L’Australie recycle ses cendres de charbon

    mercredi 22 juillet 2015

    En Nouvelle-Calédonie, des coutumiers bloquent le site de traitement de déchets de Gadji depuis plus de deux semaines. Ils estiment que cette zone est polluée par le stockage des cendres issues de la combustion du charbon dans la centrale thermique de Prony-Energie. L’Australie, elle, a accumulé 400 millions de tonnes de cendres depuis l’ouverture de sa première centrale thermique, sans que cela ne provoque de débat.
    Les cendres de charbon sont généralement enterrées, mais en Australie, une part grandissante de ces déchets de la productionm d’électricité est recyclée. 
    En Australie, le charbon est roi. Le pays regorge de gisements. Il est le deuxième exportateur mondial de charbon, derrière l’Indonésie. Et, comme le soulignait Tony Abbott, « le charbon est bon pour l’humanité », car il permet de produire de l’électricité à bas prix. L’Australie s’éclaire toujours au charbon, malgré une abondance d’énergies renouvelables, en particulier des énergies éolienne et solaire. Les trois quarts de l’électricité est produite à partir de la houille.
     
    • Les cendres de charbon, un cocktail toxique
    Résultat: en plusieurs décennies, la trentaine de centrales thermiques du pays ont accumulé 400 millions de tonnes de déchets – les cendres issues de la combustion du charbon. Des déchets inoffensifs selon les industriels, mais toxiquesselon Mariann Lloyd-Smith, la coordinatrice du Réseau national australien sur les substances toxiques:    « Les cendres contiennent des métaux toxiques, entre autres, de l’arsenic, du plomb,  du chrome. C’est un cocktail dangereux pour la santé, si on touche ou on respire ces cendres. »
    Mariann Lloyd-Smith confirme le rapport publié par deux ONG américaines en 2010, Physicians For Social Responsibility – un réseau de médecins toxicologues ; et Earth justice – spécialisée dans les aspects juridiques de la santé publique et de l’environnement.
    Selon ce rapport, les métaux contenus dans « les cendres de charbon peuvent provoquer, entre autres, des cancers, des infarctus et des maladies respiratoires ».
    En outre, souligne Mariann Lloyd-Smith: « Les cendres non retraitées sont une source de contamination radioactive. »
    On trouve en effet de l’uranium et du thorium dans les cendres. Mais la radioactivité des cendres est anecdotique, d’après l’enquête de la revue Scientific American, qui reprend les travaux des scientifiques du Laboratoire d’Oak Ridge, aux États-Unis: « les riverains d’une centrale au charbon sont exposés à 1.9 millirem par an. Alors que chaque être humain est exposé en moyenne à 360 millirems par an, à cause de la radioactivité de la croûte terrestre, des détecteurs de fumée, et des déchets des essais nucléaires. »
     
    • Les industriels australiens assurent qu’ils maîtrisent les risques
    Craig Heidrich est le coordinateur de l’ADAA, l’association du développement du recyclage des cendres de charbon: « Toutes les particules fines sont potentiellement dangereuses quand elles sont inhalées. Mais beaucoup d’études montrent que ces substances ne représentent qu’un risque très bas ou nul, parce que nous prenons les mesures necessaries pour leur enfouissement. »
    Pourtant, dans la pratique, les industriels ne seraient pas toujours aussi prudents qu’ils le devraient, estime Mariann Lloyd-Smith: «  En Australie, les producteurs d’électricité stockent 65% des cendres dans des bassins de rétention, elles sont recouvertes d’une sorte de boue. Puis quand le bassin sature, ils enfouissent les cendres. Et souvent, le bassin n’est pas tapissé d’un revêtement isolant et donc il doit y avoir une contamination des nappes phréatiques et des sols. »
    À ce jour, il n’y a pas eu de catastrophe environnementale liée à l’enfouissement des cendres de charbon en Australie.
    Mais en revanche aux États-Unis, en 2013 les digues du bassin de rétention des cendres d’un centrale thermique de Caroline du Nord ont cédé, entraînant une forte pollution de la rivière voisine à l’arsenic.
     
    • Recycler les cendres: une solution plus propre que le stockage ?
    En Australie, 65% seulement des cendres sont stockées dans des sites d’enfouissement. Les 45% restants sont recyclés.
    On les retrouve partout, jusque dans le revêtement extérieur des navettes spaciales de la NASA. Mais les cendres sont principalement utilisées pour fabriquer du ciment, le produit le plus consommé sur Terre, après l’eau.
    Les industriels s’en servent aussi dans la fabrication des matériaux d’isolation, des câbles électriques, des tapis. Quant aux agriculteurs, ils épandent les cendres pour fournir de l’engrais à leurs terres.
    Étant donné la présence de métaux toxiques dans les cendres de charbon, les industriels doivent demander une derogation spéciale pour pouvoir les recycler, auprès des autorités australiennes de protection de l’environnement. Craig Heidrich: « On a prouvé que les cendres sont inoffensives pour la santé. Si je ramassais une poignée de terre n’importe où et je la faisais analyser en laboratoire, on découvrirait dedans du plomb, du cadmium, du mercure, etc. Ce qui compte, c’est la concentration de ces éléments, et dans les cendres, elle est faible. »
    La dérogation de l’autorité de protection de l’environnement dispense aussi les industriels de payer la taxe sur les déchets, ce qui rend le secteur économiquement viable. Cette nouvelle filière progresse rapidement en Australie – où le taux de recyclage est passé de 5% à 45% en quelques années, sous l’impulsion des cimentiers. Craig Heidrich: « Dans le cas du béton, les cendres sont une partie du mélange, et ce mélange se solidifie, donc les composants chimiques de ces cendres ne risquent pas d’être inhalés, ou de contaminer l’eau. »
    Un raisonnement qui ne convainc pas Mariann Lloyd-Smith, la coordinatrice du Réseau national australien sur les substances toxiques: « En  Australie, certains fabricants de ciment utilisent les cendres de charbon uniquement avec un polymère – un type de plastique qui renforce le mélange et freine la décomposition chimique du ciment. Mais les polymères aussi finissent par se degrader ! »
     
    • Recycler les cendres, pour réduire les émissions de CO2
    Craig Heidrich insiste sur un autre aspect du recyclage: « Pour faire du ciment, normalement il faut chauffer le calcaire à une température très élevée, une méthode qui émet beaucoup de CO2. Là, on remplace la ciment par les cendres de charbon. Résultat: les cimentiers australiens émettent 37 millions de tonnes de CO2 de mois par an, par rapport à la méthode traditionnelle avec le calcaire. »
    Un chiffre qui n’est pas ridicule, mis en perspective avec le montant total des émissions annuelles de l’Australie, soit 538 millions de tonnes en 2013.
    Mais il semble que ces 37 millions de tonnes représentent un gain seulement à la marge, car les centrales au charbon génèrent environ 40% du total des émissions australiennes – soit environ 215 millions de tonnes de CO2 par an.
    « Pour moi, il n’y a pas d’autre solution au problème de la pollution atmosphérique, et de la gestion des cendres que de fermer les centrales thermiques », estime Mariann Lloyd-Smith.
    Pour l’instant, aucune loi n’interdit la construction de nouvelles centrales thermiques en Australie. Mais en avril dernier, AGL, l’un des principaux producteurs australiens,et le plus gros émetteur de gaz à effet de serre, a frappé un grand coup en annonçant sa « décarbonisation ». En clair: il fermera toutes ses centrales thermiques d’ici 2050. En parallèle, AGL construit deux grandes centrales solaires, l’une dans la campagne de la Nouvelle-Galles du Sud ; l’autre dans l’Outback de l’état.
     
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