Les façades du centre-ville ne valent pas le détour des touristes

    vendredi 30 octobre 2015

    La capitale a beau s’être dotée d’une belle marina, les touristes sont toujours peu nombreux à s’éterniser en ville.  Sitôt le boulevard de la Reine Pomare IV traversé, les façades ternies par le temps et les encarts publicitaires surdimensionnés cassent l’image paradisiaque que les visiteurs ont du fenua. La mairie regrette son impuissance et espère qu’une loi du Pays donnera un jour aux communes le moyen d’obliger les propriétaires privés à ravaler leurs immeubles.

    Lors de son inauguration en avril, la nouvelle marina de Papeete était l’objet du satisfecit des autorités. Édouard Fritch, le président du Pays, parlait « d’une véritable marina de classe internationale au cœur même de la capitale », tandis que Michel Buillard, le maire de la ville, estimait que le front de mer de Papeete n’avait plus rien à envier à la Promenade des Anglais, à Nice. C’était sûr, les croisiéristes allaient prendre d’assaut le centre-ville… Quelques mois plus tard, en débarquant de Moorea, Rebecca, 33 ans, hoche la tête : « C’est vrai que maintenant, c’est joli ici, entre les places Vaiete et To’ata. Le problème, estime la Polynésienne, c’est quand on regarde de l’autre côté de la rue. Il y a des bâtiments qui datent un peu du Moyen Âge… »

    Entre enseignes tapageuses et façades défraîchies, le trottoir commerçant du boulevard de la Reine Pomare IV fracasse l’image paradisiaque que les étrangers ont du fenua. « C’est moche », lâchent sans ambages Martine et Jean-Pierre, des Bretons en vacances à Tahiti et dans les îles. « La balade le long du port est sympa, mais en ville, il faudrait tout rénover, tout repeindre », conseillent-ils.Juste derrière eux, la pharmacie du Port s’est récemment refait une couleur. Elle est passée du rose aux bleu et jaune pétant, comme le logo du groupe qui l’a reprise en février. « Il y a des efforts à faire au niveau des enseignes et des publicités », note Rebecca. AnSet, Hinano, Vodafone, Leonidas, McDonald’s… Les encarts agressifs envahissent partout les murs de la ville. Comme des cache-misères, ils voilent la grisaille des façades usées par le temps. « Je préfère les murs où il y a des tags colorés », clame Reggie, 16 ans, qui a grandi ici. « La ville est un peu vieille, trop sale », critique Ranitea, 15 ans. « Ça serait bien si c’était un peu mieux entretenu, peut-être avec des aides… » La jeune fille met là le doigt sur l’essentiel : comment convaincre les habitants de ravaler leurs immeubles ?
     

    « Papeete n’est pas le lieu où l’on reste »
     

    Les services techniques de la mairie de Papeete rappellent que ce n’est pas à eux de « retaper les propriétés privées ». En métropole, le code de la construction et de l’habitation prévoit une obligation de ravalement au moins une fois tous les 10 ans. Le maire de Nice peut ainsi enjoindre aux heureux propriétaires du front de mer d’entretenir leurs biens, sous peine d’amende. « Mais cet article n’est pas valable en Polynésie française », précise Régina Suen Ko, membre de la commission tourisme à l’assemblée. « Lorsque j’étais encore au conseil municipal de Papeete, il était question de mettre en place un groupe de travail pour réfléchir à une règlementation qui obligerait les propriétaires à repeindre leurs bâtiments. » Un voyage organisé en 2010 à Nice, ville jumelée, avait aussi donné matière « à réflexion » pour Papeete. Aujourd’hui, rien n’a débouché et on entend dire qu’il serait difficile de « taper sur le dos des propriétaires, vu le contexte économique ». La mairie assure toutefois qu’un échange sur le sujet est « toujours en cours » avec le Pays, compétent en matière d’aménagement (lire ci-dessous). « En attendant, tout ce qu’on peut faire, c’est sensibiliser les propriétaires », regrette Joël Moux, directeur de cabinet du tavana.
    Résultat, « Papeete n’est pas le lieu où l’on reste », affirment Martine et Jean-Pierre. « Les touristes viennent pour les îles. » « C’est toujours plus agréable pour tout le monde d’arriver dans des villes belles et propres, mais la fréquentation de Papeete est une question qui ne se résume pas à l’esthétique », précise pour sa part le GIE Tahiti Tourisme. « C’est aussi une affaire de dynamiques, de coûts, de temps… »

    Marie Guitton

    Le plan général d’aménagement peu respecté

    Un moyen d’embellir la capitale serait peut-être de commencer par faire respecter le plan général d’aménagement de Papeete, qui prévoit notamment les règles à suivre en termes de bâti.
    En zone urbaine à forte densité (c’est le cas depuis la mairie de Papeete jusqu’à l’assemblée de la Polynésie française), les constructions sont censées « présenter un aspect de continuité ». Des saillies « ponctuelles » sont autorisées « pour éviter le risque d’une uniformisation banale des constructions », comme des auvents ou des balcons, mais des normes précises encadrent la hauteur des immeubles, l’alignement, la pente de toiture, etc.
    Si « l’homogénéité générale » requise par ce règlement d’urbanisme ne saute pas aux yeux, la violation la plus évidente concerne les climatiseurs, accrochés ici et là. Le document exige en effet que « les projets d’immeubles doivent prévoir, dès le stade de la demande du permis de construire, les dispositions retenues pour l’implantation d’appareils de climatisation, même s’il n’est pas envisagé de les mettre en place au stade de la construction initiale, afin que ces appareils et dispositifs de raccordement disposent d’une place suffisante et soient masqués à la vue». Pas besoin de porter des lunettes pour s’apercevoir que cette règle est largement bafouée.
     

     

    « Tout ce qu’on peut faire, c’est sensibiliser les propriétaires »

    « C’est sûr que si toutes les façades étaient propres… » Au cabinet du maire de Papeete, Joël Moux en est convaincu : rénovés, les murs de la capitale accueilleraient plus de touristes. Seulement, aujourd’hui, rien n’oblige les propriétaires du fenua à entretenir leurs bâtiments.
    En métropole, un ravalement est obligatoire au moins une fois tous les 10 ans, et les communes peuvent ordonner l’exécution des travaux, sous peine d’amende. En Polynésie française, l’aménagement ressort de la compétence du Pays, et il n’existe aucune loi contraignante.
    « On ne perd pas espoir que le Pays donne aux communes les moyens d’obliger les gens à rénover leurs façades, un travail est en cours », affirme Joël Moux. « En attendant, tout ce qu’on peut faire, c’est les sensibiliser en leur montrant la transfiguration des immeubles qui ont été repeints. Petit à petit, on essaye de faire changer les mentalités. »
    La commune a également mis en place des « petites mesures » d’incitation, comme l’exonération des taxes d’occupation de la voierie pendant la durée des travaux de ravalement. « Mais on ne peut pas imposer, ni verbaliser », rappelle le directeur de cabinet de Michel Buillard. Ce dernier a régulièrement encouragé verbalement les habitants à embellir la capitale. « Le maire voulait même, à un moment, qu’on repeigne nous-mêmes », sourit Joël Moux. « Mais c’est du domaine privé… »
    D’autres responsables mettent en avant la réfection des centres Fare Tony et Vaima, mais estiment qu’il serait difficile de « taper sur le dos des particuliers, vu le contexte économique ». « On ne demande pas forcément des amendes, mais on aimerait pouvoir mettre en place des incitations un peu plus soft », précise le cabinet du maire. « Pas mal de propriétaires ont commencé dans la rue Paul-Gauguin. Ils savent que ça attire les touristes. »
    Quand aux enseignes flashies et aux encarts publicitaires qui polluent les façades, « aucune règlementation ne les interdit », affirme la mairie, qui espère simplement que les redevances élevées dissuadent les afficheurs…
     

    zy 2015-10-31 23:13:00
    C'est pas que ca qui fait fuir les masses, c'est un tout entier : Et oui! Faut pas se voiler la face, y''a pas que la vue qui est moche.. Y''a le sol plein de mego, qui pue pip et le comportement des gens aussi, les pilleurs de touristes c''est pire!
    Lou 2015-10-31 16:54:00
    Un élément de plus qui fait que nos touristes n'ont pas envie de revenir...
    lebororo 2015-10-31 11:07:00
    Le "Karcher" naturel va bientôt arriver...
    la période cyclonique arrive. ☺
    Patriote 2015-10-31 09:17:00
    Un bon coup de karcher et de peinture
    Lecteur 2015-10-31 07:33:00
    On dirait effectivement le tiers monde en un peu moins degueux ...
    Lionel 2015-10-31 06:58:00
    Il manqueEPPV!!!!!!
    Bri 2015-10-31 03:44:00
    Depuis des années que notre ville est crasseuse et l'on dit que l'on ne peut pas obliger les propriétaires à entretenir leurs immeubles ? Pourquoi ? Tout ça c'est électoraliste ? On a peur pour son fauteuil ........ Les trottoirs sont sales et encombrés par la marchandise des commerçants ..,.. Allez voir du côté marché les piétons sont obligés de descendre au risque de se faire renverser, et ne parlons pas des personnes à mobilité réduite ... On dirait que la ville leur ait interdite par le manque d'infrastructures adaptés .....
    Cet article de presse essaie de réveiller les consciences ..... Mais ce sera peine perdue et tombera dans l'oubli aussi vite qu'il a fallu pour l'écrire ..... I
    C'est vrai il y a mieux à faire comme détruire un rond point en plein centre ville ....... Et balancer l'argent public par les fenêtres ......
    Taupua raihau 2015-10-30 20:19:00
    Et nous allons acceuillir les candidates a miss France et quelle belle publicité cela nous fera ?
    Mana 2015-10-30 17:26:00
    Avant de tout refaire et d exiger au proprios d investir des milliards, imposez simplement de garder le batiment propre et au normes. Ce sera deja un tres bon debut...
    FANDEPOLYNESIE 2015-10-30 16:32:00
    Excellent article. Si seulement il pouvait faire bouger les choses. Les façades crasseuses, les couleurs flashy à gerber, autant de trottoirs différents que d'immeubles : quand on marche en ville, on passe d'un carrelage à un autres, puis à du béton, puis à du bitume, aucune cohérence dans les matériaux et les couleurs. Pourquoi ne sommes nous pas capables d'avoir un centre ville juste correct, comme en France ou aux USA. On n'est pas plus bêtes qu'eux, non ?
    Le problème c'est que les propriétaires fonciers de Papeete sont très influents et réduisent à néant tout effort pour embellir la ville car cela leur coûterait bien trop cher.
    Une politique d'urbanisme courageuse pourrait arranger les choses. Encore faut-il en avoir la volonté.
    dadi 2015-10-30 15:19:00
    et vous oubliez les façades d'hôtels, de commerces qui sont fermés envahis par la vermine et les rats, Tahiti paradis c'est fini, les propriétaires veulent bien encaisser les loyers mais pas entretenir ou mettre aux normes, pas joli joli tout ça!!
    ARTIMON 2015-10-30 13:24:00
    Tout à fait d'accord avec Louis Bresson !
    Les façades des immeubles sont autant d'exemples de pourriture et les trottoirs sont impraticables à peu près partout pour un handicapé en fauteuil roulant ou pour une maman tentant de passer avec une poussette !
    Encore faut-il pointer les cyclistes qui se croient sur un vélodrome et les automobilistes qui y garent leur voiture. Aux piétons, donc, l'obligation de s'aventurer sur la chaussée avec le risque de s'y faire accrocher par un véhicule serrant étroitement sa droite.
    Si ce n'est pas de l'anarchie, ça y ressemble !
    Louis Bresson 2015-10-30 13:02:00
    "Les services techniques de la mairie de Papeete rappellent que ce n’est pas à eux de « retaper les propriétés privées »."
    Par contre c'est bien à eux d'entretenir les trottoirs.
    Louis Bresson 2015-10-30 13:00:00
    "...aujourd’hui, rien n’oblige les propriétaires du fenua à entretenir leurs bâtiments." N'est-ce pas justement le rôle des élus de prendre des mesures pour rendre ces ravalements de façades obligatoires? Avec une incitation type crédit d'impôts, ça passerait mieux. En plus ça donnerait du travail aux entreprises du bâtiment.
    Zorro 2015-10-30 12:56:00
    Qu''ils commencent par l''Hotel des Postes cette immonde verrue. Buillard tu es nul laisse ta place
    ARTIMON 2015-10-30 12:54:00
    Le tourisme est notre affaire à tous !
    Nous affichons des prétentions, nous sommes abreuvés de discours fanfarons, d'incantations politiciennes, mais Papeete reste une capitale crasseuse. C'est la capitale de l'irresponsabilité, personne ne se décidant à empoigner le problème et à lancer une vaste campagne de réfection des façades d'immeuble. Chaque propriétaire, chaque copropriétaire est tenu d'en assurer l'entretien et la sécurité. Les panneaux publicitaires agressifs, les climatiseurs qui dégoulinent le long des murs, les fils qui pendouillent n'importe comment ne doivent plus être tolérés.
    Assez de laxisme ! Non à la crasse !
    lebororo 2015-10-30 12:40:00
    Affreux vraiment... un nettoyage de façades serait important.
    Pour la présentation. ☻
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