Le tatau au top

    mardi 5 avril 2016

    La cinquième édition du Polynesia Tatau a fermé ses portes, dimanche dernier. Avec 150 tatouages et 6 000 visiteurs, le bilan est plus que positif pour les tatoueurs- organisateurs.  Prochain objectif : la formation “ d’ambassadeurs” du tatau.
    Plus de 6 000 visiteurs, dont plus de 1 000, jeudi dernier, pour le ‘umu ti (marche sur le feu) de Raymond Graffe, près de 150 tatouages effectués dont de très nombreuses grandes pièces en trois jours – “Cela n’a pas arrêté de tourner, pour tout le monde”, a précisé Aroma Salmon, co-organisateur –, la cinquième édition de la convention du tatouage Polynesia Tatau a tenu toutes ses promesses, durant trois jours plus une nuit, dans la superbe enceinte des jardins du Musée de Tahiti et ses îles.
    Hier matin, sur les lieux de tant de souffrances mais aussi tant de beauté, l’heure était au bilan avec deux des architectes de cet événement, Aroma Salmon et Thierry Pirato, respectivement co-organisateur et président de l’association des tatoueurs du fenua.
    “Nous sommes super satisfaits. Cela s’est super bien passé, avec de la chaleur humaine. C’était fort”, a confié Aroma Salmon, hier, en plein démontage des stands.
    Depuis Raiatea en 2000, l’aspect culturel lié au tatouage avait quelque peu abandonné cette convention.
    Cette année, avec la marche sur le feu, le retour des “anciens” comme Raymond Graffe et Roonui, fortement impliqués dans l’organisation, le mana a fait un grand retour en force, nécessaire car incontournable.
    Pour les organisateurs, ce retour était important, ce que ne manque pas d’expliquer Aroma Salmon – la quarantaine mais déjà 25 ans de métier –, qui aura aussi le plaisir de faire la première partie de Johnny Hallyday, en mai, avec son groupe Tikahiri.

    Des reportages internationaux à venir

    “Nous sommes entre deux chaises, c’est l’âge qui l’impose. On tire la nouvelle génération et on rattrape les anciens pour ne faire qu’un, pour renouer le lien.
    C’est à nous de jouer ce rôle, les anciens avancent de leur côté, ils ne savent pas trop ce qu’il se passe. La jeunesse, quant à elle, a besoin d’un cadre, elle arrive très vite”, explique le tatoueur, qui avait fait la couverture de Tatouage Magazine en 2015 avec son frère Mano, à l’issue de la convention.
    Le magazine, mais aussi le très réputé Tattoo Life, étaient présents, cette année. De splendides reportages sur cette convention “du bout du monde” – mais au cœur du tatau – ne devraient pas tarder à fleurir, mettant en valeur cette jeune génération, qui laisse admirative l’ancienne, qui a démarré au clou, à la savate brûlée puis au rasoir.
    C’est une autre époque, “la différence est flagrante entre les jeunes et nous. Mais cela apporte de la qualité à l’art, de travailler avec de bonnes machines, dès le départ”, reconnaît l’artiste de la peau, qui pique, depuis des lustres, célébrités – Aroma a confié avoir préparé un tatouage pour le rocker, au cas où – comme anonymes.
    Et que de chemin parcouru, depuis le festival Tatau i Taputapuatea en 2000 à Raiatea, auquel les deux acolytes ont participé, jeunes tatoueurs à l’époque mais déjà avec pignon sur rue. “On a commencé à évoluer en l’an 2000”, reconnaît Aroma. “C’est là que l’ensemble des tatoueurs ont pris conscience du travail fait à l’étranger ainsi que de la technique. L’artistique, on l’a déjà, on naît avec, nous, Polynésiens. Aujourd’hui, avec de bonnes machines et une technique maîtrisée, on peut voyager partout dans le monde avec notre art.”
    Et avec l’objectif que s’est fixé l’association (lire ci-dessous), la planète tatau n’a pas fini de conquérir le monde.

    Christophe Cozette

    Et après ?

    Aroma Salmon reste prudent mais le cap est là, clair, net. “À terme, l’objectif de l’association et de son bureau actuel, c’est qu’il y ait des tattoo shops partout dans les capitales du monde. Nous pouvons y placer des ambassadeurs.”
    Paris, Londres, Sydney, Berlin, Wellington… Aroma Salmon les égraine presque toutes car il connaît la plupart des tatoueurs de ces pays, comme Frank Weber de Berlin, organisateur d’une des plus grandes conventions d’Europe, ou comme Tin-Tin, un autre “collègue”, grand manitou de la convention de Paris. “Nous pouvons être partout, avec une base de tatoueurs issus de l’association Tatau, qui pourrait peut-être devenir un GIE, afin de simplifier le fonctionnement administratif”, a expliqué le tatoueur, installé face à To’ata. Chaque tatoueur sortirait de l’école après trois ans de formation (qui doit être mise en place en 2017, au centre des métiers d’art, avec la collaboration des tatoueurs aux shops certifiés), en disposant d’un bagage historique, théorique et d’heures de pratique.
    “Nous pourrions faire intervenir des archéologues. Il pourrait être imposé de pratiquer au moins une langue polynésienne. De grands tatoueurs pourraient venir pour nous apprendre les ficelles de la machine de A à Z. La pratique du tatouage traditionnel pour garder le mana serait également enseignée”, tout autant de pistes, envisagées par l’association, à mettre en place pour “en faire des ambassadeurs qui soient costauds et de bonne composition”. Les heureux élus seraient ensuite “validés” par un conseil des sages, “pour l’artistique et le mana”. Une fois passés devant le conseil, ces ambassadeurs du tatau seront fin prêts, “sauront de quoi ils parlent et véhiculeront bien notre image et notre force”. “C’est un but, l’idée est belle, il nous faut la concrétiser. Nous souhaitons l’implication de tous”, désire Aroma Salmon.

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