Le réseau d’eau privé du Pic Rouge entre au patrimoine de la ville

vendredi 21 août 2015

La ville a racheté, en juin, le réseau d’eau potable privé Vaitia. Long de 8 km et comprenant quatre réservoirs et trois stations de pompage, il dessert Urumaru, la colline du Pic Rouge, et plusieurs habitations et résidences. Cet achat permettra jusqu’à 50 % d’économie dans les foyers.

L’histoire remonte au début du siècle dernier. Il était une fois un homme, né en 1912, qui avait appris les rudiments de la pêche, de la chasse et de l’agriculture aux côtés de son père. Une trentaine d’années plus tard, il hérita de la vallée de Tipaerui, acquise par son grand-père, qui ne comptait alors que des chèvres. Chevauchant son bulldozer, il y créa des terrains agricoles, des projets immobiliers, puis apporta l’eau et l’électricité dans les hauteurs… Bref, “Monsieur Germain Levy était un pionnier”, a déclaré hier Michel Buillard, le maire de Papeete.
Une page de son histoire s’est refermée le 25 juin, lorsque le conseil municipal a autorisé la ville à racheter à sa veuve, Marcelline Levy, son réseau d’eau potable privé Vaitia, long de 8 km et comprenant quatre réservoirs et trois stations de pompage qu’il avait construits au Pic Rouge dans les années 1980. Hier, sur la plateforme du réservoir n°3, la famille Levy, le maire de Papeete et le directeur général de la Polynésienne des eaux, étaient réunis pour célébrer le démarrage de cette nouvelle aventure. Dès à présent, six kilomètres du réseau d’eau Vaitia, desservant Urumaru, la colline du Pic Rouge, la résidence Ra’i, l’immeuble Te Aro, et plusieurs habitations individuelles, ont été intégrés au patrimoine du service public de l’eau de Papeete, géré par la Polynésienne des eaux. Deux kilomètres supplémentaires, desservant les hauteurs de Tipaerui jusqu’à la résidence Mamaia du Pic Vert (qui restera sous gestion privée), y seront transférés en 2016.
“Un aboutissement”, pour Manola Levy, la fille de Germain, qui y voit “la concrétisation de la volonté de [son] père”. Mais aussi un “soulagement” pour la famille, qui avait bien du mal à entretenir le réseau privé depuis le décès du patriarche.
“Nous n’avions pas les reins assez solides pour traquer les fuites et poursuivre les mauvais payeurs, a expliqué hier Manola Levy, qui se bat toujours pour récupérer 90 millions de francs devant les tribunaux. Les problèmes de trésorerie nous avaient mis dans une situation critique, à la limite de la cessation de paiement. Il est probable que, sans ce rachat, personne n’aurait eu d’eau l’année prochaine…”

Jusqu’à 50 % d’économie pour les foyers

Laurent Pasquelins, chargé de mission à la direction générale des services, parlait donc hier d’un “accord gagnant-gagnant-gagnant”. Pour la famille Levy, mais aussi pour Papeete, qui souhaite développer les hauteurs de la ville, et qui prend ainsi la main sur la distribution d’eau potable aux habitations comprises entre Urumaru et le Pic Vert, jusqu’à 446 mètres d’altitude.
D’ici à la fin du transfert en 2016, “plus de 300 foyers seront concernés”, s’est félicité Michel Buillard, satisfait du “traitement équitable” désormais réservé aux familles des hauteurs et de la plaine. Car les habitants sont les troisièmes grands vainqueurs de cette opération : ils ont désormais la garantie d’être desservis 24h/24 en eau à la potabilité assurée, et à des prix nettement inférieurs qu’auparavant. “Le prix au mètre cube restera légèrement supérieur au Pic Rouge que dans la plaine, car nous n’avons pas voulu répercuter les choix de vie des habitants des hauteurs sur les autres usagers”, expliquait hier Laurent Pasquelins, évoquant les coûts de remontée de l’eau potable.
Mais la commune, contrairement à la petite entreprise familiale, a les épaules nécessaires pour investir 20 millions de francs l’année prochaine dans l’optimisation du réseau, ce qui génèrera en bout de course jusqu’à 50 % d’économie pour les foyers.
Selon une estimation réalisée chez un particulier à la colline du Pic Rouge, qui consomme 250 m3 d’eau par an, sa facture passera bientôt de 99 500 francs à 50 490 francs. “C’est l’aboutissement de la vision de toute une vie”, disait hier Manola Levy, fière de voir la collectivité bénéficier, au meilleur prix, du travail visionnaire de son père.

Marie Guitton

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