Les archives du « M. Afrique » du général de Gaulle livrent leurs premiers secrets

    mercredi 25 mars 2015

    Cinquante ans après la décolonisation, les archives de Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » du général de Gaulle, apportent une vision inédite des arcanes de la politique africaine de la France, même si les chercheurs restent loin d’en avoir percé tous les secrets.
    Rangés bout à bout, les dossiers noirs gardés sous clé dans le bâtiment des Archives nationales s’étirent sur près d’un demi-kilomètre.
    Ces archives exceptionnelles couvrent les années 1958-1974, et notamment la période où Jacques Foccart était secrétaire général des Affaires africaines à l’Élysée (1960-1974), au côté des présidents de Gaulle puis Pompidou. Archivistes et chercheurs d’Afrique et de France en débattront lors d’un colloque organisé aux Archives à partir de jeudi par l’historien Jean-Pierre Bat, auteur de « La Fabrique des Barbouzes ».
    Car « l’homme de l’ombre », comme il fût surnommé, jaloux de ses secrets jusqu’à son décès en 1997, souhaitait que l’on sache dans quel état d’esprit il avait travaillé. Il a donc gardé de nombreux documents : télégrammes diplomatiques, notes de renseignement, correspondances privées…
    Venant d’un collaborateur présidentiel, « un tel volume est inédit », relève Jean-Pierre Bat. « Pour lui il y avait deux chronologies différentes : le temps de l’action – qui était celui du secret – et puis le temps de la mémoire, du témoignage, de l’histoire. »
    Vieux grognard du général de Gaulle, auquel il voue une fidélité indéfectible depuis leur rencontre à la Libération, Jacques Foccart devient le relais du président dans la gestion des ex-colonies africaines à partir des années 60. 
    « Il faut à la fois les protéger à l’extérieur des menaces et à l’intérieur des subversions qui pourraient renverser les amis de la France », décode l’historien. « Pour lui, la décolonisation doit être tout sauf une rupture. »
    Tissant une nébuleuse de réseaux croisés, il suit au jour le jour la vie politique des pays du « pré-carré », issus des ex-Afriques Occidentales et Équatoriales françaises (AOF et AEF) et de Madagascar.
    « Foccart sait activer différents acteurs de la politique africaine de la France », souligne Jean-Pierre Bat. Des ambassadeurs nommés sous son influence aux « barbouzes » et agents des services secrets, en passant par des « missi dominici », sorte de fondés de pouvoir auprès des présidents africains.
    Dépêché au Gabon pour créer la garde présidentielle et restaurer le pouvoir de Léon Mba après le putsh de 1964, Bob Maloubier envoie ainsi un point mensuel sur la situation à Foccart.
    Le chef de la « cellule Afrique » de l’Élysée, peut aussi compter sur des ambassadeurs spécifiques comme Fernand Wibaux au Tchad. Ces derniers doublent leurs dépêches diplomatiques de correspondances beaucoup plus informées adressées directement à Foccart, révèlent les archives.

    « Big brother »
     
    Tout se joue à l’Élysée et Jacques Foccart arbitre les réunions tripartites entre les ministères de la Coopération, des Affaires étrangères et de la Défense. « La phrase ultime c’était ‘le général pense que’ et là c’était fini », dit Jean-Pierre Bat. 
    Les deux hommes sont dans une relation de confiance totale et Foccart voit de Gaulle tous les soirs. Il reçoit aussi de nombreux bristols à en tête de la main du général, dans un style sans fioriture.
    « Pourquoi ces personnages ont-ils été envoyés si comme il apparaît ce sont des fantaisistes ? », assène dans une de ces notes le général à propos de deux négociateurs français au Mali.
    Les archives viennent toutefois nuancer l’image d’un Foccart omniscient et omnipotent. 
    Pour Jean-Pierre Bat : « Ce n’est pas strictement l’imposition d’un ordre de Paris sur le continent comme on l’a trop souvent dit (…) c’est une politique co-gérée avec des alliés africains et le premier d’entre eux c’est Félix Houphouët-Boigny », le président ivoirien, baptisé « big brother » par un membre de l’équipe de Foccart.
    Si Foccart est bien à l’origine de certaines opérations de déstabilisation – notamment dans la Guinée de Sékou Touré –  « il passe énormément de temps à garantir la sécurité des chefs d’État amis de la France ».
    Versées en deux étapes, en 1977 et 1980, ces archives sont longtemps restées dans leurs cartons, faute de classement et parce que régies par la loi qui prévoit une protection du secret – sauf dérogation – pendant 50 ans. 
    Il a fallu 13 ans aux archivistes pour en dresser l’inventaire, tout juste achevé. Et il faudra des décennies pour éclaircir les nombreuses zones d’ombre des relations franco-africaines.
    Des mystères demeurent, notamment autour de l’assassinat en 1960 du chef de l’Union des populations du Cameroun, Félix Moumié.
    « Les archives répondront un jour à votre question », avait rétorqué Jacques Foccart.

    AFP

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