La Polynésie, une destination bleue vers une offre plus verte

    samedi 5 septembre 2015

    Lors du dernier conseil des ministres, le ministre du Tourisme, Jean-Christophe Bouissou, a fait parvenir à la presse le premier des trois rapports commandés à la société Khan & Associés sur les stratégies économiques que pourrait mener le Pays dans les prochaines années. 
    Ce premier rapport, de stratégie de développement touristique de la Polynésie française, dresse un état des lieux sans concession de l’économie polynésienne, de son offre touristique, de ses forces mais aussi de ses faiblesses, pour attaquer sur de nombreuses propositions. 
    Un document tourné vers une offre plus verte, plus fournie, principalement ciblée sur une clientèle haut de gamme.
    La Dépêche fait le point sur un rapport qui enfonce quelques portes ouvertes, qui reprend aussi les mêmes conclusions que bon nombre de rapports avant lui, mais qui a le mérite de mettre les pieds dans le plat.

    > Le constat d’une Polynésie à la traîne

    Tout au long du rapport, des chiffres et des bilans d’état sont dressés. Les offres touristiques proposées par la Polynésie française restent convenables, conformes à l’imaginaire des touristes sondés. 
    Économiquement, le rapport pointe du doigt la perte de 25 % d’emplois dans le secteur ces six dernières années, conséquences de l’instabilité économique mondiale, conséquence aussi de l’instabilité politique locale. 
    On le sait, et le rapport Kahn le répète, les nombreux changements de gouvernements et de stratégie n’ont pas permis à la Polynésie de définir une vraie ligne et de s’y tenir. 
    Pire, la chute n’a à aucun moment entraperçu un obstacle devant elle. Le chômage s’est accentué et, sur le sujet, le rapport n’est pas tendre envers les contrats d’accès à l’emploi lancés par Gaston Flosse. 
    “Les mesures d’aide à l’embauche agiront dans le court terme sur le chômage, alors que les mesures de professionnalisation créeront de la valeur ajoutée à moyen terme. Ce plan vise à agir sur les différentes temporalités.” 
    Une réalité dénoncée par de nombreux élus depuis longtemps.
    À la traîne sur les autres destinations touristiques actuelles, la Polynésie souffre aussi d’un coût du travail trop élevé. 
    Le rapport dénonce ainsi la bulle économique dans laquelle la Polynésie française s’est enfermée depuis les années CEP. 
    “La productivité du facteur travail, malgré la qualité des personnels polynésiens, est rendue difficilement concurrentielle sur le marché ouvert du tourisme. C’est incontestablement un des risques majeurs, sinon le plus important, dans le développement touristique polynésien.”
    Ainsi, si les dépenses des touristes restent élevées lors de leurs séjours, c’est moins dû à leur goût de l’artisanat local qu’à la cherté, tout simplement, de la vie en Polynésie. 
    À budget équivalent, un touriste mangera plus, achètera plus et sortira plus dans les autres pays. 
    “Le ratio de 26 touristes par salarié en Polynésie française place la destination dans une situation délicate pouvant, à terme, pénaliser la qualité du service délivré dans le pays et rappelle le rapport qualité/prix jugé comme négatif par les touristes interrogés. Le ratio met en évidence le manque de main d’œuvre dans l’industrie du tourisme et est symptomatique d’un coût de main d’œuvre bien plus élevé qu’à Maurice, aux Seychelles et aux Maldives”, note le rapporteur.
    Enfin, toujours du côté de la main d’œuvre, il est noté que la masse salariale des hôtels polynésiens “représente en moyenne plus de 40 % de leur chiffre d’affaires, comparé aux 12 à 20 % dans les pays concurrents”. “Ce type de ratio obère très largement la capacité des investisseurs à développer leurs actifs en Polynésie française mais aussi leur capacité à développer des services toujours plus performants.”

    > Quel positionnement sur l’hôtellerie ?

    Alors que le rapport fait le constat que le nombre de lits proposés dépasse largement le nombre de touristes, la Polynésie française souhaite développer de grands chantiers hôteliers, Tahiti Mahana Beach, Moorea Mahana Beach, Atimaono, etc. 
    “Considérant que le territoire est constitué de plusieurs archipels et que son argument touristique repose en grande partie sur ses attributs géomorphologiques, le ratio de 15 lits par touriste enregistré indique clairement que c’est sur les infrastructures existantes qu’il faut agir dans un premier temps et sur le taux de remplissage”, note le rapporteur. Qui poursuit quand même : “En revanche, le nombre de lits ne serait pas suffisant pour accueillir 300 000 visiteurs.”
    La question se pose alors de savoir quels touristes la Polynésie souhaite voir arriver. Un public cible ou un tourisme de masse ? 
    Le rapport préconise plutôt la première solution. 
    “La Polynésie française n’a pas vocation à s’ériger en pôle de tourisme de masse. C’est donc en recherchant des clients à haut niveau de contribution que la Polynésie française valorisera le mieux ses atouts, dans une optique de tourisme durable et de qualité. De même, une offre à faible valeur ajoutée ne peut satisfaire des clientèles spécialisées, par nature exigeantes. La Polynésie française doit donc se positionner comme une destination à forte valeur ajoutée sur une série de produits dirigés vers ces segments clefs. Ce choix stratégique ne doit cependant pas conduire, comme c’est le cas jusqu’à présent, au seul développement d’infrastructures d’hébergement de luxe”, est-il expliqué dans le rapport.
    Le rapport n’exclut pas pour autant les pensions de famille qui “ont toute leur place dans ce positionnement si elles sont en mesure d’orienter leur offre, en relation avec le positionnement stratégique (partage culturel, sites d’exception), tout en conservant l’originalité et la qualité de leur produit”.

    > Les atouts verts et bleus

    Le sable, les lagons, les bungalows sur pilotis, cela fait de belles cartes postales, de belles photos avec les raies, et souvent de beaux coups de soleil. 
    Ce cachet-là, la Polynésie doit le conserver, mais le rapport Kahn incite le Pays à s’orienter un peu plus encore vers un tourisme vert. 
    “La stratégie propose de positionner la Polynésie française sur une offre exclusive, ambitionnant le bien-être du corps ainsi que de l’âme et la réconciliation de l’homme avec la nature : une palette d’activités de détente et/ou sportives, enrichie de rencontres culturelles fortes et d’une relation unique avec la nature.” La nature sous toutes ses formes… pas que liquide.

    > Comment les faire venir ?

    Avoir des touristes au fenua, c’est une chose… Encore faut-il les transporter. La compagnie locale ne propose que peu d’accès. Le rapport soumet l’idée de développer les lignes. Solution hasardeuse, coûteuse aussi. 
    “Dans un marché touristique mondialisé, le rôle de la compagnie aérienne, en reliant le pays aux marchés émetteurs, est crucial pour développer la stratégie d’une destination à fort potentiel. Idéalement, le parcours reliant la Polynésie française à la France (et à l’Europe), qui se fait uniquement via Los Angeles, devrait également pouvoir se faire par Sydney, Hong Kong, Tokyo, Santiago ou São Paulo avec des compagnies membres de Oneworld. (…) La compagnie aérienne de la Polynésie française, Air Tahiti Nui, pourrait contribuer à la croissance du tourisme par le développement de dessertes aériennes avec la Chine, l’Océanie ou l’Amérique latine. Dans cette perspective, il est nécessaire de s’assurer que l’organisation et le dimensionnement de l’aéroport de Faa’a permettent l’accueil de nouvelles compagnies, le débarquement et l’embarquement de plusieurs vols simultanés et le stationnement de davantage d’avions.”
    Prochainement, le gouvernement devrait tenir une conférence de presse pour donner son avis sur ce rapport et expliquer sa mise en pratique. 

    Bertrand Prévost

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    Louis Bresson 2015-09-06 22:59:00
    Le problème du tourisme polynésien, ce n'est pas de "faire venir" des touristes, puisqu'avec notre très faible taux de "repeat business", nous réussissons l'exploit que 95% des visiteurs que nous attirons chaque année sont des nouveaux clients.
    Le vrai défi que notre industrie touristique n'arrive pas à relever, c'est de "faire revenir" nos visiteurs.
    Si nous avions un pourcentage de retour de 30%, cela augmenterait mécaniquement notre fréquentation touristique de 25%.
    Il serait judicieux qu'un département du GIE Tahiti-Tourisme soit consacré à cet objectif, qui n'est pas irréaliste puisque d'autres l'atteignent.
    SURCOUTFUELMONOEIL 2015-09-05 15:24:00
    COUT DU BILLET D'AVION A BAISSER CONSIDERABLEMENT: SEULE SOLUTION
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