artiste, toujours coiffé d’un chapeau.
    “C’est comme un livre où il y a des chapitres de la vie, il faut vraiment qu’il y ait des moments clés, des clashs mais je ne recherche pas le clash, j’aime continuer comme cela, calmement. Mais je sais que dans la pratique, il doit y avoir des moments forts. En tout cas, comme j’ai toujours aimé le dessin, je commence toujours par de grandes lignes au fusain, épaisses.”
    Tehina aime le cinéma, la peinture ancienne comme la plus récente, de Léonard de Vinci à Picasso jusqu’à Jean-Michel Basquiat – mais aussi la bande dessinée. “Ma peinture est le mélange de tout cela” lâche l’artiste, mais ce qu’il adore, c’est le street. “J’adore ça”, s’enthousiasme Tehina.
    “Je suis admiratif. Aujourd’hui, il est presque trop tard pour moi de faire de grandes fresques, il y a tellement de jeunes, bien organisés, qui y vont et qui shootent des fresques balèzes. Cela ferait un peu le vieux qui veut faire comme les jeunes. Je vais rester sur mes toiles”, reconnaît-il, humblement. Tehina serait néanmoins tenté de collaborer, Tahe a déjà demandé à l’intéressé s’il ne souhaitait pas faire un truc avec lui. “J’aime Tahe, il est simple, gentil, humble et parle à travers ses œuvres, j’aime ce genre de personnes.” “On avait besoin du street art, je trouve. Cela nous met au niveau des grandes villes de ce monde, tout cet art contemporain et puis, c’est joli ce qu’ils font, notamment avec ces artistes qui viennent depuis deux ans du monde entier (lors du festival Ono’u, ndlr). Ils reflètent notre monde actuel”, pense l’artiste qui s’est toujours senti peintre, mais qui apprécie aussi le mystère. Rencontrer les clients ? “Je joue le jeu” dit-il. “Ce n’est pas vraiment mon truc, j’avoue. Après tout, des personnes se posent des questions, après tout, je suis la personne la mieux à même de leur répondre. Mais parfois, je suis maladroit, j’ai du mal à parler de ce que je fais. Il faut mettre des mots les uns derrière les autres et au final, ce n’est jamais juste. Mais j’aime bien l’idée qui suggère des choses différentes selon les personnes. S’il faut tout raconter, cela me gêne comme cela me gêne que quelqu’un m’explique ce qu’il a fait, cela est contraire parfois à ce que je pouvais imaginer et donc je suis déçu. La part de rêve est importante, c’est la part de mystère, d’invisible, qui flotte. Je pense qu’il ne faudrait pas tout expliquer”, se défend-il, entre deux toiles à terminer.
    “Tout ce qu’il se passe dans ma vie, mes rencontres aussi, sont en rapport direct avec l’art”, dévoile l’artiste qui fera “de la peinture jusqu’à la fin. Je pense que ma peinture va encore évoluer peut-être pas jusqu’à l’abstraction. Je ne m’imagine pas vieillir toujours aussi calme, il y a bien quelque chose qui va se passer qui va bousculer ma peinture”.
    Ce qu’il pourrait lui arriver de mieux ? “Garder le sourire et apprécier toujours les petites choses simples de la vie et de temps à autre, voyager et faire des rencontres intéressantes. À la connerie, je dis casse-toi” explose-t-il, non sans humour. Et nous, nous avons envie de vous dire : “Allez-y”.
    Christophe Cozette

    Pratique

    Tehina à la galerie Au chevalet, du 27 août au 5 septembre, entrée libre. Vernissage samedi 28 août de 7 heures à midi (brunch).

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