L’autoritarisme a vécu en Tunisie, affirme son président élu

mardi 23 décembre 2014

Le président élu de la Tunisie, Béji Caïd Essebsi, a promis que « la page » de l’autoritarisme était tournée, alors que de nombreux défis attendent le berceau du « Printemps arabe » qui espère parachever sa transition vers la démocratie.
« L’hégémonie est une illusion (…) Il n’y aura pas de retour à cela », a assuré M. Caïd Essebsi, un ancien cadre des régimes autoritaires de Habib Bourguiba (1956-1897) et Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011) qui a remporté la présidentielle de dimanche.
« Je suis pour qu’on tourne complètement la page du passé » et pour « regarder vers le futur », a ajouté le futur président de 88 ans dans un entretien diffusé tard lundi par la télévision nationale.
Des propos qui n’ont pas convaincu son rival, le président sortant Moncef Marzouki qui, du balcon de son QG de campagne et devant une foule de partisans, a annoncé la création d’un mouvement contre le retour de « la dictature ».
« La nécessité de former ce mouvement, le mouvement du peuple de citoyens, (vise) d’abord à empêcher le retour de la dictature parce qu’il y a malheureusement parmi ces gens des extrémistes qui veulent ramener la Tunisie au passé, et cela peut constituer un danger pour la stabilité du pays », a-t-il lancé, sans dire si ce mouvement prendrait la forme d’un parti.
Pendant toute sa campagne, le président sortant, qui a reconnu sa défaite lundi et appelé son adversaire pour le féliciter, s’est posé en défenseur des libertés et en garant de la révolution face à l’ex-Premier ministre.
M. Marzouki a reconnu que l’élection avait été « libre » mais a fait état de « beaucoup de violations », en annonçant qu’il allait « placer l’instance (électorale) devant ses responsabilités ». 
Des affrontements se sont produits dimanche soir et lundi dans le sud, où M. Marzouki est arrivé largement en tête, entre policiers et manifestants qui protestaient contre les résultats de la présidentielle. Deux postes de police ont ainsi été incendiés à El Hamma. Nidaa Tounès, le parti de M. Caïd Essebsi, a indiqué que des protestataires avaient tenté d’incendier son local à Tataouine.
Le ministère de l’Intérieur a appelé mardi soir « tous les citoyens, les composantes de la société civile et les partis politiques à assumer leurs responsabilités » et à appuyer « les efforts de l’institution sécuritaire et militaire pour préserver la sécurité et l’ordre ».

Scrutin « crédible et transparent »

L’élection de M. Caïd Essebsi avec 55,68% des voix, marque la fin d’un cycle électoral destiné à doter enfin la Tunisie d’institutions pérennes, quatre ans après la révolution de janvier 2011 et une transition parfois chaotique marquée par l’essor de groupes jihadistes ainsi que de profonds problèmes socio-économiques.
Les observateurs électoraux de l’Union européenne ont salué mardi le vote, en notant que la Tunisie avait élu « pour la première fois son président lors d’élections crédibles et transparentes ». La communauté internationale avait déjà salué cette avancée unique parmi les États du « Printemps arabe », qui ont basculé pour l’essentiel dans le chaos ou la répression.
Pour tenter d’éviter un retour en arrière, la nouvelle Constitution, adoptée en début d’année, limite les prérogatives du chef de l’État, l’essentiel du pouvoir exécutif reposant sur le gouvernement responsable devant le Parlement.
Si la date de l’entrée en fonction du nouveau président n’a pas été fixée, M. Caïd Essebsi va devoir dès à présent s’atteler à former un gouvernement stable et bâtir une coalition, son parti ayant remporté les législatives mais ne disposant pas de majorité absolue avec 86 sièges sur 217. 
Il devra pour cela notamment composer tant bien que mal avec les islamistes d’Ennahda (69 députés), deuxième parti du Parlement, et contre qui il a fait campagne avec virulence.
« Ce n’est pas nécessaire qu’ils (Ennahda, ndlr) participent au gouvernement mais nous allons dialoguer, nous allons voir », a dit M. Caïd Essebsi dans une interview à la chaîne française TF1, diffusée mardi soir.
Les nouvelles autorités tunisiennes sont très attendues sur le terrain de l’économie, le chômage et la misère à l’origine de la révolution restant endémiques. Elles devront aussi répondre à la menace jihadiste, alors que des dizaines de militaires et deux figures politiques anti-islamistes ont été tués depuis 2011. 

AFP

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