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Législatives – Le point avec Patrick Howell et Moetai Brotherson

mardi 13 juin 2017

Patrick Howell, du Tapura, espère moins d’abstention

patrick howell

Patrick Howell avec sa suppléante, Teura Tarahu-Atuahiva. (© archives LDT)

Sur le terrain, par monts et par vaux, Patrick Howell, le candidat du Tapura, aux élections législatives, dans la 3e circonscription,  enchaîne rencontres et meetings entre les deux tours.

En partance, dimanche dernier après-midi, pour Raiatea, à la rencontre de différentes familles de l’île Sacrée, il était déjà de retour hier matin.

C’est dans le hall de l’aéroport que le candidat arrivé en tête dans la 3e circonscription au premier tour, avec 33,4 % des suffrages exprimés, soit 9 193 voix, nous a accordé un entretien, avant le second tour des législatives.

Face à lui, outre Moetai Brotherson (30,11 %, 8 289 voix), son challenger du Tavini, Patrick Howell doit aussi se battre contre l’abstention. “Tout est possible, surtout à cause du taux d’abstention”, a-t-il dit, prudent. “Mais il s’agit d’une élection importante, il faut venir voter. Nous essayons, avec nos amis de Punaauia, de circuler dans les familles que l’on connaît déjà mais aussi dans celles qu’on ne connaît pas, pour leur donner envie d’aller voter.”

Et pour inciter les électeurs à se déplacer, Patrick Howell n’hésite pas à rappeler les fondamentaux.

“Nous avons la chance de pouvoir voter à partir du moment où on est majeur”, rappelle l’ancien ministre de la Santé.

“Il y a tant de pays où cela n’est pas possible, où le niveau de démocratie n’est pas le même. C’est une véritable chance et c’est pour cela que je demande à tous les autonomistes, de quelque bord qu’ils soient, de venir voter. Nous sommes en tête mais il convient que les vrais autonomistes se réveillent et viennent voter pour qu’on puisse concrétiser cette victoire. Si tout le monde s’y met, c’est parfaitement possible.”

 

“Campagne honnête”

 

Néanmoins, l’abstention reste différente de celle qu’a connue l’Hexagone dimanche dernier. “Elle était très forte au 1er tour, il est vrai. J’espère qu’au second, les abstentionnistes vont revenir sur la scène et ceux qui pensaient ne pas venir voter vont se remettre en question. Il y a eu tout de même beaucoup de débats télévisés pour intéresser la population. Concernant l’abstention en France, c’est un phénomène particulier du 1er tour. Je pense qu’au second tour, les gens vont revenir voter de façon à jouer leur rôle d’électeur.”

Quoi qu’il en soit, respect à son challenger qui a réussi à passer devant le candidat du Tahoera’a, dans cette 3e circonscription. “Moetai est un camarade politique comme tous les autres. Je n’ai aucune animosité contre lui, ni contre le Tavini”, estime Patrick Howell.

“Nous sommes tous arrivés à maturité au niveau du débat politique. Il s’agit de laisser la possibilité à l’électeur de voter en fonction de ses convictions. Je trouve que cette campagne a été tout à fait honnête, chacun s’est exprimé en essayant de respecter l’autre. Il y a évidemment des idées fortes qui sortent mais je pense que le point fort du Tapura sont les Accords de l’Élysée. Avec ces derniers, nous avons un plan pour développer le pays, ce qui n’est pas le cas pour les autres partis politiques.”

La députation – une première pour l’éventuel vainqueur – ne lui fait pas peur.

“Je n’ai pas d’appréhension, la mission du député est très claire au niveau des textes”, pense celui qui s’y prépare depuis plusieurs mois maintenant.

“Il est le représentant au niveau de la République française. Il doit assurer le lien entre les gouvernements de la Polynésie et de la République et il doit veiller également au lien avec le monde communal, de façon à ramener les réalités de la vie de tous les jours au sein de l’Assemblée nationale. Il doit se battre aussi pour les textes qui intéressent la Polynésie française, de façon à pouvoir améliorer la vie de tous les jours au fenua.”

Enfin, Patrick Howell souhaite que “l’ensemble de la population autonomiste partage ce rêve que nous avons fait, à savoir améliorer le quotidien de ceux qui sont dans le besoin, améliorer également l’économie de notre pays et, surtout, améliorer tout ce qui est sociosanitaire, de façon qu’il fasse bon vivre en Polynésie”. “Les trois représentants Tapura sont animés de cette envie de le faire mais pour cela, il convient qu’on soit élus à l’Assemblée nationale. C’est mon message à l’ensemble de la Polynésie.”

 

Christophe Cozette

 

 

Moetai Brotherson, seul candidat Tavini en lice

moetai brotherson

Moetai Brotherson, ici en campagne aux Raromatai, refuse le mélange des genres : “On voit certaines campagnes ‘trois-en-un’ où ils font les législatives, les territoriales et les municipales de 2020 ! J’essaie de bien expliquer quel est le périmètre d’action du député,
et pourquoi c’est important.” (© DR)

À quatre jours du second tour des élections législatives, Moetai Brotherson se prépare à l’affrontement final avec le candidat Tapura, Patrick Howell. Il se démarque à plus d’un titre.

D’abord parce qu’il est le seul indépendantiste encore en course, même s’il s’en est fallu de peu – il a obtenu 12,79 % des voix au premier tour.

Ensuite parce que derrière l’image d’“idéologue du Tavini” et d’adjoint au maire de Faa’a, il y a aussi un informaticien pointu, multilingue, ayant vécu à l’étranger et travaillé dans le secteur privé, à la culture politique étendue.

C’est d’ailleurs ce qui lui vaut le respect de ses adversaires, que ce soit Patrick Howell, qui dit publiquement la “sympathie” qu’il a pour lui, ou Vincent Dubois qui, éliminé au premier tour, avait mis le feu à la poudrière du Tahoera’a en appelant ses électeurs à voter Brotherson plutôt que Howell.

Enfin, c’est le candidat qui maîtrise le mieux les réseaux sociaux. En témoigne la série de vidéos courtes sur les différents points de son programme, qui mettent en scène de jeunes sympathisants connus du grand public.

Le thème de campagne qui suscite le plus d’intérêt, dit-il, “c’est celui de la probité en politique. C’est certainement un des sujets sur lesquels on est le mieux accueillis.”

Si le projet de loi du gouvernement Macron sur la moralisation de la vie politique est “un bon signe” et va plus loin que le Tavini, “par exemple sur les embauches familiales”, Moetai Brotherson estime que, “sur le sujet précis d’empêcher les corrompus de se présenter, il ne va pas assez loin, puisque nous, ce qu’on demande, c’est l’inéligibilité à vie”.

Interrogé hier, Moetai Brotherson égrène les sujets qui lui tiennent à cœur. D’abord la réforme du code général des collectivités territoriales (CGCT) : “La commune de Faa’a a été la seule à prévenir des dangers du CGCT. Imaginons la tête du maire de Takume quand il a reçu ce document : 967 pages conçues pour les grandes villes de métropole ! Il faut faire ce qu’ont fait les Calédoniens, refuser l’application du CGCT et moderniser le code des communes préexistant.”

Autre préoccupation, la reconnaissance des langues polynésiennes en tant que langues officielles : il veut “aller au-delà du symbole” que représenterait une modification du statut de 2004 et obtenir une modification de la Constitution, “pour créer une vraie dynamique de développement culturel, et également pour créer de l’emploi, car le jour où ces langues seront obligatoires dans la vie quotidienne des administrations et même des entreprises, ça va créer des postes d’interprètes, de traducteurs pour nos jeunes qui étudient ces langues à l’université et ne trouvent pas de débouchés.”

 

“Plutôt orientés vers  les partis de gauche”

 

Ce qui rejoint un autre des thèmes de campagne de Moetai Brotherson, la réflexion sur la protection de l’emploi local : “Pendant trop longtemps, le politique n’a pas assumé ses responsabilités par rapport à la formation des jeunes et l’adéquation des formations avec l’emploi.”

Si le scrutin de dimanche le porte à l’Assemblée nationale, le candidat Tavini ne se voit pas rallier le grand fourre-tout macroniste : “Cette majorité de La République en marche, c’est un objet trop flou. On sera plutôt orientés vers les partis de gauche qui vont réussir à tirer leur épingle du jeu. Un certain nombre de candidats étaient prêts à faire un groupe, mais ils ne sont pas tous passés au premier tour, donc on va attendre de voir le second tour pour en rediscuter.”

C’est notamment le cas de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, dont le “jacobinisme” affiché n’est pas en phase avec la volonté de décolonisation du Tavini. Ils ne sont pas non plus d’accord sur l’Europe.

En attendant, les réunions continuent et la pédagogie aussi : “Il faut arrêter cette démagogie de faire croire que les députés peuvent gérer n’importe quoi. J’explique à chaque fois quel est le rôle du député, que ce n’est pas la peine de venir me voir pour une canalisation qui fuit ou des déchets ménagers qui ne sont pas ramassés le mercredi, ça c’est le rôle du maire, ou le prix du pain, ça c’est le rôle du gouvernement. Et je me rends compte qu’il y a une culture – ou un manque de culture, je ne sais pas – qui date de tellement d’années, et qui a entretenu l’ignorance et la confusion.” 

 

C.P.

 

 

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