Le déficit migratoire s’est installé en Polynésie française

    samedi 28 mai 2016

    Entre 2007 et 2012, le solde migratoire était chaque année négatif, avec 1 550 personnes en moins par année.  Une tendance
    qui semble perdurer, les années suivantes, jusqu’à aujourd’hui, selon l’hypothèse de l’Institut de la statistique.  A priori, ce sont
    surtout des actifs et des jeunes – armésde diplômes – qui s’en vont. Des forces vives et des compétences en moins pour le fenua, qui doit pourtant relever le défi d’une sortie de crise économique et sociale.

    La Polynésie française, toujours en transition démographique. C’est ce qui ressort du document “points forts” de l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF), qui vient d’être rendu public.
    Entre le 31 décembre 2014 et le 31 décembre 2015, la population n’a en effet augmenté que de 1 030 personnes, soit +0,4 %. “Une croissance plus faible que les années précédentes”, souligne l’institut. En cause, une natalité historiquement basse conjuguée et un déficit migratoire élevé. Autrement dit, les gens sont plus nombreux à quitter le fenua qu’à y venir.

    Le déficit migratoire observé entre les recensements de 2007 et 2012 était de moins 1 550 personnes par an. Entre 2002 et 2007, il était négligeable
    (-250 personnes par an). Par hypothèse, l’ISPF considère que “ce déficit migratoire annuel est prolongé aux années post-recensement de 2013 à 2016”, et que “le recensement de 2017 devra confirmer ou infirmer cette hypothèse”.
    Comment expliquer ces nombreux départs ? L’ISPF ne répond pas à la question, mais ce sera au pouvoir politique de s’interroger.
    Car cette tendance observée depuis des années, qui ne semble pas devoir s’arrêter, pose question.

    Vers quel type de société s’oriente-t-on ? Comment se préparer aux défis à venir ? L’instabilité politique chronique, très marquée ces dix dernières années, et la crise économique sans précédent au fenua dès 2008 sont vraisemblablement au cœur de ce déficit migratoire.

    Et la “double peine” pour le fenua, c’est que ceux qui partent sont ceux… qui peuvent partir. Autrement dit, les actifs, les travailleurs : ceux qui représentent les forces vives de la Polynésie. Ce sont aussi les jeunes, diplômés, qui, constatant les difficultés à trouver un emploi adapté à leurs compétences (ou un emploi tout court), décident d’aller trouver du travail à l’étranger ou en métropole. En somme, de la matière grise qui s’échappe alors qu’elle pourrait garantir la relève et le maintien d’un dynamisme de l’économie locale…
    Y.R.

    Natalité et fécondité

    En 2015, selon l’Institut de la statistique, 3 888 bébés sont nés de mères résidentes en Polynésie française, soit 273 de moins qu’en 2014. Le nombre de naissances, qui était relativement stable entre 2003 et 2010 autour de 4 500 naissances par an, est en baisse constante depuis 2011 et en chute accélérée en 2015. Cette diminution des naissances s’explique par l’émigration de jeunes adultes et surtout par la baisse progressive de la fécondité : l’indicateur conjoncturel de fécondité en 2015 est passé bien en dessous du seuil des deux enfants par femme avec 1,84 enfant par femme en âge de procréer, un chiffre record. La fécondité en Polynésie était équivalente à celle de la métropole, les deux dernières années ; elle est devenue bien inférieure en 2015 alors qu’elle était deux fois supérieure, il y a deux générations. La crise économique survenue en Polynésie française depuis 2008 vient sans doute renforcer cette tendance à la baisse.
    L’âge moyen des mères à l’accouchement est de 28 ans en 2015, soit six mois de plus qu’en 2013 et 2014. Il était de 26,0 ans en 1990.

    Mortalité et espérance de vie

    En 2015, 1 394 personnes résidentes sont décédées. Ce nombre de décès est le troisième le plus élevé observé en Polynésie française depuis 1945, après les années records de 2013 et 2014.
    Avec 29 décès d’enfants de moins d’un an, la mortalité infantile est au niveau de la moyenne des dix dernières années, mais en proportion des naissances, celle-ci est élevée : 7,5 enfants sont décédés avant leur premier anniversaire pour 1 000 enfants nés vivants.
    Après avoir fortement diminué jusqu’en 2000, la mortalité infantile se stabilise sur les dernières années à des valeurs deux fois supérieures à celles de la France métropolitaine (qui enregistre 3,5 décès pour 1 000 naissances en 2015).
    L’espérance de vie à la naissance atteint 74,1 ans pour les hommes et 78,1 ans pour les femmes, soit une moyenne de 76,3 ans pour les résidents de Polynésie française.
    Si la durée de vie moyenne a régulièrement augmenté pendant dix ans de quatre mois par an jusqu’en 2011, elle a stagné en 2013 et 2014 du fait d’une mortalité plus importante, et a progressé de six mois en 2015.
    L’espérance de vie en Polynésie française reste inférieure à l’espérance de vie des hommes et des femmes observée en France métropolitaine, qui a cependant diminué en 2015 du fait d’une forte mortalité (respectivement 79,0 et 85,1 ans en 2015, selon l’Insee).
    L’écart qui s’était creusé les deux dernières années, entre Polynésie française et métropole, s’est réduit en 2015.

    Le mariage de plus en plus tard

    Selon l’ISPF, en 2015, 1 456 mariages ont été célébrés (moins qu’en 2013 et 2014). Le taux de nuptialité est de 5,3 ‰, supérieur à celui de la métropole. Le mariage intervient globalement de plus en plus tard dans la vie des couples. En 2015, les femmes se marient pour la première fois en moyenne à 33,3 ans et les hommes à 36,5 ans, soit un peu plus tard qu’en Polynésie française l’année précédente et qu’en métropole en 2015.

    En bref

    Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties au cours d’une période.

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