Le Pays veut plus que doubler la production de la pêche hauturière

    mardi 26 avril 2016

    Le ministre en charge de l’Économie bleue, Teva Rohfritsch, a présenté, hier, aux différents acteurs concernés par la pêche hauturière,
    les termes de référence qui définiront le cahier des charges en vue d’une grande consultation internationale chargée de finaliser la stratégie de la filière sur les dix prochaines années. Après un travail de consultation avec les professionnels, les grandes orientations
    ont été dévoilées pour valider les différentes actions envisagées : renouvellement de la flotte, développement de nouvelles techniques de pêches ou de commercialisation. D’ici le mois d’octobre, le Pays sera ainsi fixé sur le schéma directeur, c’est ce qu’ambitionne Teva Rohfritsch.

    Selon vous, la pêche, est-ce un secteur d’avenir avec des débouchés autres que le marché local ?
    Je ne vais pas faire le procès de l’histoire. Nous savons tous qu’il y a eu des épisodes malheureux avec, dans les années, des choix stratégiques aujourd’hui contestables sur les bateaux chinois qui n’ont pas forcément bien fonctionnés.
    En même temps, il y a eu une professionnalisation des acteurs du secteur avec, aujourd’hui, une série d’entreprises qui s’attaquent au marché à l’export de manière professionnelle.
    Avant, nous exportions ce qui n’était pas vendu localement. Aujourd’hui, il y a une vraie filière export qui se développe.
    Nous souhaitons l’accompagner au niveau commercial avec la création de marques et labels à l’international, mais il nous faut bien redéfinir sur les dix années qui viennent notre stratégie en terme de flottille, donc le nombre et la taille des navires, les techniques de pêche qui seront développées, les équipements à terre aussi, car ils sont un peu vétustes.
    Nous souhaitons également obtenir le label MSC de pêche durable qui nous ouvrira des marchés en Europe.

    Vous avez donc présenté plusieurs scénarios et sont-ce les acteurs de la filière qui ont choisi ?
    Nous avons développé tous les scénarios qui ont été identifiés avec eux, par le biais du ministère ou avec l’expert qui est venu au mois de février.
    Nous avons fait une synthèse de tout cela pour que tout le monde soit bien d’accord sur le champ qui va être présenté aux experts de l’AFD.
    Maintenant, nous attendons de ces derniers, c’est qu’ils puissent venir les valider si c’est économiquement viable, en fonction des volumes, de l’état de la ressource, des techniques de pêche, des choix de préservation de l’environnement que nous faisons en Polynésie.
    Il y a quatre scénarios identifiés, peut-être que les experts nous en proposerons un cinquième qui sera un mix des quatre.

    Quel est le tonnage aujourd’hui et jusqu’où pourrions-nous aller ?
    Il n’y a pas de quota dans le Pacifique, mais une évaluation dit que nous pouvons aller jusqu’à 13 000 ou 15 000 tonnes de prélèvement sur notre ressource.
    Il faut savoir qu’elle n’est pas sédentaire et que nous sommes traversés par des migrations de poissons, ce qui relativise d’ailleurs toute démarche de sanctuarisation, car il y a, tout autour de notre zone économique exclusive, des filets des senneurs qui attendent que le poisson sorte de chez nous.
    Nous pêchons aujourd’hui 6 000 tonnes, mais ce chiffre est le même depuis 20 ans. Nous pourrions doubler cette capacité, et le choix politique qui est fait est de le faire non pas en accueillant des flottilles étrangères mais en doublant l’effort de pêche polynésien, par des Polynésiens.
    Le changement principal qu’il faut retenir, c’est que le Pays ne veut plus faire à la place des professionnels.
    Les scénarios ont été étudiés avec les professionnels et ce sont leurs propositions. Maintenant, nous allons voir comment le Pays peut les accompagner et nous voulons voir avec des experts internationaux si les scénarios sont économiquement viables avant de se lancer dans des grandes opérations de construction navale.

    Faut-il s’attendre à une révolution de la filière avec le prochain schéma directeur ?
    Bien souvent, ce sont les médias qui déterminent si c’est une révolution ou pas, et non le politique. Je voudrais que ce soit du progrès, que l’on puisse créer de l’emploi et développer cette activité de pêche.
    Notre objectif, c’est de pouvoir atteindre au moins cette limite des 13 000 ou 15 000 tonnes avec des pêcheries polynésiennes. Si ce doublement des capacités est une révolution, oui, c’est ce que le ministère souhaite obtenir, encore une fois, avec nos Polynésiens.
    Il faut voir tous les aspects décrits dans cette stratégie, il y a l’aspect pêche avec les navires et les techniques, mais aussi tous les emplois à terre que l’on souhaite pouvoir développer.
    Un des scénarios présentés est de pousser sur la transformation locale des produits. Pourquoi ne pas aller jusqu’à la fabrication de steaks ?
    Aujourd’hui, nous faisons des longes mais aller jusqu’à la fabrication de steaks localement avec l’accompagnement, mais il faut faire en sorte de créer aussi des emplois à terre.
    C’est, je crois, ce qu’il a manqué ces dernières années, on ne s’est préoccupé que de l’aspect pêcherie, mais on a peu développé l’aspect valeur ajoutée en Polynésie.

    Propos recueillis par Florent Collet

        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete