Le Pays adhère à l’Agence France locale

    mercredi 13 avril 2016

     La Polynésie va devenir actionnaire de la nouvelle banque publique des collectivités locales françaises.  Elle bénéficiera ainsi
    de facilités de crédit à des taux préférentiels. Les communes pourraient elles aussi adhérer à l’Agence France locale.

    Le président Édouard Fritch et le vice-président Nuihau Laurey ont signé, hier, un protocole d’adhésion au groupe Agence France locale, un établissement public de crédit créé et détenu par les collectivités locales françaises, qui offre à ses actionnaires des prêts à des taux avantageux pour financer leurs investissements, grâce à sa propre note “Aa3” délivrée par Moody’s.
    Les collectivités qui n’ont “pas toujours été bien traitées par le secteur bancaire” peuvent ainsi mutualiser leurs emprunts sur le marché obligataire mondial.

    La Polynésie française deviendra actionnaire de cette banque et pourra bénéficier de prêts long terme à taux fixe ou taux variable – entre 1,2 % et 2,2 %, alors que le secteur bancaire classique offre des taux qui oscillent entre 2,6 % et 4 %. L’Agence France locale propose également des lignes de trésorerie et des prêts long terme avec mobilisation progressive.
    Yves Millardet, président du directoire, a souligné le sérieux de l’agence : être actionnaire ne signifie pas que le Pays a “droit” à un crédit.

    L’établissement s’appuie sur un système de notation et vérifie la solvabilité financière des candidats au crédit.
    Les comptes de la Polynésie ont donc été étudiés avant que le territoire ne soit déclaré éligible par l’agence. Yves Millardet déclarait lors de la signature que la situation financière du Pays est “bien stabilisée”, lui permettant ainsi d’être la première collectivité du Pacifique à intégrer l’agence.

    Un ticket d’entrée à 720 millions

    C’est l’aboutissement d’un processus démarré il y a plus de deux ans, a expliqué Nuihau Laurey.
    Après l’Agence française de développement, la Caisse des dépôts et consignations et la Société de financement local chargée de résorber les prêts toxiques, c’est un guichet public de plus qui s’ouvre pour la Polynésie française.
    Nuihau Laurey n’a pas caché sa satisfaction : “Il y a trois ans, on n’arrivait pas à avoir rendez-vous avec les banquiers. Aujourd’hui, on rentre au capital d’une banque.”

    Le ticket d’entrée est fixé à 0,8 % de la dette du Pays, soit 720 millions de francs. Cette somme, provenant du fonds d’investissement et de garantie de la dette (FIGD) créé en 2013, sera allouée lors du prochain collectif budgétaire.
    Le fenua n’est pas une terre inconnue pour Yves Millardet : il avait travaillé en 2000 à la première notation Standard & Poor’s et il a également aidé au lancement des deux emprunts obligataires du Pays.

    Dans l’état actuel du projet, le gouvernement estime qu’il pourra emprunter entre 1,5 et 2 milliards de francs via l’Agence France locale. Ouverte à tous les types de collectivités publiques, l’Agence France locale pourrait éventuellement accueillir dans son actionnariat des communes polynésiennes, qui bénéficieraient ainsi de la même offre de produits, indique la présidence.

    C.P.

    Le groupe

    Créé fin 2013, le groupe Agence France locale est un établissement de crédit spécialisé dont les collectivités locales – communes, groupements d’agglomérations, départements ou régions – détiennent le capital.  L’idée en revient aux directions financières des collectivités locales françaises fondatrice de l’agence, notamment après l’effondrement de la banque Dexia dans le scandale des prêts toxiques.

    Son objectif est triple :
    – résoudre structurellement les chocs de liquidités auxquels peuvent être confrontées les collectivités territoriales ;
    – aider les collectivités ne disposant pas d’accès aux marchés financiers à se doter d’un outil de financement ad hoc ;
    – faire progresser la décentralisation en France avec un projet porté intégralement par les collectivités.

    L’Agence France locale vise un objectif à terme de 25 % des besoins de financement des collectivités locales françaises.
    Depuis l’obtention de l’agrément de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution en janvier 2015, elle lève des financements sur le marché obligataire et les redistribue à ses membres sous forme de prêts bancaires pour le financement de leurs investissements.
    Plusieurs fois par an, des augmentations de capital sont organisées afin d’accueillir de nouvelles collectivités. L’Agence France locale a lancé sa première émission obligataire en mars 2015, levant 750 millions d’euros (89,5 milliards de francs) au taux de 0,42 % sur sept ans.

    La souscription a été un succès auprès des 65 investisseurs, dont seuls 22 % sont français. Elle a octroyé les premiers prêts à ses membres à partir d’avril 2015.​ En 2016, l’Agence France locale prévoit de lever un milliard d’euros (120 milliards de francs) et d’en prêter environ 700 millions.

    Le modèle d’une agence de financement rassemblant les collectivités locales désireuses de mutualiser leurs emprunts sur le marché obligataire a d’ores et déjà fait ses preuves : le Danemark, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni ont récemment créé leurs propres agences publiques de financement des collectivités locales.

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