L’Australie en avait fait un héros, mais refuse d’en faire un de ses citoyens

    jeudi 3 septembre 2015

    “C’était un vendredi.” Quatre ans plus tard, Charles n’a jamais oublié ce 28 mai 2010. L’Australie, le pays où il est installé depuis 2004, semble, en revan­che, l’avoir effacé de son histoire, ou tout du moins ne lui accorde plus l’importance qu’elle avait pu montrer à l’ancien danseur des Grands Ballets en le récompensant de la médaille de la bravoure. Rétrospective.

    Ce soir-là, Charles Tetaahi rentre tranquillement chez lui, à pied, à Chevron Island, dans le Queensland. En arrivant sur le pont qui enjambe Nerang River, il aperçoit une mère paniquée : son enfant vient de tomber du pont jusque dans la rivière. Il fait presque nuit, mais Charles aperçoit soudain l’enfant dans la lueur des lampadaires. “J’ai vu une tête qui coulait et puis qui ressortait, des petits bras en l’air, et surtout, surtout, j’ai croisé, juste un instant, le regard de cet enfant affolé, qui appelait au secours”, nous confiait-il au lendemain de son exploit. Car, malgré le froid en cet hiver austral – toujours très frais en Australie – Charles n’écoute alors que son courage.
    Il enjambe le pont et saute à l’eau tout habillé, sans même laisser son téléphone portable au sec. “Lorsque j’ai sauté à l’eau, l’enfant était déjà à une vingtaine de mètres du pont, emporté par le courant. Il m’a fallu parcourir près de 200 m pour le rattraper, le tenir, et ensuite j’ai dû lutter contre le courant, jusqu’à ce qu’une embarcation puisse nous récupérer tous les deux.”
    Son acte héroïque fait la une des journaux australiens, Charles est interviewé par les télévisions locales. Un an plus tard, il est à nouveau l’objet de l’attention des médias lorsque le gouverneur de l’État du Queensland lui décerne la médaille de la bravoure.

    Déçu mais pas rancunier

    Depuis lundi, Charles est revenu à Tahiti pour la première fois depuis cet événement “pour voir mon fils et prendre du temps avec ma mère”, nous a-t-il confié hier. Une longue attente car “j’avais interdiction de quitter l’Australie car j’ai fait une demande pour devenir citoyen et je n’avais pas le droit de partir tant que je n’avais pas de réponse”. Des démarches longues et qui n’ont donc finalement pas abouti.
    Son rôle d’assistant-manager dans une école de danse lui a permis, pendant de longues années, de vivre avec un visa provisoire. Mais il y a un mois, la nouvelle est tombée, Charles ne peut rester plus longtemps au pays des kangourous, et ce, malgré son acte de bravoure. “Au début, j’ai uniquement utilisé mon travail pour tenter d’obtenir cette autorisation. Après le premier refus, mon avocat a finalement décidé d’utiliser cet argument.” Cela n’est pas suffisant pour les autorités australiennes, et ce, malgré l’intervention du président Édouard Fritch. “Il m’a énormément soutenu, moralement d’abord, et il s’est battu pour savoir pourquoi on me mettait dehors. Grâce à son intervention, ils m’ont donné trois semaines supplémentaires pour revoir mon dossier.” Sans succès.
    Au dernier jugement, il lui est demandé de quitter le pays dans les deux semaines. Charles a pourtant du mal à éprouver de la rancune ? “C’est une déception énorme, mais ce pays m’a donné dix ans de bonheur et je respecte la loi australienne. Je ne dirai donc pas que c’est injuste ou ingrat.”
    Il faut dire que Charles ne compte en rester là et espère refaire sa demande d’ici trois ans. À ses côtés, sa mère n’a pas le même discours diplomatiquement correct. “Je leur en veux à l’Australie, je suis plus que déçue, cela me fait vraiment mal au cœur. C’est un héros, il a sa place en Australie.” Même son de cloche pour la famille de l’enfant sauvé avec laquelle Charles a gardé le contact. “Je les ai eus au téléphone. Ils étaient en pleurs, ils ne comprennent pas cette décision. Ils sont déçus.”
    Pour l’instant, le héros a “envie de souffler, de vivre, et surtout de profiter de ma famille et de la Polynésie. Après un long combat comme cela, on a besoin de se ressourcer et de retrouver les siens.” Charles reprendra ensuite le chemin de la Nouvelle-Calédonie où, là aussi, il dirigera une école de danse. “Si je pars, c’est pour promouvoir la Polynésie.”

    Florent Collet

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