Le Tahiti d’antan de Jean-Claude Bosmel à la galerie Winkler – Le fenua en noir et blanc

    mercredi 13 janvier 2016

    “Je vous parle d’un temps, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.” Non, bien évidemment, il ne s’agit pas de La bohème du grand Charles Aznavour, mais ces quelques paroles siéent à merveille à Jean-Claude Bosmel et son “Tahiti d’antan”. Ce photographe bien connu à Tahiti, qui fêtera ses 80 ans en octobre, expose une petite trentaine de ses clichés de Tahiti et des îles des années 1960-1970, à la galerie Winkler jusqu’à la fin du mois de janvier.
    Premier des nombreux nostalgiques qui peuplent ce pays, Jean-Claude Bosmel se souvient. “Ce sont surtout des souvenirs, des endroits qui me plaisaient beaucoup où j’allais souvent”, confie cet homme, arrivé en 1964 après un long voyage sur le Tahitien. Presque logiquement, ses clichés sont exclusivement en noir et blanc, donnant ainsi à ces îles une nostalgie supplémentaire. Ah, ces plaques d’immatriculation se terminant par B, ces vélos omniprésents sur des routes non pas bitumées, mais sablonnées, ces baraques en bois au lieu de ces immeubles en béton. Et le Quinn’s évidemment. “J’y allais de temps en temps, mais il ne fallait pas y rester trop longtemps. Au bout d’un moment, les bouteilles volaient”, se souvient Jean-Claude Bosmel.
    “J’ai fait un tri parmi mes 4 000 à 5 000 clichés récemment et je les ai proposés à la galerie qui était très intéressée d’exposer ce Tahiti d’autrefois”, explique le photographe aujourd’hui à la retraite et qui n’a jamais travaillé au numérique, mais uniquement à l’argentique. Longtemps d’ailleurs, il a développé ses photos dans son petit labo artisanal à Mataiea.
    “Ce Tahiti était merveilleux, tout comme les gens, on se connaissait tous, à l’époque. C’était magnifique”, se souvient celui qui a consacré de nombreuses années à la photographie, sur tous les archipels hormis les Gambier. “J’aime vivre à Mataiea, on retrouve ce Tahiti d’autrefois. On passe son temps à s’embrasser quand on va au magasin. Papeete d’hier, c’est un peu le Mataiea d’aujourd’hui”, résume Jean-Claude Bosmel, qui ne vient que deux fois l’an à Papeete, pour des examens oculaires. “Pour l’instant, cette “civilisation” reste sur le grand-Papeete, mais la violence via la télévision et Internet risque de se propager partout”, redoute l’ancien photographe.
    Les instances du Pays font régulièrement appel à lui pour retracer des structures de l’époque ou encore conserver comme patrimoine culturel l’ensemble de son œuvre. Pour le moment, tous ses clichés sont conservés, chez lui, dans des contenants étanches, “en cas de cyclone”. “On en a déjà eu et j’ai beaucoup perdu, des films aussi”, se souvient Jean-Claude Bosmel. “On est prêt à tout déménager en cas de cyclone”, promet-il, même s’il n’a pas encore songé à transmettre ce patrimoine, pour le moment, aux archives du
    Pays.
    “Aujourd’hui, les différences sont énormes, je le ressens bien autour de moi, les gens sont nostalgiques de ce Tahiti d’autrefois”. Et dans les années 1960, était-on nostalgique du Tahiti des années 1930, par exemple ? “Pas du tout, on ne se rendait pas compte du changement, on vivait pleinement au temps présent. Cette nostalgie est bien plus récente, mais de plus en plus forte, à mon avis”. Charles Aznavour avait raison, Francis Cabrel aussi, “c’était mieux avant”.

    Christophe Cozette

    Zoom sur Jean-Claude Bosmel, photographies à la galerie Winkler jusqu’au 30 janvier. Entrée libre.

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