Le Kura Ora II en cale sèche

    samedi 14 mai 2016

    Le tribunal du commerce a prononcé lundi la liquidation judiciaire de la société du Kura Ora II. Les pertes annuelles, évaluées à 40 millions de francs, et le passif ont en effet coulé la goélette.  Les 38 atolls des Tuamotu concernés ne seront, pour certains, desservis que par un seul bateau, désormais.

    La nouvelle est tombée comme un couperet. Le tribunal du commerce a en effet prononcé la liquidation judiciaire de la société du Kura Ora II, la SARL La Compagnie maritime des Tuamotu, lundi, privant ainsi 38 atolls des Tuamotu de leur desserte. Le bateau ne reprendra donc pas la mer, et est à quai depuis, mettant ainsi 17 marins au “chômage technique”.
    L’amertume est grande chez les habitants de certains atolls. “Aux Tuamotu, plus on a de bateaux, mieux c’est. Surtout aux Tuamotu de l’Est”, confie-t-on à la mairie de Tatakoto.

    Certes, “mais souvent, on fait la desserte pour 9 000 ou 10 000 F en liquide”, assure l’ancien capitaine à bord de la SARL, Patrice Colombani, joint par téléphone hier.
    La société, avant sa liquidation annoncée, avait tout de même annoncé aux habitants des îles que le bateau ne prendrait pas de fret, cette semaine.
    Heureusement, les “gros” atolls comme Hao sont desservis par les quatre compagnies qui assurent la desserte des Tuamotu, aucun n’étant desservi uniquement par une seule compagnie.

    Néanmoins, certains, plus petits ou moins habités, ne le sont que par deux, dont le Kura Ora II.
    “On a espéré pouvoir faire un redressement judiciaire jusqu’au dernier moment, malheureusement, les perspectives financières n’étaient pas bonnes”, regrette le désormais ancien directeur. Un mandataire judiciaire a en effet été nommé dans la foulée et devrait, dans un premier temps, assurer le paiement des salaires des mois d’avril et de mai de la vingtaine de salariés que compte la SARL.
    Mais avant de boucler le tout, il restera, entre autres, les congés payés à débourser, ce qui risque d’être lourd, car chaque marin a le droit à six jours de congés par mois.

    40 millions de francs de pertes annuelles

    Malheureusement, les pertes annuelles évaluées à 40 millions de francs et le passif ont coulé la société.
    “Il aurait fallu réduire les charges de personnel d’au moins 30 % ou alors réduire les salaires de 35 % si on souhaitait garder tous les marins”, a précisé Patrice Colombani.

    Deux solutions difficilement envisageables, du côté salarial comme patronal. Le dépôt de bilan était inévitable.
    “Il faut revoir le calendrier de desserte, avec deux ou trois itinéraires, pour visiter les îles principales en premier afin de rationaliser au maximum le fret”, nous avait confié, en juin 2014, Patrice Colombani, alors tout jeune et frais repreneur à l’époque, tandis que la société Transport maritime insulaire (TMI) de Johnny Paquier était placée en redressement judiciaire (lire La Dépêche de Tahiti du 1er juillet 2014, “À l’est, du nouveau”).

    Les nouveaux actionnaires n’ont pas eu le temps de “chercher un nouveau bateau d’occasion pour en changer d’ici trois-quatre ans”, comme nous l’écrivions à l’époque.
    Construit au Danemark en 1975, le Kura Ora n’a plus trop fière allure.
    “Le Kura Ora est un vieux bateau qui nécessite près de 200 millions de francs de travaux”, estime la concurrence, en l’occurrence celle du Maris-Stella.
    “Il faudrait sortir 15 millions de suite, 50 en tout, tout au plus”, estime, de son côté, Patrice Colombani.
    “Le mandataire judiciaire pourrait trouver un éventuel repreneur aux Fidji ou à Vanuatu”, pense l’ancien actionnaire d’une société “aux pertes abyssales, qui aurait dû tenir trois ans”.

    La goélette pourra-t-elle retrouver un nouveau repreneur ? Le groupe Martin, qui avait racheté le Hawaiki et le Nuku Hau (ex-STIM de Roland Paquier, le frère de Johnny), avait fait une offre pour racheter le Kura Ora II en 2014, mais s’est désisté au second tour.
    Reviendra-t-il à la charge ? Patrice Colombani en doute. Quoi qu’il en soit, la déception est grande. “Bien sûr, nous nous étions lancés à fond, avec foi, dans cette aventure, durant deux ans, au détriment de mes autres affaires, sans rémunération”, regrette Patrice Colombani.

    Selon lui, “la capacité de desserte excède les besoins, c’est fini le temps du CEP (centre d’expérimentation du Pacifique, NDLR) et des perles”, constate, amer, Patrice Colombani.
    Et les Chinois et leur projet aquacole qu’espérait l’armateur pour booster le trafic maritime ne sont pas encore là… Trop tard.  K

    Christophe Cozette
     

    Ils ne verront plus le Kura Ora II

    Tuamotu Ouest : Fakarava
    Tuamotu Centre : Amanu , Anaa, Faaite, Hao, Haraiki, Hikueru, Hiti, Katiu, Makemo, Marokau, Marutea Nord, Motutunga, Nihiru, Raroia, Ravahere, Reitoru, Reka Reka, Taenga, Tahanea, Takume, Tauere, Tekokota, Tepoto Sud, Tuanake
    Tuamotu Est : Aki Aki , Nukutavake, Pinaki, Pukarua, Reao, Tatakoto, Vahitahi, Vairaatea
    Tuamotu Nord-Est : Fakahina, Fangatau, Napuka, Puka Puka, Tepoto Nord

     

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