Le kava s’exporte-t-il ?

jeudi 18 juin 2015

Après des années de mise au ban, le kava est de nouveau autorisé en Allemagne, depuis avril dernier. Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? Est-ce que les exportations de kava ont repris ? Quel est le marché à l’international ? Quelles sont les perspectives pour cette boisson traditionnelle si populaire dans le Pacifique ? Décryptage.
 
Décontractant, relaxant : ce sont ces effets qui rendent le kava populaire dans notre région et qui intéressent les industries pharmaceutique et nutraceutique ailleurs dans le monde.
Cette boisson traditionnelle a connu ses heures de gloire à la fin des années 1990. Des entreprises allemandes achetaient de la matière première, qu’elles réexportaient ensuite sous forme d’extraits aux États-Unis, où le kava devenait le composant d’une gélule ou d’une pilule vendue sans ordonnance. Mais un médicament à base de kava a été suspecté par l’Allemagne de provoquer des dommages au foie. Plusieurs pays européens ont alors décidé d’appliquer le principe de précaution et d’interdire le kava.
Le marché s’est donc écroulé, occasionnant des millions de dollars de perte pour les entreprises américaines et européennes, mais aussi pour les producteurs de kava du Pacifique.
 
Pour rétablir la réputation du kava et obtenir la levée de ces interdictions, un Conseil exécutif international du kava a vu le jour. En parallèle, des entreprises ont porté plainte. Et finalement, en avril dernier, après plus de dix ans de tractations, l’Allemagne a reconnu son erreur et fait marche arrière : le kava peut de nouveau accéder au marché allemand.
 
Mais cela ne veut pas dire pour autant que les exportations ont repris. Les volumes de production actuels ne suffisent déjà pas à satisfaire la demande du Pacifique, explique Tagaloa Eddie Wilson, le président du Conseil exécutif international du kava :
« Ça prend un peu de temps de mettre les choses en place, et pas seulement du côté des principaux importateurs d’Allemagne et d’Europe, mais aussi du côté des producteurs et distributeurs de kava de la région. Il faut 4, 5 ou 6 ans pour que le kava arrive à maturité. Quelque part, la levée de l’interdiction en Allemagne est arrivée plus vite qu’attendu. »

 
L’essentiel, pour les producteurs de kava, c’était de rétablir l’image de leur produit, de rassurer les consommateurs potentiels. Même si la production était suffisante pour exporter, les îliens du Pacifique ne se tourneraient pas vers l’Europe, mais vers de nouveaux marchés, l’Inde et la Chine en particulier, indique Tagaloa Eddie Wilson.
 
Un choix logique, estime Vincent Lebot. Mais pour le scientifique basé au Vanuatu, il faudra veiller à ne pas reproduire les erreurs du passé : « Le marché américain a tendance à redécoller sous la forme de bars à kava, puisque la FDA (Food and Drug Administration) considère le kava comme un aliment, c’est-à-dire qu’il est enregistré comme le manioc, par exemple. Pourquoi est-ce que les Américains ont cette position ? Eh bien, tout simplement parce que Hawaii est un État américain, et le kava a une importance culturelle très forte aux îles Hawaii, mais il y a aussi les Samoa américaines, ou les petits États de Micronésie – de Ponape (Pohnpei), de Kosrae, qui consomment du kava, jusqu’à l’île de Guam, donc les Américains ont une vision très différente du kava et en fait, connaissent beaucoup mieux le kava-boisson traditionnelle que les Européens. C’est ce type de kava, c’est-à-dire ce qu’est le kava en réalité, que les pays insulaires du Pacifique devraient développer, et en ce moment, il y a toute une discussion pour enregistrer le kava au codex Alimentarius, qui est le grand registre des produits alimentaires géré par la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) et l’OMS (Organisation mondiale de la santé), pour en fait un produit alimentaire sain et contrôlé. L’avenir du kava, c’est certainement celui d’une boisson traditionnelle saine et non pas d’une matière première pour l’industrie pharmaceutique. »
 
Au-delà du mode de consommation, il est beaucoup question de la qualité du kava exporté. Il y a des variétés plus ou moins nobles, génétiquement différentes les unes des autres. C’est un peu comme pour le vin, avec des différences sensibles entre un  Cabernet Sauvignon et un Shiraz, illustre Vincent Lebot.
 
Le Conseil exécutif international du kava assure avoir mis en place des standards de qualité. Les conditions de stockage et d’acheminement sont aussi encadrées, désormais.
 
Il faudrait maintenant que les producteurs protègent leur richesse traditionnelle, recommande Vincent Lebot :

« Les entreprises utilisent le mot kava, qui est un mot, on va dire, assez attrayant, puisqu’il correspond à une boisson traditionnelle du Pacifique, des mers du sud, c’est assez exotique, mais elles utilisent ce mot pour vendre un produit qui n’a rien à voir avec le kava. C’est comme si vous vendiez de la caféine en gélules, vous ne pouvez pas appeler ça du café. C’est donc aux pays du Pacifique, aux petits pays insulaires, de mettre en place ce qu’on appelle des appellations d’origine contrôlée pour valoriser la plante localement. »

 
Si le mot kava n’est pas déposé et que la production locale reste aussi faible, avec des prix atteignant les 500 vatu (6 dollars) le kilo, le kava sera bientôt produit à Hawaii, en Indonésie ou dans l’île chinoise tropicale de Hainan, prédit Vincent Lebot.
 
Vincent Lebot est l’auteur, avec Patricia Siméoni, de l’ouvrage Buveurs de kava. Plus de précisions sur le site de Géo-consulte.
 

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