L’art kanak aux enchères

mercredi 10 juin 2015

Les amateurs d’art premier sont attendus à Bâle, mercredi prochain, sauf si le gouvernement calédonien réussit à suspendre la vente. La vente aux enchères s’appelle sobrement Art kanak. Elle aura lieu le 17 juin à Bâle et proposera aux acheteurs l’une des plus belles collections privées au monde, celle de Georges Vidal. Des pièces de toute beauté qui pourraient avoir été sorties illégalement du territoire, voire même volées pour certaines.
C’est en tout cas ce que laissent à penser des enquêtes parues dans La France Australe et les Nouvelles calédoniennes datées du 20 au 23 septembre 1975. Dans la première parution, le conservateur du musée néo-calédonien de l’époque, Luc Chevalier, est interrogé sur l’exportation illégale d’œuvres d’art anciennes. Il évoque la présence de « pièces ethnographiques anciennes » dans un magasin d’antiquités parisien. Leur propriétaire déclarait les avoir acheté à un dénommé Georges Vidal qui avait séjourné en 1974 en Calédonie.
 
Clandestinement. Mieux, il venait d’apprendre qu’une « exposition d’objets ethnographiques mélanésiens » se tenait en même temps en Suisse, dans le canton de Neufchâtel. Vingt sculptures de grande valeur y étaient dénombrées, parmi lesquelles six chambranles et treize flèches faîtières. La collection était présentée par une certaine Geneviève Laurencie.
Jean Guiart, le célèbre ethnologue, fin connaisseur du territoire, qui était à l’époque directeur d’études du musée de l’Homme, avait alors affirmé au conservateur que ces œuvres auraient été exportées clandestinement hors de Nouméa en 1974 dans un conteneur enregistré au nom de… Georges Vidal. Et que la supposée propriétaire, Geneviève Laurencie, n’était qu’un nom d’emprunt.
Toujours selon l’ethnologue, la collection était destinée à être vendue à l’impératrice d’Iran, Farah Diba.
Le conservateur annonçait en conclusion qu’il avait demandé aux autorités calédoniennes de se saisir du dossier pour obtenir, après vérification, la restitution de la collection.
Deux jours plus tard, nouveau coup de théâtre. Le pasteur Tidjine, président de l’église évangélique reconnaît dans les Nouvelles calédoniennes et La France Australe deux sculptures volées quelque temps plus tôt à la mission de Do Néva. Au cours d’une tournée en Brousse, un homme âgé de 35 à 40 ans, qui se disait de nationalité suisse, lui avait proposé d’acheter une flèche faîtière et un chambranle de case qui se trouvait sous la véranda de la maison centrale de Do Néva. « J’ai refusé, racontait-il, en lui disant que ces pièces étaient la propriété de la mission et qu’il fallait se mettre en rapport avec ses responsables. » Il poursuit son récit : « Il se vit opposer une fin de non-recevoir par le conseil de la mission, lequel, jugeant ces pièces trop précieuses (…) refusait de les négocier à quelque prix que ce soit. Mais deux ou trois semaines après, ces pièces disparaissaient mystérieusement, et on ne les a jamais retrouvées depuis. Néanmoins, nous n’avons pas porté plainte. » Des démarches avaient cependant été entreprises par l’église auprès de la Suisse.
 
Preuves. Du côté des spécialistes de l’art kanak, si personne n’ose crier publiquement au voleur, beaucoup estiment qu’il existe un faisceau de preuves concordantes quant à la manière dont a été constituée la collection Vidal.
Le gouvernement entend d’ailleurs agir dans les meilleurs délais pour faire bloquer cette vente dans l’attente de vérifications (lire ci-contre). Espérons qu’il ait plus de réussite que les responsables de l’époque.
 
LNC

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