Le difficile chemin vers l’emploi des handicapés

jeudi 18 juin 2015

Lundi, les élus de l’assemblée de la Polynésie française se sont penchés sur les comptes spéciaux du budget du Pays. Fonds pour le maintien du prix des hydrocarbures (FPPH), compte d’aide aux victimes de calamités (CAVC) ou encore le fonds pour l’amortissement du déficit social (Fades) sont les plus mis en avant.
Grâce à ces fonds, les victimes d’intempéries peuvent être mises plus vite à l’abri, le prix de l’essence se stabilise lors de flambée des cours et le trou de 15 milliards dans les comptes de la PSG se résorbe un peu.
Il reste un compte, rarement évoqué, le fonds pour l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés (FIPTH). Un fonds qui permet d’aider les entreprises à embaucher des personnes handicapées.
Dans la pratique, ce fonds, alimenté par des taxes aux entreprises, permet la compensation du coût des actions de formation ou des charges supplémentaires d’encadrement et à des mesures nécessaires à l’adaptation des machines ou des outillages, l’aménagement des postes de travail, l’insertion et au suivi des travailleurs handicapés dans leur vie professionnelle, la reconversion des travailleurs qui, à la suite d’accidents, ne peuvent plus occuper le même emploi en raison de leur handicap.
Lors de l’étude de ce compte, plusieurs élus ont regretté que ce dernier soit “largement bénéficiaire”. En 2014, le FIPTH a reçu 95 millions de francs de recettes pour 56 millions de francs de dépenses.
Depuis sa création en 2007, le compte possède une réserve de fonds de 166 millions de francs.
La loi est pourtant précise : “Tout employeur assujetti, qui ne satisfait pas à l’obligation d’emploi dans les conditions, est astreint à une participation financière dont le montant est compris entre 800 fois le Smig horaire et 2 500 fois le Smig horaire en vigueur au 31 décembre de l’année d’assujettissement, pour chacun des travailleurs handicapés manquant ou correspondant à l’obligation d’emploi.”
Toutes les entreprises de plus de 25 salariés sont visées par cette loi qui impose que, par tranche de 25 personnes embauchées, 4 % doivent être handicapées. Un seuil descendu à 2 % pour les entreprises de plus de 50 salariés. Quatre cents sociétés seraient concernées.
Antonio Perez, dans son intervention lundi matin en séance à l’assemblée de la Polynésie, expliquait concernant le FIPTH : “Nous regrettons presque qu’il soit largement excédentaire. C’est hélas un fait. Beaucoup d’entreprises préfèrent payer l’amende plutôt qu’embaucher des personnels handicapés. Il y a matière à réflexion.”

Mais rendre l’absence d’embauche de personnels handicapés dans les sociétés comme la seule faute des employeurs ne serait pas leur faire justice.
En effet, une personne handicapée peut percevoir jusqu’à 80 000 francs par mois selon le handicap par la CPS via son statut Cotorep. Et cette aide financière est au cœur du problème de l’embauche, comme le rappelait mercredi Olivier Kresssmann, patron du Medef-Polynésie. “Les entreprises ne sont pas contre le recours à l’emploi des personnes handicapées”, rappelait-il hier. “Certaines entreprises ne peuvent pas les embaucher en raison de leur activité, d’autres aimeraient bien se mettre en conformité, mais ne trouvent pas de personnel qualifié.”
Enfin, autre frein, cette subvention Cotorep. “Cette subvention disparaît automatiquement lorsqu’une personne handicapée est embauchée. Cela peut paraître normal, mais il faut pour cette personne qu’elle puisse se déplacer, se nourrir sur son lieu de travail ou à côté, etc. Cela engage des coûts qui, au final, les font perdre de l’argent. Certains vont préférer rester à la maison et toucher les 80 000 francs par mois, plutôt que d’engager des frais supplémentaires dans leur quotidien pour aller travailler.”
À l’occasion d’une réunion tripartite à la présidence de la Polynésie française récemment, le Medef a proposé que cette subvention ne soit plus annulée, mais “peut-être divisée par deux afin que cela fasse un complément de salaire à la personne handicapée et qu’elle puisse s’y retrouver dans ses comptes”, concluait Olivier Kressmann. Une proposition qui aurait aussi reçu l’aval des syndicats de salariés et qui doit maintenant être étudiée par le gouvernement.

Bertrand Prévost

Interview et dossier complet à lire sur La Dépêche de Tahiti du jeudi 18 juin ou sur notre feuilletage numérique.

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