Le Nobel d’économie attribué à un Français

    lundi 13 octobre 2014

    La pensée économique de Jean Tirole, l’économiste Français qui a remporté lundi le prix Nobel d’économie, dépasse les clivages idéologiques encore très vivaces dans son pays pour se tourner vers la résolution pratique des problèmes politiques.
    Le fondateur de « l’école de Toulouse », du nom de la ville où cet universitaire de 61 ans enseigne dans le sud-ouest de la France, ne rentre pas vraiment dans une case si l’on s’en tient à la dichotomie libéraux/étatistes. 
    Le dirigeant de la Toulouse school of Economics (TSE) a résisté à la tradition intellectuelle bien française de participer au débat public voire médiatique.
    À l’heure où l’Europe en crise débat des « réformes structurelles », le travail de ce pur produit des grandes écoles françaises (Polytechnique, Ponts et Chaussées…), part toujours d’une démarche scientifique, plus particulièrement mathématique.
    « Je pense qu’un économiste doit être quelqu’un de tout à fait indépendant. Notre rôle est de proposer des idées et des réformes, dont on espère qu’elles seront adoptées par la suite, mais ça prend du temps », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Toulouse.
    « Tous les économistes sont d’accord pour dire qu’il faut qu’on arrive à faire vivre un État plus moderne et faire des réformes tout en gardant une protection sociale élevée », a-t-il ajouté. Une telle déclaration peut passer pour extrêmement consensuelle pour le débat politique français, voire comme un résumé des objectifs de l’actuel gouvernement socialiste.
     

    Taxe sur les licenciements

    La principale sortie publique de Jean Tirole remonte à 2003. En pleine vague de plans sociaux spectaculaires dans les entreprises françaises (Air Lib, Alcatel, LU, Metaleurop, etc.), il avait fait des propositions pour améliorer le marché du travail, avec un économiste classé au centre gauche, Olivier Blanchard, aujourd’hui chef économiste au Fonds monétaire international.
    Les deux hommes voulaient d’un côté imposer une taxe aux employeurs qui licencieraient, et d’un autre côté diminuer les possibilités de contestation des licenciements devant la Justice et faire converger les types de contrats de travail, gommant la traditionnelle dichotomie existant en France entre les contrats provisoires (CDD) et l’emploi à durée indéfinie (CDI).
    Les deux auteurs, qui parlaient de « pistes non conventionnelles, du moins dans le contexte français », n’avaient pas été entendus, y compris par le gouvernement de droite de l’époque. Depuis, Jean Tirole est resté discret, et son lectorat restait cantonné au monde universitaire.
    Mais le professeur français, invité du célèbre Massachussets institut of technology (MIT), garde ses convictions sur ce sujet de la lutte contre le chômage. « Le marché de l’emploi français est assez catastrophique (…) Je pense qu’il va falloir changer les choses si on veut donner un avenir à nos enfants », a-t-il dit lundi. La France compte 3,4 millions de chômeurs, malgré une réforme du marché du travail en 2013.
     

    Réguler, un impératif d’efficacité

     
    Son principal champ de recherche applicable pour les décideurs politiques porte sur ce que lui-même appelle « l’économie industrielle ».
    Pour l’économiste, la régulation des télécoms ou des banques par la puissance publique ne représente pas un choix idéologique, ni une preuve du génie de l’État centralisateur à la française, mais un impératif d’efficacité du capitalisme.
    Sa recherche a accompagné la libéralisation de pans entiers de l’économie et de la finance européennes, qui posait des questions nouvelles après l’abandon de monopoles historiques, l’apparition de nouveaux produits financiers et de comportements de prédateurs des biens communs. 
    Ses travaux suggèrent aussi bien des pistes pour protéger les consommateurs que pour stimuler l’innovation.
    Le jury du Nobel d’économie, peu suspect de sympathies pro-françaises, a salué son « respect pour les particularités des différents marchés et l’usage avisé de méthodes analytiques nouvelles dans les sciences économiques ».
    « En tant que régulateur c’est impossible de tout savoir. Par exemple, si une municipalité veut choisir une compagnie d’eau pour la ville, il faut concevoir un contrat qui soit acceptable pour la compagnie la plus efficace et pas pour celles qui ne le sont pas », a expliqué à l’AFP Chloé Le Coq, une Française chercheuse en politique de la concurrence à la Stockholm School of Economics.

    AFP

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