Le miel ne fait pas recette

    lundi 10 août 2015

    Ils n’étaient qu’une trentaine, samedi matin dernier, à avoir répondu à l’appel des apiculteurs en colère contre la récente décision du ministre de l’Agriculture d’autoriser l’importation d’un quota de miel étranger pour satisfaire la demande, ainsi que d’autres produits issus de la ruche.
    “Importer des ruches d’occasion, du pollen en poudre, c’est très dangereux, cela peut contaminer les abeilles. Nous protégeons ce qui, demain, nous donnera à manger”, explique ainsi Raiarii Crawford, ancien président du syndicat des apiculteurs, désormais en sommeil, mais fer de lance de la contestation.
    Ce dernier essayait pourtant de ne pas se montrer déçu de cette faible mobilisation en se rapportant à ses études de sociologie.
    “En Polynésie, nous sommes un mélange d’individualisme et de fatalisme. Aujourd’hui, il y a la cour à faire, maman à amener à la plage… Donc les gens doivent peut-être avoir une prise de conscience et une maturité démocratique à acquérir, mais je suis sûr que ce que l’on fait aujourd’hui portera ses fruits. Quand Laird Hamilton a pris la première vague à Teahupo’o en 2000, il était seul sur le spot. Aujourd’hui, on se dispute pour prendre les vagues, c’est comme cela lorsque l’on ouvre la voie.”
    Venu spécialement pour l’occasion de Raiatea où il a laissé ses soixantes ruches, Olivier Thomas ne cachait pas son indignation sur le manque de solidarité de son secteur.

    Le ton pourrait monter
    “Il n’y a pas grand monde, c’est sûr, mais c’est aux professionnels de savoir s’ils ont envie de défendre leur steak ou pas. Les importations nous préoccupent vraiment à cause des maladies, cela risque, à terme, de nous amener autre chose que la loque.”
    Les raisons sanitaires sont bien la principale inquiétude des apiculteurs.
    “C’est la porte ouverte aux maladies, ce n’est pas pour rien que deux experts reconnus mondialement dans le domaine de l’apiculture nous ont préconisé de fermer les frontières aux importations des produits issus de la ruche. Il ne faut pas sortir de polytechnique pour comprendre cela”, tempête un apiculteur de Faa’a.
    L’ancien ministre Temauri Foster, qui, lui aussi, s’est mis à l’apiculture à Hao, craint également cette concurrence dans un secteur encore très jeune.
    “Le ministre a pris une décision un peu trop hative. On a poussé les gens à investir dans ce secteur d’activité qui s’annonçait prometteur pour un développement sûr. Les gens se sont lancés dans cet élevage parce qu’ils avaient la garantie que l’importation était interdite. Pour moi, cette mesure est un peu pour couper l’herbe sous les pieds de ceux qui se sont lancés dans ce secteur.”
    L’ancien ministre se dit “persuadé que c’est du miel de Chine trafiqué qui va nous arriver ici, donc il ne coûtera pas grand-chose, il concurrencera celui produit en Polynésie”. “Moi, je vends mon kilo de miel à 2 000 F, mais beaucoup de gens le revendent à 4 000 F. C’est là où le bât blesse et encore une fois, ce sont les producteurs qui sont pointés du doigt.”
    Et de faire part de sa proposition : “L’an prochain, le miel va augmenter en capacité. Pourquoi ne pas attendre jusque-là ? Par contre, pourquoi ne pas fixer un tarif en harmonie avec les apiculteurs et que tous les miels vendus au-delà soient interdits ?”
    Temauri Foster ne cache pas, en revanche, son désaccord avec la revendication première de Raiarii Crawford, à savoir la démission de Frédéric Rivetta.
    “Il est un danger pour l’agriculture en général, estime l’ancien président du syndicat des apiculteurs. Nous lui demandons de remettre son tablier et éventuellement de mettre ses talents au service de son île de Rurutu. Il a un bilan désastreux et en matière d’apiculture, il représente un danger pour la filière.”
    L’apiculteur demande ainsi à pouvoir être reçu par le président Fritch.
    “Mais nous ne voulons plus discuter avec Rivetta parce qu’il nous méprise.”
    Si le président n’accédait pas à cette demande et maintenait le ministre dans ses fonctions, le ton pourrait monter.
    “Nous avons été ‘softs’, n’avons pas encore ramené les abeilles, c’est la prochaine étape”.
    Un autre apiculteur se montrait plus radical. “Si je vois du miel étranger dans une grande surface, j’y lâcherais un essaim”, expliquant par ailleurs qu’au-delà de la demande des consommateurs, “c’est surtout la pression de la grande distribution attirée par les belles marges possibles sur un produit très demandé, mais peu disponible, qui a fait plier le ministre”. K
    F.C.

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