Le temps des vendanges entre lagon et cocotiers

    vendredi 16 octobre 2015

    Vidéo aérienne du Domaine Dominique Auroy réalisée par Yann Moaligou.

    Deux fois par an environ, le domaine de Rangiroa, où naît le Vin de Tahiti, est en effervescence. C’est le temps des vendanges et durant un mois, une dizaine de travailleurs va récolter le fruit d’une vigne exceptionnelle. Découverte d’une passion et d’un savoir-faire qui s’enrichit au fil des années.

    Cela fait déjà deux semaines qu’à 6h30 le matin, les travailleurs se donnent rendez-vous à la marina de Avatoru, pour traverser le lagon et arriver jusqu’à la vigne. Arrivés dans le domaine Jacqueline et Nini, les gardiens des lieux, les accueillent avec le tracteur et la remorque où sont disposés les bacs à grappes. Au-delà des cocotiers, se trouve la grande terre couverte de vignes. Tous se rendent vers le carré à vendanger, femmes hommes munis de leurs sécateurs et de leurs seaux, s’attellent à la tâche dans la joie et la bonne humeur. Les plus belles grappes, brillant sous le soleil éclatant, sont coupées et les bacs, petit à petit, se remplissent. Parfois, Jacqueline taille les branches “pour ralentir la repousse et concentrer le travail du pied de vigne sur le mûrissement des beaux fruits.” Au fur et à mesure, la récolte est pesée. L’équipe atteindra très rapidement la tonne pour la matinée.

    La deuxième génération de vignerons

    Il y a 20 ans, les premiers essais de culture de la vigne en Polynésie ont été menés aux Marquises, aux Australes et à Moorea. Aujourd’hui aux Tuamotu, le domaine emploie la deuxième génération de vignerons polynésiens puisque parmi les salariés, Jacqueline et Nini Tuairau sont là depuis le début de l’aventure : depuis 1997. Ils gardent le domaine en habitant sur place avec leur famille. Parmi leurs trois enfants, leur fils Roo est maintenant employé pour les vendanges et la taille.
    Jacqueline la gardienne du Vin de Tahiti, commente le travail quotidien : “Là on fait deux tonnes encore aujourd’hui ; ensuite, c’est parti pour la cave afin de mettre les grappes dans le pressoir… ça fait une bonne journée !” Tous les bacs sont rassemblés sur la remorque, puis Jacqueline prend les commandes du tracteur pour ramener ses camarades et les fruits jusqu’à la plage. Ces derniers sont minutieusement rangés dans le bateau pour être ensuite ramenés jusqu’à la cave qui se trouve au village de Tepaetià (entre Avatoru et Ohotu). À la cave, c’est Nini et Nono qui chapotent le travail avec leurs copains, en prenant soin de passer les grappes dans une machine qui ne sélectionnera que les fruits. Puis, le tout est versé dans un pressoir. Le jus de raisin coule à flot. Sébastien Thépénier, l’œnologue de la vigne, et un travailleur se chargent de le goûter et de vérifier sa qualité.
    La production du jour est ensuite versée dans des grands fûts alignés dans une immense cave climatisée. Le patient travail des spécialistes pour élaborer le Vin de Tahiti a commencé. Pendant un mois, la dizaine de vendangeurs accomplira les mêmes gestes, puis les cultivateurs tailleront la vigne et vérifieront sa croissance jusqu’aux prochaines vendanges. En ce mois d’octobre 2015, c’est le quarantième cycle végétatif, c’est-à-dire le temps que la vigne met à pousser et produire du raisin, et la 37e récolte. Cela représente quarante ans années, soit l’équivalent de quarante récoltes et ces vignes, qui sont en pleine forme, pourront encore vivre longtemps, soit la même durée qu’un pied de vigne en Europe.
    Prenant pour exemple ce formidable défi, d’autres îles dans le monde sont en train de réfléchir à produire la vigne, qui fait partie de la culture humaine à travers le monde depuis la nuit des temps.

    De notre correspondante Lydie Vallet

     

    En chiffres

    Pour un domaine de six hectares, il y a cinq salariés à temps plein en CDI, et pendant les vendanges, 6 autres personnes sont embauchées, soit le triple de la métropole, où le travail est plus mécanisé. Pendant cette période, le raisin est récolté jusqu’à trois fois de suite avec deux à trois semaines d’intervalles sur le même pied de vigne parce que les fruits n’arrivent pas tous à maturité en même temps. Les grappes sont également récoltées à différents stades de maturité suivant le type de vin à produire. Pour vendanger les six hectares, ce qui représente à peu près 20 à 22 tonnes de raisin, il faut un mois.
    Le vignoble du Vin de Tahiti, situé à Rangiroa, représente, en 2015, 6 hectares de vignes plantées avec une production globale de 35 000 bouteilles de vin par an. Le domaine produit quatre types de vins : le blanc de corail, le Clos du récif, le blanc moelleux et le rosé nacarat, à partir de trois cépages qui sont le Carignan, l’Italia et le Muscat de Hambourg.

    Aux petits soins pour les ceps

    Ici tout le travail est manuel, ce qui permet de bien entretenir la vigne, de ne pas la fragiliser et de ne pas l’abîmer.
    La texture et la structure du sol, actuellement riche en oligo-éléments propices au développement des pieds de vigne, se sont naturellement enrichies et améliorées au fil du temps : l’herbe plantée entre les rangées est tondue tous les 15 jours, offrant ainsi des restitutions organiques propices à la vie microbiologique dans le sol ; les sarments issus de la taille des vignes sont compostés, puis répandus pour enrichir les sols et pour maintenir une bonne structure. D’autres types d’herbes présentes localement, comme “l’arachis pintoï” qui est une légumineuse, ont également été plantées car elles captent l’azote de l’atmosphère, pour ensuite le restituer dans le sol et nourrir ainsi la vigne. L’exploitation utilise également comme fertilisants des engrais organiques bio, qui favorisent le développement de la vie dans le sol, permettant ainsi d’avoir un apport en azote plus régulier et plus long.

    Une aventure visionnaire

    Le domaine est cultivé en agriculture raisonnée depuis 1999, et à ce titre, a développé un certain nombre de spécificités. Car cultiver la vigne dans un lieu aussi atypique qu’un atoll, cela ne s’improvise pas. Cela a commencé par l’installation de puits solaires qui sont répartis sur plusieurs kilomètres autour du vignoble et qui permettent d’avoir une réserve d’eau en cas de sécheresse. Ensuite, entre 1999 et 2008, plus de 100 variétés différentes de raisins ont été testées pour trouver les plantes les plus adaptées au sol et au climat de Rangiroa. Des essais de plantation ont été également réalisés sur différentes parcelles du domaine car l’atoll possède une variété de terroirs et de sols très importante. Le domaine s’est étendu jusqu’à 15 hectares à l’époque où y avait le plus de vignes plantées. Année après année, la culture a été abandonnée sur certaines parcelles pour se concentrer uniquement sur les zones les plus propices au développement de la vigne.
    Le travail de sélection des bons cépages et de décryptage des bons terroirs a été long – dix ans – mais il a permis d’obtenir des plantes plus résistantes aux insectes, qui ont une bonne vigueur et qui se développent bien sans eau. Toutes ces expérimentations ont nécessité un investissement financier important, mais ont permis d’élaborer un système de culture qui s’est amélioré au fil des ans. Aujourd’hui, c’est surtout une expertise unique dans la connaissance des terroirs d’un atoll.
    Les vignes de Rangiroa sont par exemple, exemptes de deux maladies présentes en Europe qui détruisent le bois des ceps. Cette résistance intéresse les professionnels d’autres pays et plusieurs chercheurs viennent étudier le potentiel génétique de la vigne de Rangiroa. Les dernières parcelles qui ont été plantées sont les plus belles : elles sont bien acclimatées à l’environnement propre à l’atoll et peuvent intéresser d’autres vignerons, afin de replanter certains domaines des zones plus tempérées, qui pourraient subir les aléas du réchauffement climatique.

     

    Jacqueline Tuairau Gardienne du Vin de Tahiti : “Ici c’est mieux : tu n’entends que le vent les oiseaux et la mer”

    “J’avais 18 ans quand je suis arrivée ici la première année, j’ai suivi mon mari Nini qui était déjà employé sur la vigne. Je l’aidais, je faisais le travail avec lui puisqu’on habitait là. Avant, je ne connaissais vraiment rien à la vigne. Je savais seulement la planter et qu’elle avait besoin de beaucoup d’entretien. Je me suis aussi formée avec le premier œnologue qui était là, Bruno. Il m’expliquait par exemple comment il fallait entretenir les pieds de vigne, la vendange, ensuite la taille et puis tout ce qu’il faut savoir sur la vigne. J’ai vécu ici avec mon mari et nos enfants, on faisait des allers-retours au village, on était donc gardiens du domaine. Je suis la seule survivante : avant il y avait d’autres femmes mais il fallait s’occuper des enfants et ce n’était pas facile pour les familles. La chance que j’ai eue, c’était d’avoir mon mari qui était là aussi ; en plus y a les taties aussi à côté qui aident un peu la maman (rires). Voilà, c’était à tour de rôle avec la tatie que je remercie beaucoup. Quand les enfants allaient à l’école, je restais la semaine au village et pendant les vacances scolaires, je revenais à la vigne. Une fois que tu as fini ton travail, tu t’occupes de ta petite famille donc ça va. En plus ici c’est mieux, tu n’entends que les oiseaux, le vent, la mer. Je vois les raisins, je fais des tours dans la vigne… Le moelleux est mon vin préféré.
    Nous avons trois enfants, nous sommes arrivés ici avec notre fils Roo, qui travaille maintenant aussi avec nous. Il a dix-huit ans, l’âge que sa maman a passé dans la vigne. Roo a pris la relève, là je lui apprends mon métier et ça lui plaît. Actuellement il est en formation afin de passer le permis bateau. C’est très important car ça sert pour le transport des travailleurs et des bacs.
    Je souhaite un grand faaitoito à tous les travailleurs et j’insiste pour que les jeunes de l’atoll viennent faire les vendanges car c’est une chance de pouvoir voir ce que c’est que de travailler à la vigne sans devoir partir en France.”

     

    Genot Remy 2015-10-20 01:30:00
    J'ai eu le plaisir de déguster ce vin au salon gourmand de Mâcon. Un régal. J'en ai encore quelques-unes dans ma cave. Un air des Tropiques.
    MOOREA56 2015-10-17 04:50:00
    J'avais goûté la première récolte il y a quelques années dans un restaurant de Moorea , et je dois avouer que j'avais penser à une "piquette", aujourd'hui le travail accompli à du récolter les fruits du travail. Bravo et continuer.
    Frédéric VI 2015-10-16 21:28:00
    Belle aventure
    Quel est objectivement ses qualités gustatives ?
    Vielli t'il en tonneaux bois et combien de temps
    lebororo 2015-10-16 13:08:00
    Super bravo à tous ces gens... ♥
        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete