Le boxeur Eugène Raurahi réfute avoir voulu donner la mort à Mani

mercredi 10 juin 2015

Le procès en appel d’Eugène Raurahi, ancien champion de boxe amateur polynésien condamné en septembre 2014 à 23 ans de prison pour meurtre, s’est ouvert, hier, à Papeete, devant la cour d’assises de la Polynésie française. C’est l’accusé qui a demandé à être rejugé, estimant la peine prononcée en première instance trop sévère. Et elle l’est de toute façon, puisque dans le respect de la loi, les jurés n’auraient pas dû aller au-delà de 20 ans de réclusion.
Si le jeune homme de 29 ans, détenu depuis sa condamnation, reconnaît l’extrême violence dont il a fait preuve le soir du drame, l’ancien boxeur a d’abord admis sa condamnation pour meurtre dans la matinée, avant de réfuter, au fur et à mesure que les débats avançaient, avoir voulu la mort de la victime, cet homme de 47 ans avec qui il s’était bagarré en ce funeste jour de février 2013, lors d’une soirée très arrosée sur le boulodrome du quartier Mahaiatea, PK 39, à Papara.
Les réquisitions de l’avocat général puis le verdict des jurés d’assises ne seront connus qu’aujourd’hui. Le procès s’étale sur deux jours.

“Il est tombé KO et après, j’avais la rage”

Calme, coiffé de près et propre sur lui dans sa chemise, s’exprimant toujours poliment, Eugène Raurahi est resté sur sa version. Il a mené un combat de boxe ce soir-là, jusqu’au bout, contre sa victime, Jean Noho. Ami et boxeur lui aussi, le malheureux avait eu la mauvaise idée de moquer en public la défaite de son bourreau lors d’un dernier combat.
“Je venais pour m’amuser ce soir-là”, raconte Eugène Raurahi depuis le box des accusés. “Quand je suis arrivé, on m’a raconté qu’il avait dit à tout le monde sur le spot que ça y est, j’étais foutu pour la boxe, je n’avais plus le niveau. Cela m’a énervé. Je lui ai mis un coup-de-poing et il est tombé KO. Après, j’avais la rage et je me suis acharné.”
“Est-ce que vous aviez l’intention de lui régler son compte ?”, demande, direct, le président de la cour. Eugène prend quelques instants pour répondre. “J’ai dit que je voulais le frapper, le cogner, mais… je ne voulais pas arriver à le tuer.” “Des témoins disent au contraire que vous avez eu des mots très durs, que vous avez dits que vous vouliez le tuer…”, insiste le magistrat. “C’était l’énervement, je me suis laissé emporté, j’ai dit des trucs qu’il ne fallait pas”.
Et le président de la cour de lui rappeler qu’il a reconnu avoir voulu en finir avec Jean Noho, dit Mani, devant le juge d’instruction Stelmach lors de la reconstitution. “J’ai dit ce qu’il m’a forcé à dire, le juge était très dur je n’en pouvais plus de lui”.
Parlant à nouveau de Mani, Eugène ajoute que dans sa tête, il ne pouvait pas mourir : “C’était un combattant lui aussi, quelqu’un de très dur. J’ai compris quand son ventre ne bougeait plus.”

Un rapport d’autopsie accablant

La remise en question de son intention de tuer par l’accusé a ensuite été mise à mal, violemment mise à mal, par le rapport d’autopsie du médecin légiste qui a examiné la dépouille du pauvre Jean Noho.
Ou ce qu’il en restait. KO après un premier coup de poing, le malheureux n’a rien pu faire pour contrer l’avalanche de coups qui s’est abattue sur lui, et malgré les nombreuses tentatives de témoins de la scène de retenir Eugène qui revenait sans cesse à la charge sur son adversaire à terre. Son crâne a été fendu en trois, les deux parois osseuses qui protègent le cerveau au niveau du front fracturées. Eugène a ensuite piétiné le thorax de sa victime, lui fracturant les côtes dans le diaphragme et le précipitant ainsi un peu plus vite vers une mort certaine. L’hypothèse que le coup d’une violence inouïe porté au front ait pu l’être avec une pierre, retrouvée sur place, a été jugée plausible par l’expert : “Même le plus puissant des coups de poing ou de pied ne peut pas provoquer une telle fracture des os du front”. Eugène, lui, nie s’être servi du lourd galet comme arme fatale. Et ose même demander à l’expert si un tel résultat ne pourrait pas s’expliquer lors de la chute du pauvre Mani sur la pierre. “Non, non”, répond le spécialiste implacable et sûr de son fait.
“Ce qui m’interroge dans cette affaire, c’est pourquoi cet acharnement”, poursuit le président de la cour. “Tous les témoins le disent. Vous l’avez mis KO, vous lui avez donné la leçon. Pourquoi avoir continué ainsi ?”. “C’est l’orgueil ! J’ai gagné le combat… L’énervement aussi”, répond Eugène. “D’accord”, lance le président. “Mais dans un combat de boxe, on ne frappe pas un adversaire qui est KO”.
Jeune homme à la dérive à l’époque des faits depuis la perte de sa mère en 2008, Eugène Raurahi était tombé dans l’alcool, le paka et l’ice. “Une drogue qui le rendait extrêmement nerveux”, ajoutera sa compagne, invitée à témoigner, hier, à la barre.
Il avait pourtant décidé, d’après ses dires et ceux de ses proches, de se remettre sur les bons rails peu de temps avant le drame.
Ce combat de reprise perdu et les railleries de sa victime Jean Noho l’ont tragiquement stoppé dans son élan.

Compte rendu d’audience Raphaël Pierre

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