L’affaire du bébé rom, symptôme d’une discrimination croissante

    lundi 5 janvier 2015

    Les Roms sont-ils les boucs émissaires d’une société fragilisée par la crise ? Si elle a suscité une vague d’indignation, l’affaire du bébé rom illustre, selon les sociologues et les associations, une discrimination croissante et difficile à combattre.
    Le refus d’inhumer un bébé rom à Champlan (Essonne) a suscité une vive émotion depuis le week-end. « Injure » à la « mémoire » du bébé décédé pour le premier ministre Manuel Valls, « défaut d’humanité » pour Marine Le Pen… François Hollande a déclaré refuser que la France « s’en (prenne) à l’autre, comme ça s’est passé dans ce cimetière ».
    Le parquet d’Evry a annoncé lundi avoir ouvert une enquête préliminaire pour « discrimination », même si le maire de Champlan a contesté avoir refusé l’inhumation.
    Mais pour la Ligue des droits de l’Homme, c’est un « pas supplémentaire dans l’abject », qui « heurte profondément toutes les valeurs auxquelles nous sommes attachés ».
    Dans son rapport annuel sur la lutte contre le racisme, publié en avril dernier, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) s’inquiétait déjà de la « banalisation de la parole raciste à l’égard des Roms« . 
    Le rapport note « une ethnicisation dramatique du problème de l’insertion de cette population », affirme à l’AFP la présidente de la CNCDH Christine Lazerges.
    La stigmatisation des Roms est un phénomène ancien, mais qui semble s’être accéléré ces dernières années. 
    En 2013, plus de 87% de la population considérait les Roms comme un « groupe à part » dans la société, soit une hausse de 21 points depuis janvier 2011, selon ce rapport. C’est beaucoup plus que les Maghrébins (46%) et les Asiatiques (41%). Les sondés étaient ainsi 85% à estimer que les Roms migrants exploitent très souvent les enfants et 78% à penser qu’ils vivent essentiellement de vols et de trafics.
    Pour Mme Lazerges, l’affaire du bébé rom est « la preuve épouvantable que le nouveau bouc émissaire en France, c’est le Rom« .
    Dans ce contexte, la parole publique devient déterminante car « elle autorise chez les citoyens un rejet encore plus fort », ajoute-t-elle.
    Même son de cloche chez Eric Fassin, sociologue à l’université Paris VIII et coauteur d’un ouvrage (« Roms et Riverains ») très critique sur la politique publique vis-à-vis des Roms, qui parle d’une « chronologie du pire » où les incidents n’ont cessé d’empirer depuis 2010.
    « A chaque fois, la petite phrase passe ; à force de dérapages, c’est un glissement de terrain. Mais dans le cas du bébé rom, pour une fois, on trouve que c’est allé un peu loin », affirme-t-il.

    AFP
     

    – Minorité précarisée –

     
    Le paradoxe est que les populations concernées sont peu nombreuses, entre 15 et 20.000 personnes environ, et ne représentent qu’une minorité précarisée de la communauté rom.
    Mais « le spectacle de la misère en temps de crise devient très sensible en termes politiques », note Tommaso Vitale, chercheur au Centre d’études européennes.
    Presque partout en Europe, la question « est devenue un enjeu important ces dernières années, liée à un discours populiste disant : est-ce que l’Europe nous envoie des Roms ou est-ce qu’elle nous donne des politiques sociales pour sortir de la crise? », note-t-il.
    Si la discrimination augmente, la dénonciation de ses effets aussi, notent les observateurs. Mais il y a encore beaucoup à faire pour lutter contre les préjugés. 
    « La parole publique doit changer, les associations doivent être plus aidées, il faut qu’il y ait une médiation culturelle » sur le sujet, note Mme Lazerges. 
    Les associations dénoncent aussi les évacuations de bidonvilles qui entravent l’accès régulier à l’école, facteur essentiel d’intégration. « Il faudrait juste appliquer le droit commun », estime Eric Fassin.
    M. Vitale appelle également à changer la vision manichéenne d’une communauté rom réduite aux seuls habitants des bidonvilles. « Sans cela, regrette-t-il, rien n’est possible, il y aura toujours un stigmate de criminalité, de déviance, de cruauté. »

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