L’autorité de la concurrence face au public

    jeudi 7 avril 2016

    Jacques Mérot, président de l’autorité polynésienne de la concurrence (APC), et Gwenaelle Nouët, rapporteure générale de l’autorité, sont allés mardi soir, pour la première fois, à la rencontre du public dans l’amphithéâtre de la CCISM. Une présentation juridique et technique, pour expliquer ce qu’est une autorité indépendante, sa raison d’être, son champ d’intervention, ses méthodes et ses moyens. Une cinquantaine de personnes s’étaient déplacées, représentant plusieurs entreprises polynésiennes. Des décennies d’économie de comptoir post-coloniale ont laissé des traces : il a fallu réexpliquer les concepts “autorité”, “indépendante” et “concurrence” à un public parfois sceptique.
    Malgré les assurances des conférenciers que le but ultime de l’autorité est de redynamiser l’économie et de favoriser l’innovation en libérant les accès aux marchés, plusieurs visages laissaient voir une certaine inquiétude, notamment lors du rappel des sanctions pécuniaires que risquent les contrevenants. Car “aucune activité économique n’échappe au droit polynésien de la concurrence, indépendamment de la qualité de l’opérateur”, a martelé Gwenaelle Nouët.
    Le président de la CCISM, Stéphane Chin Loy, s’est inquiété de savoir si l’APC n’aurait pas “trop de dossiers.” “L’expérience nous le dira, a répondu Jacques Mérot. On commence à avoir beaucoup de dossiers, mais pour l’instant nous ne sommes pas débordés.” Huit personnes composeront la cellule d’instruction de l’APC.
    “Je constate qu’il y a de grandes attentes, principalement des entreprises, pas uniquement des consommateurs”, a souligné Jacques Mérot qui affirme avoir déjà rencontré “plus de 100 chefs d’entreprise, qu’ils soient plaignants ou qu’ils craignent d’être sanctionnés.”
    C.P.

    Jacques Mérot, président de l’autorité polynésienne de la concurrence  : “L’éloignement en lui-même ne peut pas justifier tous les différentiels de prix”

    Les pratiques que vous avez décrites comme étant sanctionnables sont nombreuses et on a pu ressentir une certaine inquiétude chez les membres de l’assistance.
    Oui, on a effectivement listé tout ce que la loi du Pays a prévu. Ça peut paraître impressionnant. La vie économique expose probablement moins les entreprises qu’elles ne le pensent. Il y a un bon moyen de ne pas être exposé, c’est de jouer son rôle d’acteur économique et de compétiteur normalement. Alors évidemment, ça peut venir à l’encontre des pratiques qui ont cours peut-être encore aujourd’hui. Notre rôle en tout cas, c’est de diffuser l’information dans un premier temps, puis ensuite nous allons jouer notre rôle, qui est potentiellement celui de sanctionner des pratiques anticoncurrentielles lorsqu’il y en a.

    Ces sanctions seront-elles pondérées, par exemple, par l’éloignement, qui a toujours été utilisé par les acteurs économiques et même les autorités du Pays pour justifier certains niveaux de prix ou certaines positions dominantes ?
    Mais non, l’éloignement, la dispersion géographique, ce sont des contraintes ; ni nous, ni personne d’autre ne pourront rien changer à ça. Ce qui nous intéresse, c’est de faire en sorte qu’on n’ajoute pas à la contrainte – qui peut en partie expliquer des différences du prix – des comportements qui, eux, sont des comportements anticoncurrentiels. Et aujourd’hui le différentiel de prix relève beaucoup plus de comportements anticoncurrentiels que de l’éloignement de la métropole. Après, il y a une particularité en Polynésie, c’est sa dispersion géographique, c’est un autre sujet que nous allons traiter un jour. Il s’agira de savoir comment on fait, pour les archipels éloignés, des prix qui soient les mêmes ou à peu près les mêmes qu’à Tahiti. Ce sont des questions qui sont effectivement très importantes. Mais l’éloignement en lui-même ne peut pas justifier tous les différentiels de prix.

    Est-ce que vous prévoyez d’autres rendez-vous de ce type ?
    Évidemment, nous sommes disponibles pour toute séance qui ressemblerait à celle-ci. On est prêts aussi à donner des formations un peu plus techniques pour un public choisi qui aurait intérêt à en savoir plus. Et puis nous sommes aussi en contact avec les organismes représentant le patronat, qui nous invitent assez régulièrement à assister à des conseils d’administration ou des assemblées générales pour diffuser de l’information, et avec des professions telles que les experts-comptables.

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