Les pilotes du fenua s’exportent, faute de vols

samedi 30 mai 2015

À l’instar de Tinihaurii Adams, copilote sur A380 à Emirates, de nombreux Polynésiens sont pilotes et copilotes sur des compagnies étrangères. La Dépêche de Tahiti vous présente le portrait de trois d’entre eux, pilotes en Asie. Ils seraient nombreux à voler en Europe ou en Afrique, mais beaucoup restent à Tahiti sans travail.

Nous vous avions fait connaître dans La Dépêche du 12 avril Tinihaurii Adams, copilote sur A380, et bien figurez-vous qu’il n’est pas le seul — loin de là — Polynésien à voler pour une compagnie aérienne hors du fenua. Mais cette fois-ci, nana le Moyen-Orient, iaorana l’Asie. “Iaorana, bienvenue, welcome à bord de cet A320 de la compagnie Cambodia Angkor Air, en direction de Canton”. Telle pourrait être l’annonce faite par Hugues Chaze, 54 ans, commandant de bord sur cette compagnie ou bien, par son copilote Willy Richerd (lire encadré), 31 ans, tous deux Polynésiens.
Le 20 mai a eu lieu le premier vol d’un équipage technique complet (commandant et copilote) polynésien sur une compagnie étrangère, à savoir cette compagnie cambodgienne composée de quatre Airbus 321 et deux ATR 75-500.
Vingt-deux pilotes commandent ces six avions. Il y a six étrangers dans cette compagnie asiatique, dont nos deux Polynésiens, mais aussi un Suédois, un Portugais et un Italien.
Ce vol a eu lieu sur l’A321 de 168 passagers équipé en bi-classe sur la ligne régulière Siem Reap-Canton-Siem Reap.

“J’ai fait vendeur, instituteur, maçon…”

Mais vous pourriez très bien entendre, dans une autre contrée, toujours asiatique, un “Iaroana, welcome à bord de l’ATR-72 de la compagnie Lao Airlines”, prononcé par un des deux copilotes polynésiens de la compagnie, Vehiaitera Chand ou Aroarii Urima, ancien pilote d’Air Moorea. L’un fête sa première année sur une compagnie étrangère, l’autre a effectué son premier vol en novembre dernier. “À mon avis, il y a une douzaine de pilotes polynésiens qui travaillent à l’étranger, une vingtaine est encore sur le carreau, sans travail, à Tahiti”, confie Hugues Chaze, commandant de bord, via Skype.
Pilote depuis 1978, Hugues Chaze a travaillé au gouvernement sur l’avion du Pays tout d’abord, puis pour Air Tahiti durant 18 ans, sur ATR. Il a ensuite passé une qualification sur Airbus et ensuite, basé à Paris, il a volé pour Air Ivoire, Air Méditerranée — une compagnie charter — notamment.
En 2013, Il est parti au Laos et depuis trois mois, il est au Cambodge, licence européenne en poche. Il a permis l’embauche de Willy Richerd, il y a quelques mois.
“Cela fait plaisir de former un duo de pilotes polynésiens, quand j’ai vu qu’il y avait une opportunité sur Cambodia, je l’ai tout de suite prévenu”, confie le pilote, qui aimerait tout de même bien finir sa carrière (il lui reste une dizaine d’années de vol avant la retraite). “Il a tenté sa chance et il a réussi”.
Mais grâce à lui, Vehiaitera Chand a trouvé un job. “Après mon bac scientifique, j’ai commencé l’aviation à Tahiti puis en France, pour passer ma licence européenne”, dit le pilote né en 1988, de passage à Tahiti.
“J’ai investi, mais moins que mes collègues sur gros. Plus l’avion est gros, plus c’est cher pour voler. En revenant, j’ai été pris en 2009 à Air Tahiti, mais j’étais réserviste. Dès qu’ils ont besoin d’un pilote, ils piochent dans cette réserve mais là, cela faisait quatre ans que j’attendais, c’était beaucoup trop long et j’ai bougé en 2014. Entre-temps, j’ai travaillé pour payer mes prêts. J’ai fait vendeur, instituteur, maçon, mais je voulais faire mon métier, ce qui a été possible grâce à Hugues.” “Comme je faisais partie de l’encadrement à Lao Airlines en tant qu’instructeur, j’ai pu faire venir deux Polynésiens, comme ils embauchaient sur ATR”, confie le commandant de bord sur Airbus. L’autre Polynésien de la Lao Airlines est Aroarii Urima, ancien pilote d’Air Moorea et également réserviste sur Air Tahiti, parti un moment voler au Maroc. Il a également rejoint la compagnie laotienne grâce à Vehiaitera.
Il a commencé en novembre dernier. Aroarii et Vehiaitera sont tous les deux copilotes, dans cette compagnie nationale, composée d’une douzaine d’avions, ATR et Airbus, et qui emploie 50 pilotes environ, la moitié issue du Laos, l’autre moitié de l’étranger, venus de huit pays, dont la Polynésie donc.

Peu de travail en Polynésie sur gros-porteur

Pour Vehiaitera Chand, ils sont une trentaine de Polynésiens à voler à l’étranger, en Indonésie, au Vietnam, en Angleterre, en Allemagne, au Skri Lanka ou en Afrique.
“On se contacte via les réseaux sociaux. Mais de nombreux pilotes polynésiens n’ont pas de travail”, regrette le jeune copilote, dont “l’objectif est de passer commandant de bord sur ATR, les gros-porteurs, ce n’est pas pour le moment”. “Plus l’avion est gros, plus c’est un ordinateur, moins c’est un avion. J’aime piloter”, confie-t-il avant de rejoindre la capitale laotienne, Vientiane.
Trouver un job en Polynésie, pour l’instant, pour ce corps de métier, c’est plutôt morne plaine (lire encadré).
À l’instar de Willy et de Vehiaitera et même pour des pilotes aux nombreuses heures de vol comme lui, cela n’a pas été une mince affaire pour Hugues Chaze.
“Il n’y avait pas de travail en Polynésie, sur gros-porteur, je suis parti en 2006”, confie-t-il. “Il faut chercher, cela ne tombe pas tout seul, c’est toujours difficile de trouver un employeur, maintenir ses compétences, voire les améliorer, c’est toujours un challenge. Chaque année, c’est de l’investissement financier, ne serait-ce que pour renouveler sa licence”, reconnaît celui dont voler sur l’A380 n’est pas un rêve. “Je préférerais rentrer à Tahiti pour voler, mais il n’y a pas de possibilité pour le moment, le trafic ne se développe pas assez. Il faudrait des avions supplémentaires mais bon, l’aéroport de Tahiti-Faa’a est cher et n’offre aucun service”, regrette le commandant de bord polynésien.
“Nous ne sommes pas encore assez nombreux pour se croiser dans les aéroports ni dans les airs”, s’amuse Hugues.
Par contre, lui comme ses comparses du fenua qui volent en Asie, sont systématiquement interrogés, dans leurs pays respectifs, sur Tahiti et ses îles. “Même s’ils ne connaissaient pas Tahiti avant de nous connaître”, précise Vehiaitera Chand. Le voyage continue…

Christophe Cozette

Lire aussi un témoignage et plus dans La Dépêche de Tahiti de samedi 30 mai ou au feuilletage numérique sur abonnement.

Combien de pilotes en Polynésie ?

Air Tahiti Nui a déjà plus de 15 ans. Quand la compagnie au tiare s’est créée, cela a provoqué pas mal de départs de pilotes et copilotes de la compagnie domestique, Air Tahiti, tentés de voler à l’international. Cela a poussé la compagnie polynésienne locale à recruter des pilotes et copilotes quelques années plus tard. Même la crise est arrivée, de nombreux départs à la retraite n’ont pas été renouvelés, la flotte est passée de 42 équipages en 2010 à 35 aujourd’hui, soit 70 pilotes et copilotes, avec deux avions de moins (on passe de 10+1 – l’avion du Pays – à 9 aujourd’hui).
“Nous avons encore des réservistes et nous continuons à recevoir régulièrement des candidatures spontanées”, confie Bertrand Lormeau, responsable de la formation et de l’entraînement des équipages à Air Tahiti.
Air Tahiti Nui emploie, quant à elle, 60 pilotes et copilotes environ. Pas de chiffres précis, mais “nous sommes la compagnie qui emploie le plus de Polynésiens”, précise-t-il. Mais point d’embauche, pour le moment, même si la flotte va être renouvelée, pour passer d’Airbus à Boeing, dans les prochaines années. À moins qu’un “Mahana Beach sorte de terre vite, ce qui nous ferait deux avions supplémentaires”, laisse-t-on entendre chez ATN.

freelanceprofessionalpilot@laposte.net 2015-09-03 05:12:00
Et pour finir, sa retraite nous l''attendons avec impatiente. Le revers du coup de bâtons approche et il paraitrait que la roue tourne. En tous cas c''est avec le plus grand plaisir que je serais vous retrouver Mr Chaze.
Pilote en colere 2015-09-03 05:02:00
Je suis désolé ms des briefing de 5 min avt les seances d'instructions, des seances ou l'instructeur dors dans le simu sans conseil pedagogiques si ce n'est "regarde le bouquin" c'est pitoyable! Et ça se dit professionnel!! Une honte! C'est tous!
Pilote en colere 2015-09-03 04:59:00
Briser la carriere de jeunes qui ont investit dans une telle carriere est pitoyable. Pédagogie du "laisser faire" ajouter du delis de sale gueule pour le stagiaire est peu compatible avec l'image que se donne Chaze.
Un pilote en colere 2015-09-03 04:55:00
Ce Chazes est bien arrogant! Sans état d''ames avec les jeunes pilotes désireux d''apprendre Au maximum, à priori la cooptation des ses amis tahitiens est bien plus importante que son dévouement pour sa pédagogie qui laisse à désirer.
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