Les portes s’ouvrent à nouveau pour le miel étranger et irradié

    jeudi 23 juillet 2015

    Les amateurs de miel peuvent souffler. Les complaintes de ceux qui se plaignaient de plus trouver le fruit des ruches sur les étals des magasins ou qui s’indignaient des prix pratiqués depuis l’indiction d’importation depuis mai 2013, ont été entendues par les autorités. “Nous faisons de la politique publique et notre objectif n’est pas de pénaliser les consommateurs de la Polynésie. Je suis ministre de l’Agriculture, s’il faut protéger la production locale, je le fais”, a expliqué, hier, Frédéric Riveta à l’issue du conseil des ministres. 
    “Mais à un moment donné, nous sommes obligés de regarder aussi cet aspect de la cherté des produits que nous fabriquons sur le territoire, poursuit le ministre. À l’heure actuelle, nous avons une production de miel de 80 à 100 tonnes. Dans le contrat de projets, un volet comprend l’augmentation des installations d’apiculteurs des Tuamotu et notre objectif est d’augmenter la production locale. Se pose le problème des maladies, pas mal de maladies n’existent pas en Polynésie française comme le varroa. Nous ne voulons pas l’introduire ici. Si un pays est touché par cet acarien, nous ne pouvons le faire introduire sur le territoire. Il y a aussi la loque américaine, je viens d’apprendre que Raivavae est infesté, comme Tubuai où nous sommes en train d’assainir la situation. Huahine l’est aussi. Nous sommes en train de mener un audit à Tahiti, où nous sommes sûrs que la loque américaine est présente.” 
    Un état de santé des ruches polynésiennes presque intact, ce qui faisait dire à un apiculteur de Moorea, il y a quelques semaines : “On a un trésor dont personne, ici, ne semble prendre la mesure. La Polynésie française pourrait devenir une réserve biosphère pour les abeilles. Le manque de contrôle et de réglementation nous inquiète. Des personnes sont prises en flagrant délit, mais ne sont pas sanctionnées.” 

    Conditions sanitaires respectées

    Un problème que pense pouvoir parer le ministre en autorisant l’importation de 20 tonnes de miel étranger. “Il vaut mieux ouvrir et contrôler plutôt qu’il y ait des introductions frauduleuses sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle.” 
    Le miel qui sera importé viendra des pays européens, pourtant infestés par la loque américaine. “Le 15 juillet, le comité de l’OIE (organisation mondiale de la santé animale, NDLR) a ouvert un dispositif concernant tous les pays infestés par la loque américaine. Il leur est possible d’exporter, même dans les pays où il n’y a pas la loque américaine. La France, l’Allemagne, la Belgique et d’autres pays européens ont mis en place un outil qui permet d’irradier des quantités de miel à exporter. Donc nous pouvons ouvrir à condition que les conditions sanitaires soient respectées, c’est-à-dire que les produits soient irradiés ou ionisés”, indique le ministre. Avant d’ajouter, pour se montrer rassurant sur un mot qui a forcément une résonance particulière dans un pays au lourd passé nucléaire : “Il y a pas mal de légumes secs qui arrivent sur le territoire qui sont également ionisés. Ce dispositif permet de garantir ces aliments.”
    Quant aux apiculteurs locaux, le ministre explique qu’ils ont été les premiers informés “Ceux qui sont en train de râler, ce sont ceux qui ne viennent jamais à la réunion pour s’informer.” Directement visé, Raiarii Crawford, le dernier président du Syndicat des apiculteurs de Polynésie, désormais mis en sommeil. “Je n’y suis pas allé parce qu’ils ne nous réunissent pas pour débattre, mais pour nous infirmer de décisions qui ont déjà été prises, je ne comprends pas trop leur démarche”, dit-il. L’apiculteur parle donc en son nom pour dénoncer non seulement la forme utilisée par le ministre pour appliquer cette mesure – “il y a tellement de problématiques sous-jacentes à l’importation du miel, que le ministère évite le débat avec la filière” –, mais aussi le fond – “il y a une taxe de développement local de 34 % sur le miel importé. Nous aimerions que cet argent soit reversé au profit de la filière.”  
    Si le risque majeur d’importer des spores de loques américaines est écarté par l’irradiation, l’apiculteur s’inquiète avant tout pour le consommateur. “On ne sait pas ce que cela veut dire et si le miel conserve ses propriétés.” 

    F.C.

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