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L’agriculture polynésienne dans les choux

jeudi 9 novembre 2017

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La chambre territoriale des comptes décrit un secteur peu dynamique, dans lequel les données chiffrées manquent, centré sur des aides dont l’efficacité reste à prouver. (© CAPL)


Aucun des quatre objectifs de la politique agricole n’est en voie d’être atteint. La protection de la production locale génère une inflation constante des prix. La chambre territoriale des comptes émet 14 recommandations pour transformer les vœux pieux en réalités.

La chambre territoriale des comptes (CTC) n’a pas trouvé dans l’agriculture polynésienne plus de raisons de se réjouir que dans ses autres enquêtes.

La réforme des aides financières et le cadre programmatique 2011-2020 étaient pourtant porteurs d’espoir. Il était question d’avancer vers la souveraineté du Pays dans le domaine agricole, de répondre aux attentes des consommateurs et citoyens, de valoriser les territoires ruraux, et de moderniser l’environnement institutionnel.

Toutefois, pour la CTC, ce programme agricole a davantage été « un catalogue d’actions qu’une planification des priorités », victime de la pluralité des objectifs et de l’instabilité politique : sa mise en œuvre n’a commencé qu’en 2014.

Les aides financières, quant à elles, ne sont mises en œuvre qu’en fonction des crédits disponibles et non selon une priorisation des projets.

Enfin, la programmation est « dépourvue de toute démarche évaluative », malgré les observations de la CTC en 2008.

L’état des lieux du secteur montre que la production, principalement tournée vers la subsistance, est en repli ; le niveau des importations est passé de 38 milliards de francs à 44,7 milliards entre 2010 et 2015.

La hausse des exportations est portée par l’augmentation de la production de coprah mais masque le repli d’autres produits exportés, tels que la vanille ou le noni.

 

Absence de coordination, absence de visibilité

 

Avec 17% des actifs, l’agriculture polynésienne joue un rôle en terme d’aménagement du territoire, en stabilisant les populations dans leurs archipels, et elle constitue un amortisseur social grâce au soutien de certains prix ou la location de terres domaniales.

Mais le secteur connaît toujours les handicaps structurels identifiés depuis les années 1990 : le manque de foncier disponible, la faible qualification des agriculteurs et le manque de modernisation des pratiques, largement dû au vieillissement des chefs d’exploitation.

Le Pays s’était fixé l’objectif de corriger les difficultés d’accès au foncier par la location de lots agricoles sur son domaine public.

Mais cette démarche est lourdement entravée par la pluralité des services gestionnaires relevant de ministères différents, le manque de suivi juridique et financier et l’insuffisante évaluation des résultats obtenus par les bénéficiaires.

En l’absence de coordination, le Pays n’a aucune connaissance de l’ensemble de ses ressources foncières agricoles ou de leur disponibilité.

L’examen des dépenses de soutien au secteur et de l’organisation des filières de production montre que les objectifs d’ordre social et économique prévalent sur les objectifs alimentaires tournés vers les consommateurs.

S’agissant de l’organisation des filières de production et de la régulation du marché, l’objectif de satisfaction des besoins des consommateurs apparaît secondaire.

En effet, afin de garantir des débouchés à la production locale, les importations de certains produits sont interdites ou soumises à l’ouverture de quotas d’importation en cas de pénurie.

La CTC pointe le caractère contestable de cette démarche au regard du droit de la concurrence applicable en Polynésie, et elle constate que la protection de la production locale génère une inflation constante des prix, exclusivement supportée par les consommateurs.

Ils financent ainsi une politique protectionniste qui les prive d’un approvisionnement régulier en produits variés et de qualité.

 

Les dépenses de soutien à 71 % pour le coprah

 

Le Pays dépense environ 2,3 milliards de francs par an pour soutenir l’agriculture.

Mais en réalité, “71% de cette somme sont consacrés au soutien des prix du coprah, dont l’objectif est exclusivement social, pour maintenir les populations dans les îles”.

Le Pays se garde bien de faire une évaluation des retombées économiques de cette politique de soutien, et le revenu réel perçu par les coprahculteurs n’a jamais été établi.

La Polynésie doit se doter, dit la CTC, des « outils indispensables » à la réalisation de ses objectifs présumés : “La composition réelle des prix de vente ‘producteurs’ n’a jamais été déterminée, les déficits de compétitivité qui touchent les agriculteurs polynésiens n’ont jamais été identifiés, les revenus réels des agriculteurs, ainsi que des coprahculteurs sont inconnus, les effets des aides financières ou foncières accordées n’ont jamais été évalués…”

La réforme récente du service du développement rural (SDR)  devrait permettre à ce service  d’assurer ses missions d’ordre stratégique et de doter le Pays de ces outils.

À condition qu’elle s’accompagne concomitamment de la réforme de la Chambre d’agriculture et de la pêche lagonaire (CAPL), afin que celle-ci assume pleinement son rôle de représentation, de conseil et d’accompagnement des agriculteurs.

 

C.P

 

La question des pesticides

14 mportations pesticides

La CTC constate que “de 2010 à 2015, l’importation des pesticides (substances actives) évolue de manière erratique, mais la tendance est haussière”.

En 2011, une loi du Pays a été promulguée sur l’importation, la commercialisation et l’utilisation des pesticides. Mais les maigres efforts de formation spécifique des agriculteurs – dont le Pays a relevé “le manque de technicité” dans l’utilisation de ces substances – pèsent sur le SDR alors que la CTC estime que cette mission devrait relever de la Chambre d’agriculture.

Selon le Pays, les contrôles menés depuis 2013 sur les produits locaux “se montrent très satisfaisants, avec des taux de conformité de plus de 97 %” par rapport à la “limite maximale de résidus” fixée en 2009. Malgré tout, 24 % des échantillons font apparaître des résidus quantifiables.

La CTC note que “les analyses reposent sur le volontariat des agriculteurs, ce qui en limite singulièrement la portée”,  l’échantillonnage n’est pas toujours fait dans les règles “pour ne pas décourager l’agriculteur”, et “les analyses non conformes ne donnent pas systématiquement lieu à de nouveaux prélèvements”.

Un programme de surveillance spécifique pour les denrées alimentaires est en cours d’élaboration par le Centre d’hygiène et de salubrité publique (CHSP).

 

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