Laïcité : polémique sur les « cadeaux » de la mairie aux Églises

    mercredi 8 mars 2017

    école mahina

    La rotonde de Fareroi accueille différentes confessions religieuses depuis des années, sans que cela pose problème. (©Jean-Luc Massinon)


     

    Au nom du principe de laïcité, l’ancienne première adjointe de Mahina s’est opposée à l’adoption de nouvelles mises à disposition des confessions religieuses. Lorna Oputu a annoncé qu’elle saisirait le tribunal administratif pour casser ces délibérations. Sollicitées pour accueillir les sinistrés, les Églises s’étonnent qu’une élue remette en cause la collaboration avec la mairie.

     

    Les communes polynésiennes doivent-elles couper les liens qu’elles entretiennent avec les églises au nom du très français principe de laïcité ?

    C’est le débat qui a agité le conseil municipal de Mahina le 27 février. Le tavana Damas Teuira avait mis à l’ordre du jour des projets de délibération l’autorisant à signer des conventions de mise à disposition – à titre gracieux – des locaux communaux ou des installations scolaires au profit de différentes confessions religieuses. Mais ce soir-là, on ne sait quelle mouche avait piqué l’ex-première adjointe, car avec véhémence, Lorna Oputu s’est opposée à l’adoption de ces délibérations.

    Sous la menace de porter l’affaire en justice, l’élue (exclue du clan Ia tura o Mahina de Patrice Jamet) a d’abord demandé l’ajournement d’une délibération portant sur le renouvellement du bail du terrain mis à la disposition de l’Église protestante (voir notre édition de vendredi dernier).

    La communauté ‘amuira’a Tamara n’a pas caché son inquiétude car elle s’est sacrifiée pour édifier un superbe bâtiment, qui pourrait, techniquement, ne plus leur appartenir depuis que le bail a pris fin en 2015.

     

    Pas de gratuité

     

    Ce coup d’éclat de l’élue ne devait pas être le seul de la soirée. Car en séance, Lorna Oputu s’est opposée aux délibérations suivantes avec d’autres arguments plus juridiques encore.
    L’avocate de profession a brandi au nez du maire le sacro-saint principe de séparation entre l’Église et l’État pour faire barrage aux autres projets de mise à disposition.

    Le tavana avait pour but, par exemple, de faire voter la reconduction de convention pour le prêt de la rotonde Fare ora, située dans le quartier Fareroi, que la communauté mormone du Christ de Liahona occupe tous les dimanches pour ses activités cultuelles.

    Pour Lorna Oputu, il s’agit d’une atteinte à la loi de 1905 : “On foule du pied le principe de laïcité”.

    L’élue s’est dite d’autant plus défavorable que la convention proposée avait pour signataire le pasteur et non l’association cultuelle. Pour elle, la mise à disposition ne pouvait pas non plus être gratuite et la commune se devait de réclamer une contrepartie.

    Seule à défendre ce point de vue, Lorna Oputu a été aussi la seule à voter contre ce texte qui a été adopté par la majorité et le groupe de Lucie Lucas.

     

    Neutralité des écoles publiques

     

    L’élue s’est opposée pour les mêmes motifs à la mise à disposition de cette même rotonde – mais tous les samedis – au bénéfice de l’Église adventiste du septième jour.
    Même causes, mêmes effets. Lorna Oputu a annoncé au maire qu’elle était convaincue de saisir le tribunal administratif pour faire annuler les délibérations.

    Une autre mise à disposition, concernant le plateau sportif de l’école Fareroi, n’a pas déclenché l’impétuosité de l’élue car elle était au bénéfice d’une association de fitness.
    Lorna Oputu s’est seulement souciée de savoir si le conseil d’école avait été consulté. Elle a donc voté “pour” cette délibération.

    La conseillère municipale n’a par contre pas épargné la délibération de mise à disposition, dans cette même école Fareroi, du réfectoire et des toilettes, au profit du comité ‘amuira’a Peterehema de la paroisse protestante.

    Pour Lorna Oputu, deux principes constitutionnels étaient “violés” : celui de la laïcité (séparation entre l’État et l’Église) et celui de la neutralité des établissements scolaires publics.

    L’avocate a vu la majorité adopter ce texte, n’admettant pas que la commune “s’affranchisse de la constitution”. Elle a assuré qu’elle demanderait l’avis du tribunal administratif “dans l’intérêt de la commune”. 

     

    J.-L.M.

     

    Nicole Sanquer-Fareata, ministre de l’Éducation : “Plutôt que détruire, il faut construire”

    nicole sanquer

    (© Jean-Luc Massinon)

    En tant que ministre de l’Éducation, soutenez-vous cette volonté de neutralité des établissements scolaires publics ?

    Au conseil municipal de Mahina, il s’agissait de conventions entre la commune et des associations sportives ou religieuses pour la mise à disposition de préau. Je ne vois rien à redire quant à cette utilisation des locaux de la commune par des confessions religieuses puisque cela se passe en dehors des heures scolaires.

    La commune, propriétaire des lieux, peut les mettre à disposition de tout le monde.

     

    L’éducation s’oppose-t-elle à la présence de confession religieuse dans les écoles ?

    Nous avons le principe de laïcité, mais ça concerne le temps scolaire. Il ne peut pas y avoir d’affichage religieux, d’enseignement religieux, même les personnes qui portent un message religieux ne peuvent accéder aux classes pendant le temps scolaire.

    Maintenant, en Polynésie française, il y a beaucoup moins de séparation entre les confessions religieuses et le Pays. Comme vous avez pu le voir durant les intempéries, les confessions religieuses viennent porter secours par solidarité aux sinistrés. En tant que ministre de l’Éducation, je suis ministre aussi bien de l’enseignement public que de l’enseignement privé.

    Il n’y a pas cette barrière qui peut exister dans d’autres pays. Il m’est arrivé, en tant que ministre de l’Éducation, pendant les vacances, de faire une convention avec l’Église mormone pour leur forum de la jeunesse. C’est monnaie courante ici.

     

    Si cette mise à disposition gracieuse n’est plus possible, cela ne remettra-t-il pas en question le soutien des églises lors des sinistres ?

    Le titre gracieux est une décision qui revient à la commune. Cette volonté de la commune de Mahina de mettre à disposition des locaux à titre gracieux est sans doute une manière de remercier les églises d’être présentes en cas de besoin.  

     

    La conseillère municipale que vous êtes comprend la position de Lorna Oputu ?

    Je ne comprends pas cette position car il s’agissait de renouvellement de conventions et qu’auparavant, lorsqu’elle était première adjointe au maire, elle était pour. Aujourd’hui, elle est passée dans l’opposition et elle conteste les délibérations. Parfois, il faut arrêter de perdre du temps et, plutôt que détruire, il faut construire.  

     

    Propos recueillis par Jean-Luc Massinon

     

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