Les médias horrifiés après cette attaque contre le débat intellectuel

mercredi 7 janvier 2015

L’attentat contre Charlie Hebdo, sans précédent dans la presse, a stupéfié les médias en France qui s’alarment de la violence de cette attaque contre la liberté d’expression, entraînant un renforcement de la protection de leurs locaux.
Radios, télévisions, sites internet ou quotidiens : les rédactions françaises ont aussitôt fait part de leur « stupeur », de leur « émotion » et de leur « effroi » face à une agression sans précédent.
« Pendant la guerre d’Algérie, il y a eu des attaques contre des journalistes, quelques bombes posées, mais il y a eu très peu de morts. Il y a eu quelques affaires mais c’était généralement un déséquilibré -comme dans le cas de Libération l’année dernière- mais on n’a jamais eu d’attentat de ce type-là », a déclaré à l’AFP l’historien des médias Patrick Eveno.
« On voit bien qu’il s’agit de tuer et de bâillonner, de liquider une rédaction et tout ce qui va avec », a-t-il ajouté.
« Franchement, à Reporter sans frontières c’est des choses que l’on voit dans des pays comme le Pakistan ou la Somalie mais sur le territoire européen c’est un jour noir », a abondé le secrétaire général de l’organisation, Christophe Deloire sur RTL. « L’acte d’intimidation le plus barbare qui a été fait contre la liberté d’expression. »
« Nous sommes entrés dans la barbarie », a estimé le patron de RTL Christopher Baldelli, selon qui « on a la triste preuve que les médias sont des cibles pour tout ce qu’ils représentent ».
Le Canard Enchaîné, un autre journal satirique pour lequel travaillait Cabu, s’est dit « en état de choc ».
Gilles Van Kote, le directeur du Monde, a fait part de « sa stupéfaction et son indignation, sa solidarité émue avec l’équipe de Charlie Hebdo et ses condoléances aux familles des victimes ».
« C’est une alerte pour toute la société », a dit à l’AFP le patron de Mediapart Edwy Plenel : « Rien ne saurait justifier que l’on veuille tuer quelqu’un au nom de ses opinions. »

Appel à republier les dessins
 
Rémy Pflimlin, le PDG de France Télévisions, a condamné « avec la plus grande force » cette « attaque meurtrière » tandis que les groupes TF1, M6 et Arte ont fait part de leur « totale solidarité », leur « profonde émotion » ou d’un « soutien aux familles et aux rédactions ». 
« La presse est en deuil », a écrit de son côté Mathieu Gallet, le patron de Radio France, estimant que « notre démocratie est attaquée en plein cœur ».
Le PDG de l’AFP Emmanuel Hoog et la directrice de l’information Michèle Léridon ont exprimé leur « horreur » et leur « indignation » face à cette attaque. 
A l’image des personnels de l’AFP, ceux du groupe Amaury ont observé mercredi en fin de journée une minute de silence en hommage aux victimes.
Nicolas Demorand, qui dirigeait Libération lors de l’attaque d’un tireur contre le quotidien en novembre 2013, s’est dit « effondré en pensant à ces gens qui sont juste une bande de potes ».
Philippe Val, ex-patron de Charlie Hebdo, a appelé tous les journaux à adopter jeudi le nom de l’hebdomadaire satirique pour montrer « que jamais on ne laissera le rire s’éteindre ».
A l’effroi, s’est ajouté la volonté réaffirmée des médias de poursuivre leur mission d’informer.
« Aucune action, aussi épouvantable soit-elle, n’empêchera la presse d’exercer librement sa mission dans la démocratie », a écrit dans un communiqué le groupe de médias Lagardère Active au nom d’Europe 1, le JDD, Elle ou Paris-Match.
« Face à cet acte barbare », les rédactions du groupe NextRadioTV (BFMTV, BFM Business, RMC, RMC Découverte, 01net) ont souhaité rappeler qu’elles continueraient « à exercer librement leur mission d’information, principe fondamental de notre démocratie.
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a tenu à rendre « hommage à tous ceux qui, par leur talent et par leur courage, servent la liberté d’expression, condition essentielle de la démocratie, fût-ce au prix de leur vie, sans jamais céder aux menaces indignes dont ils peuvent faire l’objet ».
En réponse à cet acte terroriste, où les dessinateurs Charb, Wolinski, Cabu et Tignous ont perdu la vie, l’ancien patron de Marianne Jean-François Kahn a appelé à « republier leurs dessins où ils disent ce qu’ils pensent du fanatisme et du fanatisme islamiste ».

AFP

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