L’Aptac : des professionnels au service du septième art

    mardi 2 février 2016

    Née il y a trois ans, l’Aptac regroupe une vingtaine de membres : régisseurs, maquilleurs, ingénieurs du son… Tous professionnels
    et experts dans leur domaine et agissant pour le monde du cinéma et de l’audiovisuel.  Si, au niveau local, tous s’accordent à dire
    que “ça bouge”, ils se plaignent de ne pas voir plus de tournages étrangers venir à Tahiti. Heureusement, depuis deux ans,
    des aides sont venues apporter un soutien à la production audiovisuelle et cinématographique, ce qui donne un élan
    très positif à la filière.

    Ils sont maquilleurs, décorateurs, cadreurs, ingénieurs du son, régisseurs… Et sans eux, films, séries et reportages ne pourraient pas voir le jour. Travailleurs de l’ombre, ce sont les yeux et les mains des réalisateurs, ceux qui font en sorte que les rouages de la “grosse machine du cinéma” fonctionnent et que le résultat à l’écran “claque”. Ce sont les techniciens de l’audiovisuel. Réunis en association depuis trois ans, certains d’entre eux ont accepté de parler de leur activité, de leurs projets et des problématiques qu’ils rencontrent…
    Entrevue avec les membres de l’Association polynésienne des techniciens de l’audiovisuel et du cinéma, plus couramment nommé Aptac.
    “On a créé l’association, car on s’est rendu compte que les techniciens ne se retrouvaient pas forcément au sein des associations déjà existantes sur le territoire, qui rassemblaient essentiellement des producteurs. L’idée de départ, c’était de se fédérer pour apprendre à se connaître tous.
    On voulait aussi se regrouper pour se faire entendre en tant que techniciens de l’audiovisuel par les autres associations et le gouvernement, et créer un annuaire aussi bien pour les productions locales que pour les productions étrangères afin de leur montrer qu’il y a un vrai vivier de professionnels compétents en Polynésie française”, raconte Aurélie Vigouroux, membre fondateur de l’Aptac.
    Aujourd’hui, l’Aptac regroupe une vingtaine de membres actifs. Ils se rassemblent chaque mois, pour faire un point sur les projets en cours et sur les actions à mener pour faire bouger la filière.
    “L’Aptac, ça permet aussi de partager des informations. Elle permet aux techniciens de savoir ce qui se passe, ce qui va ou ne va pas dans le milieu de l’audiovisuel”, ajoute Aurélie Ferreira, chargée de production et secrétaire de l’association.
    Au niveau de la production locale, tous s’accordent à dire que “ça bouge”.
    “Il suffit de regarder les deux chaînes de télévision locale pour se rendre compte qu’il y a des prises de risques dans la ‘shortcom’ (mini-série télévisée) avec Les vilaines, Hiro’s… Les productions essaient un peu plus de se tourner vers la fiction…”, souligne Aurélie Vigouroux.
    Par contre, au niveau des productions extérieures, les techniciens se plaignent de ne pas voir assez de projets de fiction se tourner en Polynésie, alors que le décor vaut le détour.
    “On pense qu’il y a un gros travail à faire dans la vente de la Polynésie en tant que lieu d’accueil de tournage. On est à deux, voire trois tournages issus de productions étrangères par an, et ce chiffre ne bouge pas d’année en année”, expliquent les membres de l’Aptac.
    Pourtant, beaucoup de choses ont été faites, notamment au niveau de l’accès aux aides, avec la mise en place du Soutien à la création audiovisuelle et numérique (Scan) et l’éligibilité à l’aide du Centre national du cinéma et de l’Image animée (CNC). “Aujourd’hui, on y a accès directement. Mais avant l’année dernière, le seul moyen d’y avoir accès, c’était de faire une coproduction avec une boîte de production française”, explique-t-on à l’Aptac.
    Les techniciens de l’Aptac sont confiants en l’avenir du cinéma et de l’audiovisuel et comptent bien faire front pour continuer à développer la filière.
    “Il y a une vraie dynamique qui est mise en place de la part du gouvernement et des associations existantes. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Ce sera lent et long à mettre en place… Mais il y a une dynamique de la part de tout le monde de vouloir faire bouger les choses, dans un intérêt général, alors on y croit”, souligne les membres de l’Aptac.

    E.P.

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    Les gros projets de l’Aptac pour 2016

    Création d’un film office
    Si les membres de l’association sont tous répertoriés en interne, il n’existe pas de véritable annuaire “ouvert à l’extérieur”.
    Ce que souhaite établir les membres de l’Aptac, c’est un Tahiti Film Office (bureau d’accueil des tournages audiovisuels étrangers), qui permettrait aux professionnels de l’audiovisuel d’avoir une véritable vitrine à l’international. “Ça permettrait de faire le lien avec toutes les structures existantes sur le territoire et de faire la promotion de l’audiovisuel en Polynésie française, que ce soit la promotion technique, celle du pays, des aides… Il faut que ce film office soit un portail qui permette à n’importe quelle structure qui a envie de venir faire un tournage en Polynésie de se dire : “Ok, je peux trouver ça, je peux faire ça”… L’idée c’est qu’il y ait un travail prémâché pour donner envie aux gens de l’extérieure de venir tourner ici et pour les rassurer sur les compétences et les moyens qu’ils peuvent y trouver”, expliquent les membres de l’Aptac. En attendant, il existe le site www.audiovisuel.pf, mis en place l’an dernier par le Scan sur lequel, tous peuvent s’inscrire : producteurs, diffuseurs, techniciens… Qui permet de référencer l’expérience professionnelle et les coordonnées de chacun.

    Défiscalisation du matériel audiovisuel pour les professionnels de l’audiovisuel
    Les membres de l’Aptac sont en train de monter un projet de défiscalisation du matériel audiovisuel pour les professionnels de l’audiovisuel.
    “On aimerait pouvoir bénéficier de la défisc’, comme les gars qui bossent dans le bâtiment ou dans d’autres champs d’activités… On est taxé à 30 % sur le matériel technologique ici, ça fait quand même beaucoup. Ca nous rend plus cher localement, et ça nous rend aussi plus cher pour des boîtes extérieures qui voudraient embaucher ou louer du matériel ici. Du coup, ce genre de détails participe à rendre la destination non- attractive pour des boîtes étrangères”, explique Jean-Philippe, réalisateur.

    La mise en place de formations pour les jeunes et les professionnels de l’audiovisuels
    Il n’y a pas de formation scolaire axée sur l’audiovisuel, ici, en Polynésie. Il y a eu un diplôme universitaire, mais il n’a pas été renouvelé.
    “Aujourd’hui, il y a tellement d’outils à disposition pour faire de la vidéo. Tous ces petits jeunes qui font des choses avec leur GoPro ou leurs appareils numériques, est-ce que ce ne serait pas intéressant de les former à ces metiers-là ? Et puis, du côté des chaînes de télévision locales, il y a des gens qui vont partir à la retraite. Est-ce qu’il n’est pas temps de préparer la relève ? On ne dit pas qu’il faut faire des grosses formations de 200 personnes, mais de petites formations de 15 à 20 personnes par an”, affirment les membres de l’Aptac.
    À son niveau, l’association propose depuis un an des formations, pour permettre à ses membres de découvrir ou d’approfondir leur connaissance dans un domaine. “On n’est pas une école. Notre concept, c’est de permettre à chacun d’apprendre le métier de l’autre, pour se rendre compte quelles sont ses problématiques…”

    Définir le statut de technicien de l’audiovisuel
    Les techniciens membres de l’Aptac se plaignent de la “non-reconnaissance” de leur statut au sein de l’activité économique du pays et souhaitent travailler dessus. “Il n’y a pas de statut clairement défini, pour nous les techniciens de l’audiovisuel. Lorsqu’on va chercher une patente, à la chambre du commerce d’industrie, des services et des métiers (CCISM), il n’y a pas de code d’Activité principale exercée (APE) spécifique à l’audiovisuel : il y a des trucs fourre-tout… dans lequel tu mets tout ce que tu veux, mais qui n’est pas représentatif de notre activité et des spécificités qu’elle suppose”, explique les membres de l’Aptac.

    Grille salariale
    L’association travaille sur la mise en place d’une grille de salaire pour les techniciens de l’audiovisuel. Celle existante ayant été établie par les producteurs.
    “Cette grille est nécessaire pour protéger et valoriser notre travail. Elle fixe les salaires minima en dessous desquels tu ne peux pas embaucher un technicien professionnel”, explique l’Aptac. En effet, les techniciens ne travaillent que par missions de courte durée, le temps d’un projet… Et en Polynésie, chômage et intermittence sont inexistants.
    “Aujourd’hui, on a une accessibilité aux technologies qui est accrue. N’importe qui peut se dire réalisateur, ingénieur du son, cadreur… Et peut pratiquer des prix qui desservent entièrement la profession, soit en dévalorisant le travail des gens qui ont été formés et qui vivent de ce champ d’activité, soit en proposant des prestations qui sont techniquement et visuellement en dessous des standards locaux, de ce qu’on est en droit d’attendre de professionnels de l’audiovisuel. C’est important de faire en sorte que la production locale soit une production de qualité”, intervient Jean-Philippe Joaquim.

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