Les apiculteurs craignent la propagation de la loque américaine

mercredi 25 mars 2015

Des tests sont actuellement en cours sur les ruches de Tahiti et Moorea pour détecter la présence de loque américaine ou non dans les ruches. C’est le branle-bas de combat chez les apiculteurs car un cas de loque a été détecté à Huahine en décembre dernier.
Huahine, Tubuai, Tahiti et Moorea sont les quatre îles considérées comme “infectées”, mais sans pour autant que des cas cliniques soient déclarés, sauf à Tubuai où 100 % des ruches sont infectées de manière visible. Leur statut devait donc être modifié après de nouvelles enquêtes pour que ces îles bénéficient de la protection sanitaire. Jusqu’en décembre dernier, où un cas de loque est détecté à Huahine.
Sueurs froides chez les apiculteurs de Tahiti puisque des échanges de miel, de reines et d’abeilles sont autorisés entre îles infectées. La loque pourrait donc infecter les abeilles de Tahiti et Moorea si ces échanges se poursuivent.
Le problème : le statut “infecté” de Tahiti et Moorea que contestent les apiculteurs. En 2010, une nouvelle enquête est menée et aucune trace de loque n’est trouvée. Pourtant, Tahiti et Moorea gardent leur statut “infecté”.
Ce que dénoncent des apiculteurs. Les îles “saines”, déclarées indemnes de la loque américaine, bénéficient d’une protection, alors que les échanges de miel, de ruches, de reines, d’essaims, etc. entre les îles contaminées sont autorisés. On trouve notamment du miel de Huahine en vente dans plusieurs grandes surfaces à Tahiti. Ce qui pourrait très bien amener la loque américaine sur l’île.
Des ruches de Huahine ont même été installées à Tahiti. Le service du développement rural (SDR) a mené une enquête et fait des analyses. Heureusement, aucune des 11 ruches ramenées n’avait la loque américaine. Mais ce n’est peut-être qu’un sursis.
Raiarii Crawford, président du syndicat des apiculteurs de Polynésie française, s’est énervé sur Facebook, dénonçant des méthodes qui le révoltent et des sanctions qui ne tombent pas. “Aujourd’hui, des gens qui veulent amener des abeilles malades de Tubuai ont réglementairement le droit de le faire. Il y a des transferts d’abeilles qui se font entre ici et Huahine et pas qu’un peu. Si le SDR fait des tests, ils vont finir par trouver des spores de loque américaine ici”, craint-il.
Pour Benjamin Declume, apiculteur à Moorea, “l’absence de protection des abeilles” pourrait nous coûter cher.
“On a un trésor dont personne ici ne semble prendre la mesure (NDLR : en effet, la Polynésie française est épargnée par d’autres maladies qui ont décimé les colonies d’abeilles dans le monde, lire ci-dessous). La Polynésie française pourrait devenir une réserve biosphère pour les abeilles. Le manque de contrôle et de réglementation nous inquiète. Des personnes sont prises en flagrant délit, mais ne sont pas sanctionnées.”

Ambre Van Cam, vétérinaire au SDR, convient de ce problème : “L’administration élabore la réglementation, constate les infractions, mais elle n’a pas le pouvoir d’appliquer les sanctions”. Des constats peuvent toutefois être faits, mais c’est ensuite au tribunal de prendre le relais pour de longues procédures.
Si la loque américaine est une maladie qu’il est possible de traiter (lire ci-dessous), d’autres menaces pèsent sur les abeilles de Polynésie française. Le varroa notamment. “La loque, c’est rien comparé au varroa. Et quand il va arriver…”, s’assombrit Raiarii Crawford. Car le varroa signifie la perte d’au moins 50 % du cheptel. Ce sont les chiffres des pays infectés.
Benjamin Declume pense également à cette éventualité :

“Nous sommes en train de saccager notre potentiel. Les conséquences des mauvaises actions aujourd’hui seront définitives. Si le varroa arrive ici, ce sera terminé pour les générations futures. Il n’y a pas de solution. Ni chimique, ni génétique, ni naturelle… Rien.”

Lucie Rabréaud

Notre dossier complet à lire dans La Dépêche de Tahiti de mercredi 25 mars ou sur notre feuilletage numérique.

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